Les petites entreprises sont-elles vraiment innovantes?
Tout le monde le sait: les petites entreprises sont dynamiques, novatrices, créatrices d’emplois… Sauf qu’une nouvelle étude américaine affirme le contraire.
- Ouvert H24 Tom Hodgkinson via Flickr CC License by -
Il y a un an, Barack Obama signait le Small Business Jobs Act, qui réduisait les impôts et facilitait l’accès au prêt de dizaines de milliers de petites entreprises. Lors de cette signature, il prononça un discours qui aurait pu sortir de la bouche de n’importe quel homme politique américain: glorifiant les «entrepreneurs» nationaux, les «inventeurs» à l’origine de produits révolutionnaires et de la plupart des nouveaux emplois du pays.
L’image stéréotypée du petit entrepreneur à la tête d’une start-up innovante est omniprésente. Pourtant, à en croire une nouvelle étude, elle est loin de la vérité. Oubliez l’image de Mark Zuckerberg développant un nouveau service qui révolutionne les échanges sociaux et crée des milliers d’emplois. Lorsque l’on parle de petit entrepreneur, pensez plutôt au propriétaire d’un garage fréquenté, bien content de pouvoir assister aux matchs de foot de son fils sans patron pour le surveiller et plus méfiant vis-à-vis du changement qu’avide d’innovation.
Dans un article récent, «Que font les petites entreprises?» Erik Hurst et Benjamin Wild Pugsley, de l’Université de Chicago, affirment que les grands novateurs et les petits entrepreneurs sont deux espèces très différentes. Pour les politiciens et les décideurs soucieux d’encourager la création d’emplois et la compétitivité américaine, l’analyse de Hurst et Pugsley pourrait avoir des implications non négligeables.
Déconstruire le mythe
L’étude remarque que petite entreprise et innovation sont non seulement liées dans la rhétorique des politiciens de Washington, mais aussi dans la littérature universitaire. Depuis des dizaines d’années, font-ils remarquer, les théories économiques «tendent à considérer les entrepreneurs» comme des personnes qui «innovent, rendent obsolètes les vieilles technologies» et «prennent des risques économiques». Toutefois, selon eux, elles n’identifient pas toujours bien qui sont les vrais innovateurs, qui sont ceux qui prennent les risques et quelles sont les entreprises qui embauchent vraiment.
Les deux chercheurs ont essayé de pallier ce manque en enquêtant auprès des entrepreneurs, notamment en leur demandant pourquoi ils avaient décidé de lancer leur propre entreprise et quel but ils espéraient atteindre. Qu’en est-il ressorti?
«Rares sont les petites entreprises qui tentent d’apporter de nouvelles idées sur le marché. La plupart souhaitent fournir un service déjà existant à une base de consommateurs déjà en place.»
Ils ajoutent qu’une proportion assez restreinte de ces petites entreprises souhaite s’agrandir.
À vrai dire, les nouveaux entrepreneurs qui ont répondu à l’enquête sont avocats, plombiers, médecins, commerçants, agents immobiliers, etc. Moins de la moitié ont fondé leur entreprise parce qu’ils avaient «eu une bonne idée commerciale». Beaucoup ont plutôt choisi de se mettre à leur compte pour des raisons «non pécuniaires», comme l’envie d’être son propre patron et d’avoir des horaires flexibles.
En bref, la grande majorité des petites entreprises qui sont créées aujourd’hui n’ont rien de particulièrement innovant. Peu d’entre elles consacrent une part de leur budget à la recherche et au développement, font breveter leurs produits ou déposent de nouvelles idées. La plupart se contentent simplement d’arriver sur des marchés déjà existants et familiers: ils sont conseillers juridiques, garagistes, épiciers… Il ne s’agit pas non plus d’entreprises destinées à s’agrandir. «Parmi les petites entreprises qui survivent, rares sont celles qui connaissent une croissance significative, écrivent les économistes. La plupart naissent petites et le restent durant toute leur existence.»
