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Haqqani, la nouvelle bête noire des Etats-Unis

Françoise Chipaux, mis à jour le 01.10.2011 à 9 h 20

Quel est ce réseau que Washington rend responsable des dernières attaques en Afghanistan?

Jalaluddin Haqqani en 2001. REUTERS

Jalaluddin Haqqani en 2001. REUTERS

«Le réseau Haqqani (…) a agi comme une véritable arme pour l’Inter-Services Intelligence. (…) Avec le soutien de l'ISI, des membres du réseau Haqqani ont préparé et commis l'attentat au camion piégé (du 11 septembre) ainsi que l'attaque de l'ambassade [de Kaboul] (…) Nous disposons en outre d'informations crédibles selon lesquelles ils sont derrière l'attentat du 28 juin contre l'hôtel Intercontinental et une série opérations plus modestes mais efficaces.»

Qui sont donc les fondateurs du réseau Haqqani mis en cause par Mike Mullen, le chef d’état-major de l’armée américaine?

De héros choyé du Djihad antisoviétique –il fut reçu à la Maison Blanche par Ronald Reagan– à ennemi public numéro un des Etats-Unis, Jalaluddin Haqqani n’a pas dévié de ses croyances en faveur de l’extension de l’islam. Accusé d’être la plus importante menace contre les forces de la coalition en Afghanistan, le groupe qui porte son nom, aujourd’hui dirigé par son fils Sirajuddin, est profondément ancré dans l’histoire du Djihad.

La force de ce groupe qui comprendrait entre 10.000 et 15.000 combattants s’explique à la fois par la situation géographique de ses bases et les connexions qu’il entretient de longue date à la fois avec les autorités pakistanaises et les militants islamistes de tous bords –en premier lieu les combattants d’al Qaida.

Originaire de ce qui était alors le «grand Paktia» dans le sud-est de l’Afghanistan qui comprend aujourd’hui les provinces de Paktia, Paktika et Khost, Jalaluddin Haqqani appartient à la tribu des Zadran.

Carte de l'Afghanistan. Cliquez pour agrandir / WikimediaIl doit son nom de Haqqani au fait qu’il s’est illustré dans la célèbre madrasa Haqqania à Akora Khattak à moins de 100 kilomètres au nord-ouest d’Islamabad. Un grand nombre de responsables talibans ont étudié dans cette madrasa et jusqu’à quelques semaines avant le 11 septembre 2001, des photos d’Oussama ben Laden ornaient la cheminée du directeur, Maulana Sami ul Haq.   

Jalaluddin Haqqani a établi très tôt son siège dans la zone tribale pakistanaise du Nord-Waziristan qui fut pendant le Djihad antisoviétique (1979-1989) une base de lancement des moudjahidines alors aidés par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, notamment.  

C’est là qu’il devient célèbre par son aptitude au combat autant que par ses convictions religieuses. Très tôt, il intègre parmi ses combattants des volontaires arabes qui affluent par centaines, des militants pakistanais et il ouvre ses camps d’entraînements aux divers partis intégristes de la nébuleuse djihadi en formation.

Combattant reconnu et admiré, il bénéficie de beaucoup des subsides américains ou saoudiens délivrés par les services de renseignements pakistanais ISI (Inter Services Intelligence). Il noue avec l’ISI des contacts qui perdurent jusqu’à aujourd’hui. 

Un proche de Ben Laden

Des nombreux  militants  envoyés par les services pakistanais combattre l’Inde au Cachemire seront entraînés dans les camps de Jalaluddin Haqqani en  Afghanistan. Quand, en 1998 en représailles aux attaques contre les ambassades américaines au Kenya et Tanzanie, Bill Clinton ordonne des frappes de missiles sur des camps supposés d’Oussama ben Laden en Afghanistan, les seules victimes seront une vingtaine de militants pakistanais appartenant au Harakat-ul-Moudjahiddin.

Jalaluddin Haqqani était proche d’Oussama ben Laden qu’il avait connu au temps du Djihad et les camps construits par ce dernier en Afghanistan étaient situés dans les provinces contrôlées par les Haqqani.

Ces liens expliquent que beaucoup de combattants d’al-Qaida se soient repliés sur le Nord-Waziristan après l’invasion américaine de 2001. Les fidèles d’al-Qaida savaient pouvoir trouver refuge dans les territoires contrôlés par Jalaluddin Haqqani.

Bien que s’étant rallié aux talibans dès 1995, Jalaluddin Haqqani a toujours gardé une certaine indépendance, dû à la force de ses liens avec diverses organisations et à l’aura qu’il avait acquise durant le Djihad.  

Son groupe est toutefois toujours resté loyal à Mollah Omar, le chef des talibans et récemment ce dernier a nommé Sirajuddin Haqqani commandant de toute la région Est de l’Afghanistan.

Fils d’une mère arabe, originaire de Dubaï, Sirajuddin Haqqani  –environ 35 ans– a pris le relais de son père malade en 2007.

Il a depuis cherché à étendre l’influence du réseau au-delà du grand Paktia, vers les provinces du Logar, Ghazni et Wardak qui ouvrent les portes de Kaboul.

En janvier 2008, les Américains lui attribuent l’attaque de l’hôtel Serena à Kaboul qui marque une nouvelle étape dans la tactique et les cibles des insurgés. Depuis, plusieurs opérations d’envergure, la dernière en date étant l’attaque contre l’ambassade des Etats-Unis et le siège de l’Otan à Kaboul, ont été imputées au réseau Haqqani. Sirajuddin mène ses opérations avec  l’assistance d’al-Qaida et de militants pakistanais endurcis aux combats. 

Sirajuddin bénéficie aussi de la bienveillance ou de la neutralité des autorités pakistanaises avec lesquelles les liens sont anciens et mutuellement «bénéfiques». 

Sirajuddin est intervenu à de nombreuses reprises pour tenter de tempérer les ardeurs des talibans pakistanais (TTP) dont la principale cible reste le pouvoir d’Islamabad. Il a joué aussi le rôle d’intermédiaire entre le TTP et l’armée et essayé d’influencer le choix du nouveau leader du TTP.

Des enlèvements lucratifs

Le Pakistan qui craint par-dessus tout l’influence de l’Inde en Afghanistan garde ses liens avec le réseau Haqqani, sachant qu’il peut compter sur ces combattants aguerris pour monter des opérations anti-indiennes, comme l’attaque de l’ambassade d’Inde à Kaboul en juillet 2008.

Le réseau Haqqani qui bénéficie de longue date de donations financières importantes venant de riches familles du Golfe a développé aussi de nombreuses affaires aussi bien au Pakistan que dans certains émirats du Golfe. Il s’est livré également à une série d’enlèvements notamment d’étrangers mêlant ainsi à la fois l’idéologie  à la finance, d’importantes rançons lui ayant été versées. C’est le drère de Sirajuddin, Badruddin Haqqani, qui est plus spécialement chargé de cette tâche.

Selon Sirajuddin Haqqani, 55 membres de sa famille, dont un de ses frères Mohammad, ont été tués par des attaques de drones américains. La plupart des frappes de drones qui se sont multipliées sous l’administration de Barack Obama visent maintenant le Nord-Waziristan, siège du réseau Haqqani.

Les pressions américaines sur le Pakistan pour attaquer le réseau Haqqani ont peu de chances d’aboutir. Même si Islamabad le voulait –et ce ne sera pas le cas tant que le Pakistan craindra l’Inde–, la tâche serait ardue et très risquée compte tenu des liens multiples qu’entretiennent les Haqqani avec quasiment tous les acteurs du Djihad.

Francoise Chipaux

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Journaliste
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