Economie

Quelle est la vraie facture de la crise?

Dominique Mariette, mis à jour le 28.04.2009 à 14 h 13

Les discours sur le montant de la crise se croisent et ne se ressemblent pas

Plus le temps passe et plus les estimations sur la facture totale de la crise financière embrouillent les esprits. Pourtant savoir à quel horizon et pour quels montants les banques mondiales en auront fini avec les pertes et les dépréciations d'actifs, permettrait d'entrevoir la sortie de récession.

Lorsque les banques auront retrouvé une réelle capacité à financer l'économie sans l'aide des Etats, qui s'appauvrissent et augmentent de façon vertigineuse leurs déficits budgétaires à chaque plan de sauvetage, on pourra entrevoir le bout du tunnel. Mais c'est là que le bât blesse: qui aujourd'hui peut se prévaloir d'une réelle visibilité sur le coût et l'apurement de la crise financière?

La dernière évaluation du Fonds monétaire international (FMI) qui atteint 4.100 milliards de dollars suscite une polémique avec les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales européens. Ils remettent en cause la méthodologie du FMI pour établir ses calculs et ne se sont pas privés de le dire lors de leur réunion dans le cadre du G7, le week-end dernier à Washington.

Dans son «Rapport sur la stabilité financière dans le monde», le FMI chiffre les dépréciations d'actifs d'origine américaine entre l'été 2007 et 2010 à 2712 milliards de dollars et les pertes liées à des actifs européens et japonais, respectivement à 1.193 et 149 milliards. Les banques devront supporter les deux tiers de la facture totale soit 2.800 milliards de dollars. Quant aux banques européennes, elles devraient lever entre 325 milliards et 725 milliards de dollars de capitaux pour réussir à traverser la tempête. Les projections du FMI ont pour le moins irrité les grands argentiers européens. Côté français, Christine Lagarde, ministre de l'Economie a remis en cause les calculs du FMI trop calqués d'après elle sur les méthodes comptables américaines. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a enfoncé le clou en soulignant que «personne ne donne de la crédibilité à ces chiffres» alors que le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet,  s'est dit prêt à discuter méthodologie avec les représentants du FMI. Si le directeur général , Dominique Strauss-Kahn voulait créer une onde de choc, lui  qui réclame aux Etats et aux régulateurs des mesures beaucoup plus radicales pour redresser les institutions financières, il a réussi son coup. Mais il a aussi provoqué une fronde. Entre les chiffres assénés par les uns et démentis par les autres, le brouillard s'épaissit.

La querelle qui a occupé les esprits à Washington a relégué au second plan une autre batterie de chiffres révélée par la presse allemande samedi dernier. La Bafin, l'autorité de surveillance du secteur financier, évalue à 816 milliards d'euros les actifs toxiques des banques allemandes dont 355 milliards pèsent sur les banques publiques. La publication du rapport de la Bafin qui se voulait top confidentiel, a contraint le ministre des Finances, Peer Steinbrück, le gouverneur de la Bundesbank, Axel Weber et les responsables de la Bafin à sortir du bois. Ils se sont évertués à calmer le jeu en insistant sur le fait que ces chiffres étaient bruts et qu'ils ne tenaient pas compte des assurances souscrites par les établissements financiers, ni des garanties sur certains actifs...Reste de tout cela, une impression de confusion. Une fois de plus. Alors qu'en Allemagne comme dans tous les pays touchés par la crise financière, la transparence sur la situation des banques serait l'un des facteurs clé pour prendre les décisions les mieux adaptées à leur sauvegarde et restaurer la confiance.

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