France

«Primaire», par Jacques Attali

Temps de lecture : 2 min

Pendant que les socialistes tentent de se départager dans «leur primaire», le déficit «primaire» de la France s'enfonce à un niveau inquiétant.

Dans une banque de Vienne en 2010. REUTERS/Heinz-Peter Bader
Dans une banque de Vienne en 2010. REUTERS/Heinz-Peter Bader

Pendant que les socialistes se laissent piéger dans un étrange débat de la primaire (où les candidats ne sont interrogés que sur des sujets qui ne sont pas de compétence présidentielle, mais parlementaire, sans qu’on leur demande quoi que ce soit sur la défense, l’Europe ou la politique étrangère, ni sur aucun des grands sujets de société dont le Président est comptable) préparant le moment où la droite dira qu’aucun des candidats de la gauche n’a la dimension présidentielle, une autre acception du mot «primaire» devrait nous intéresser: celle qui concerne le budget de l’Etat.

On nomme «déficit primaire» le déficit budgétaire avant le paiement du service de la dette publique (les intérêts dus aux prêteurs). Ce concept est très important. Si un pays est en excédent primaire, il peut commencer à rembourser sa dette et il est en situation de pouvoir négocier avec ses préteurs puisqu’il peut arrêter de les rembourser sans remettre en cause le fonctionnement des services public.

Si un pays est en déficit primaire, il s’enfonce dans la dette et ne peut se mettre en défaut (et donc cesser, au moins pour quelques années, de contracter des prêts) qu’en licenciant immédiatement une partie de ses fonctionnaires et en cessant de financer en partie armées, prestations sociales, écoles et hôpitaux.

L’Italie, comme l’Allemagne, a un excédent primaire, qui les met en situation confortable et prometteuse, malgré une dette publique élevée. La Grèce a un déficit primaire de 8% du PIB qui lui interdit de se déclarer en défaut sans renvoyer le quart de ses fonctionnaires. C’est aussi le cas de l’Irlande et de la Grande-Bretagne.

C’est aussi le cas de la France. Son déficit primaire était en effet de 5,1% du PIB en 2009, de 4,5% en 2010. Selon la dernière révision de la loi de Finances 2011, la charge de la dette sera de 45,4 md€ en 2011 pour un PIB de l’ordre de 1950 md€, soit environ 2,5% du PIB de déficit primaire. Compte tenu de la dégradation rapide de la situation économique au troisième trimestre, il est probable que l’année s’achève avec un déficit primaire supérieur à 3% du PIB.

Pour 2012, le projet de loi de Finances se fonde sur une hypothèse de croissance de 1,75% et fait apparaitre un déficit de 81,8 md€, conduisant à un besoin prévisionnel de financement (qui correspond à la totalité des emprunts, ceux destinés à combler le déficit et ceux destinés à remplacer les emprunts arrivés à maturité de l’État) de 182 md€.

Il est prévu de payer aux créanciers de l’État 48,8 md€ d’intérêts, ce qui, compte tenu d’un PIB de l’ordre de 1.980 md€ représente un déficit primaire de 1,6% du PIB: dit autrement, si la France cesse brutalement de payer ses créanciers, perdant l'accès aux marchés, il lui faut trouver 33 milliards d’euros à pour payer ses fonctionnaires… Et si la croissance attendue n’est pas là, mais est de seulement 1%, le déficit primaire sera s supérieure à 3,5%.

Ce scénario est impossible. Les prêteurs ne l’accepteront pas. Et ils nous le feront bientôt savoir.

Jacques Attali

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