Sports

Peter de Villiers, le Domenech du rugby

François Mazet et Sylvain Mouillard, mis à jour le 03.10.2011 à 16 h 42

Habituez-vous à ce petit moustachu hargneux. Peter de Villiers, le coach de l’équipe des Springboks, devrait encore faire parler de lui ces prochaines semaines. Polémiste infatigable, il se bat seul contre le reste du monde depuis 2008. Voici son best of.

Peter de Villiers à Wellington le 8 septembre 2011, REUTERS/Mike Hutchings

Peter de Villiers à Wellington le 8 septembre 2011, REUTERS/Mike Hutchings

Le petit homme qui tente tant bien que mal de maintenir sur pied des Springboks vieillissants est aussi le meilleur clasheur de la planète rugby, un ambianceur de zone mixte. Avec sa moustache, sa hargne, sa mauvaise foi et ses résultats douteux, Peter de Villiers rappelle parfois un sélectionneur français que la nation tâche d’oublier. Pour l’éditorialiste du New Zealand Herald Peter Bills, «ses bêlements incessants contre les arbitres/arbitres assistants/journalistes/techniciens télé chargés du ralenti/et même le chauffeur du bus, tous responsables des malheurs des Springboks, commencent à être fatiguants». Nous, il faut bien le dire, on ne s’en lasse pas. Peter, ne change rien (ou presque).

Été 2009, Peter étale sa classe

Les Lions britanniques sont en tournée en Afrique du Sud. A l’issue du premier match, le troisième-ligne poète Shalk Burger est attrapé par la patrouille pour ce qu’on appelle pudiquement une «fourchette», aka «action de planter ses doigts dans le globe oculaire de l’adversaire». Six semaines de suspension. Mais Peter de Villiers vole à la rescousse de son poulain:

«Si on voulait faire des fourchettes à des lions, on irait dans le bush.»

En forme, Peter insiste:

«On peut très bien continuer comme ça. Pourquoi ne pas aller dans une boutique de ballerine, acheter un tutu, et faire du ballet? Il n’y aura plus de fourchettes, plus de plaquages, plus rien du tout, et tout le monde sera content.»

La fédération sud-africaine (la SARU) doit envoyer un communiqué de presse pour préciser qu’elle ne tolère pas les fourchettes.

L’Afrique du Sud remporte une série de tests particulièrement virile, mais Burger et Bakkies Botha sont suspendus. De Villiers, bien heureux, va jusqu’à les comparer aux deux icônes de l’histoire moderne de son pays:

«Ces petites choses comme des comparutions devant des commissions de discipline ne sauraient faire oublier qu’on a gagné. Nelson Mandela et Frédéric de Klerk ont reçu le Prix Nobel de la Paix. Peu importe ce qu’ils ont fait de mal dans leurs vies, on ne leur enlèvera jamais cette victoire.»

Deux mois plus tard, les Boks remportent les Tri Nations avec cinq victoires en six matchs. Le sélectionneur, pour une fois, fait preuve de modestie:

«Vue la façon dont les choses évoluent, dans quelques années, ces gars n’auront plus besoin de coach.»

Généralement, Peter a une assez haute idée de lui-même

Lorsqu’on lui demande s’il est le «maillon faible» des Boks, il en appelle à un défenseur haut placé:

«Si je suis le maillon faible, alors nous sommes sacrément forts. Dieu m’a donné du talent. Je suis le meilleur que je puisse être. Je sais qui je suis et je n’en ai rien à faire [du reste]».

Le Tout-Puissant n’est d’ailleurs jamais bien loin dans les discours du Domenech du Cap:

«Je ne changerai pas de style, car si je devais le changer, je changerais Peter de Villiers, et alors je devrais dire à Dieu qu’il a fait une erreur en me créant.»

Peter se met dans la mouise

En août 2010, le pilier sud-africain Jacobus «Bees» Roux, Springbok potentiel, est accusé du meurtre d’un officier de police (il est en attente de jugement). Pas très inspiré, le boss de la sélection prend sa défense de manière pour le moins maladroite:

«Nous avons parlé de Bees Roux. Ce genre de situation peut arriver à n’importe qui. Les gens sont moches à l’extérieur [du monde du rugby], ils sont sales et ils font tout ce qu’ils peuvent pour nous empêcher de donner de l’espoir aux gens. C’est une situation tragique que nous ne souhaitons à personne. L’équipe le soutient à 100%. Pas pour l’acte, mais pour tout ce qui en a découlé.»

De tous ses dérapages, celui-là a bien failli lui coûter son poste.

Toujours un mot sympathique pour ses adversaires

Pas de jaloux, chacun se prend son taquet. Graham Henry, le coach des Blacks? Il a «une grande bouche». Robbie Deans, celui des Wallabies? «Ah, Robbie Deans, c’est différent. Lui, c’est un grand coach, pas comme moi.»

Les Néo-Zélandais sont une des cibles favorites de De Villiers. Avant un test à Hamilton en 2009, le sélectionneur sud-africain juge la ville kiwie «ennuyeuse». Polémique au pays du long nuage blanc. Sauf que les Sud-af’ gagnent le match, et remportent les Tri Nations. Après la rencontre, Peter flambe:

«- Alors, vous avez finalement trouvé quelque chose à faire à Hamilton?

- Moui, on a trouvé. On y a gagné les Tri Nations.»

Changement de ton un an plus tard, alors que les Springboks sont en panne de résultats et se font rosser par les Blacks:

«Peut-être que je ne devrais pas parler de ça publiquement, mais il y a une Coupe du monde en Nouvelle-Zélande l’an prochain. Et peut-être qu’ils avaient besoin de gagner ce match pour attirer plus de gens.»

Théorie du complot, quand tu nous tiens

En général, les arbitres prennent cher:

«Nous comprenons que dans certaines parties du monde, on ne tient pas les Sud-africains en haute estime. On nous regarde de haut en nous prenant pour une brochette de hooligans, avec des éléphants qui courent dans les rues. On peut voir ça quand les arbitres prennent des décisions, il y a toujours un problème de subjectivité.»

D’ailleurs, le monde selon De Villiers semble peuplé d’êtres fourbes. Comme ces arbitres dont le «langage corporel» trahirait de bien tristes intentions. Dommage, Peter ne «peut pas tout dire publiquement à propos de certaines choses parce qu’on n’a pas toutes les preuves». De quoi se demander s’il a une théorie sur le 11 septembre, les OVNI et la mort d’Elvis Presley...

Sylvain Mouillard et François Mazet

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