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Demain, tous taxis?

Hugues Serraf, mis à jour le 03.10.2011 à 13 h 01

Horripilés par la pénurie de taxis à Paris? Réjouissez-vous: demain, il y en aura peut-être des millions!

Une grève de taxis à Marseille en 2008. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Une grève de taxis à Marseille en 2008. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

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L’absence de taxis à Paris est légendaire. Et il faut bien se rendre à l’évidence depuis le temps que ça dure, ni la gauche ni la droite ne régleront jamais un problème apparemment plus épineux que la débâcle financière grecque ou le conflit israélo-palestinien…

Juste pour qu’on soit débarrassé, et avant d’attaquer vraiment le sujet du jour, rappelons que cette pénurie est entretenue par l’existence d’un numerus clausus sur le nombre de licences, lequel permet de revendre très cher (+/- 200.000 euros) de simples «autorisations administratives de stationnement» tout en stabilisant le chiffre d’affaires moyen des professionnels.

Ah, ça permet aussi aux quelques sociétés détenant un grand nombre de ces licences d’en louer l’usage à prix d’or à une armée de pauvres hères, mais c’est une autre histoire et on a déjà dit que ce n’était pas le sujet du jour.

Non, le sujet du jour, c’est justement la manière dont une société américaine, Zimride, surfant sur la déferlante des smartphones et la capacité à faire circuler de l’information de façon quasi instantanée sur les réseaux sociaux, est en train de révolutionner le concept de l’autostop et, vu de France, de contourner l’impossibilité d’une réforme de la réglementation des taxis…

Ma bagnole est un smartphone…

On connaissait déjà les systèmes de covoiturage sur le Web, qui permettent à un quidam se rendant à Marseille depuis Strasbourg en solitaire dans sa belle auto de charger un piéton sur le chemin ―réduisant ainsi ses frais d’essence et de péages. Zimride –dont le service n'est pas disponible en France– pousse le bouchon (hé hé) quelques années-lumière plus loin, transformant les millions de sièges vides circulant à l’instant T en une sorte de «place de marché» permanente du transport de personnes à longue comme à courte distance.

Voyons voir: vous devez aller quelque part en auto depuis la place Pereire à Paris, ne serait-ce qu’à Orly pour prendre un avion ou au Décathlon de la place de la Madeleine pour profiter d’une promotion sur les chaussettes de sport (8 euros le lot de 15 paires, dans le tonneau bleu près des caisses mais grouillez-vous parce qu’il n’en restait déjà plus beaucoup quand je suis passé), vous en avertissez Zimride en un clin d’œil, lequel transmet aussitôt l’info à quiconque cherche à se rendre au même endroit au même moment depuis n’importe quel point de votre trajet.

Vous voyez le principe? Ce n’est plus du covoiturage planifié, c’est du taxi. Du taxi «pirate», même, comme disent les taxis officiels qui détestent que l’on vienne jouer les chiens dans leur jeu de quilles. Du taxi pirate parfaitement légal, incidemment, puisqu’il s’agit juste de faire coïncider offre et demande des particuliers en temps réel et de réduire le nombre de véhicules circulant aux trois-quarts vides…

… Et mon smartphone un autobus!

Mais Zimride ne fait pas seulement la nique aux taxis: même les entreprises de transport public sont dans son collimateur lorsqu’elles ne répondent pas aux exigences de destinations ou de prix qu’exigent les consommateurs. D’où son concept de «lignes régulières» avec départs à heures fixes ―un service d’abord mis en place via les sites Web de plusieurs universités pour relier des campus distants entre eux mais aujourd’hui ouvert à tous.

Dans un pays comme le nôtre, où les autocars commencent tout juste à avoir le droit de concurrencer la SNCF, c’est sans doute terriblement iconoclaste, mais vous savez comment sont les Américains: ils ne respectent rien!

En tout état de cause, il y a des businessmen qui y croient, à ces idées farfelues, les fondateurs du système venant tout juste de lever 6 millions de dollars auprès de Mayfield Funds, Floodgate et K9 Ventures, trois des «venture capitalists» les plus courtisés de la côte Ouest. Un peu comme lorsqu’une start-up française vraiment intéressante réunit Marc Simoncini (Meetic), Xavier Niel (Free) et Jacques-Antoine Granjon (Ventes-privee.com) dans son tour de table, ce qui est à peu près le cas de la majorité d’entre elles (c’est dire si elles sont nombreuses).

Mais, à propos, Simoncini, Niel et Granjon, vous n’avez pas remarqué qu’il n’y avait jamais de taxis à Paris?

Hugues Serraf

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