Cibler l'aide pour les entreprises qui voient grand
Il ne s’agit pas, bien sûr, de blâmer les petits entrepreneurs. La société a besoin de dentistes, d’épiciers et de garagistes. L’utilité de cette étude réside dans les perspectives qu’elle ouvre quant à la manière dont le gouvernement américain doit aider les petites entreprises. Les programmes destinés à aider les petites entreprises ne favorisent que rarement les sociétés destinées à s’accroître ou à innover. Et lorsque l’on prend en compte les milliards que dépense Washington pour aider les petites entreprises dans l’espoir de créer de l’emploi… cela pousse à réfléchir.
Les auteurs de l’article affirment que les décideurs politiques et les économistes devraient se concentrer sur les petites entreprises innovantes et en pleine croissance plutôt que sur les petites entreprises tout court. Mais alors, comment différencier les futurs Zuckerberg des garagistes? Le plus souvent, ils se distinguent d’eux-mêmes. Les sociétés qui cherchent à lever des fonds en capital-risque, par exemple, sont souvent innovantes et créatrices d’emplois. Aussi, une réduction d’impôts destinée aux entreprises à capital-risque devrait s’avérer plus rentable en termes d’emploi qu’une réduction d’impôts destinée à toutes les entreprises de moins de 20 employés.
Solution encore plus facile, Washington pourrait s’assurer que ses aides vont à des entreprises qui s’agrandissent.
«Souvent, les aides destinées à alléger les contraintes financières des entreprises innovantes et audacieuses sont orientées vers les petites entreprises, écrivent les deux économistes. Nous pensons que le but recherché serait plus facilement atteint en abaissant les coûts de l’expansion, de manière à ce que les aides ne soient perçues que par la petite part des petites entreprises qui souhaitent croître et innover.»
La solution idéale (et évidente) pour booster l’emploi dans les petites entreprises? Accorder réductions d’impôts et primes diverses aux entreprises qui recrutent.
Il y a une chose que personne ne conteste: ce sont les jeunes sociétés (généralement petites) qui créent la majeure partie des nouveaux emplois. Dernièrement, elles se sont lancées avec des effectifs plus réduits et ont moins embauché par la suite, ce qui explique le malaise économique actuel. Afin d’améliorer la situation, le gouvernement américain cherche désespérément à soutenir les petites entreprises et à les aider à embaucher. Mais avant tout, Washington devrait prendre le temps de comprendre quelles sont les petites entreprises qui innovent et embauchent vraiment.
Annie Lowrey
Traduit par Yann Champion
Mis à jour le 04/10/2011 à 5h37
















































Il faudrait voir à vérifier si les entreprises innovantes créent réellement davantage d'emplois (en dehors de leur effet technologique, bénéfique pour l'ensemble de la société).
C'est sans doute vrai, comme vous le dites, dans une étude globale des "petits entrepreneurs", mais je peux vous assurer que dans les incubateurs et les pépinières d'entreprises, les seuls mots d'ordres sont "Innovation" et "Développement". Effectivement, être dans un incubateurs montre déjà la volonté du porteur de projet de se mettre dans une vraie optique stratégique d'accroissement.
D'ailleurs, il suffit de regarder les critères d'attribution de certaines aides d'amorçage comme Oséo, Lille Métropole Initiative, Réseau Entreprendre, pour comprendre que l'innovation et le recrutement sont les points clés pour en devenir Lauréat.
Donc je pense qu'il y a déjà un effort qui est fait pour favoriser les projets à fort potentiel. Après, il manque quand même beaucoup de réactivité de la part de certains organismes d'état.
Un point important aussi est que le risque pour une petite entreprise est réelle, il n'y a aucun cousin de sécurité pour tester son innovation. Si elle investit et que ça ne marche pas, ça plante sec. Une grande entreprise qui tourne et qui a du cash, peut se permettre "un peu plus" de tâtonner le marché, sans risquer sa vie. Donc oui, l'effort de réflexion en stratégie d'innovation, le risque réel, la vraie remise en question, sont des vraies problématiques des petits entrepreneurs. Et il nous faut plus de moyens financiers pour parvenir à nos objectifs.
Au contraire, ce sont souvent des innovations qui détruisent les emplois : caissières de supermarché remplacées par des automates, et bientôt femmes de ménages envoyées à Pôle Emploi par les aspirateurs robot.