Monde

Qui veut la peau d'Angela Merkel?

Daniel Vernet, mis à jour le 28.09.2011 à 4 h 40

La chancelière allemande est de plus en plus contestée au sein de son parti. Mais personne n'a vraiment intérêt à des élections anticipées. Pas même l'opposition sociale-démocrate, engluée dans des querelles de personnes.

A Stralsund, en mai 2011. REUTERS/Tobias Schwarz

A Stralsund, en mai 2011. REUTERS/Tobias Schwarz

Angela Merkel affronte jeudi au Bundestag un vote décisif pour son avenir sur l’aide à la Grèce et l’élargissement du Fond européen de stabilisation. Son avenir immédiat à la tête du gouvernement n’est pas en jeu. Elle aura une majorité, une partie de l’opposition étant décidée à émettre un vote favorable. Mais si une trop grand partie de ses troupes l’abandonnaient, elle aurait du mal à aller jusqu’au terme de la législature en 2013.

 Chez les sociaux-démocrates, les divers candidats à la chancellerie s’affrontent à fleuret moucheté. Dans la démocratie chrétienne, le parti d’Angela Merkel, personne n’ose défier ouvertement la chancelière. Ceux qui s’y sont risqués dans le passé ont tous été contraints de quitter les allées du pouvoir. Angela Merkel s’est distinguée en effet au cours de sa carrière politique, après la réunification allemande, par sa capacité à éliminer les hommes forts de la démocratie chrétienne. Ne s’est-elle pas imposée en 2000 en portant le coup de grâce à Helmut Kohl, «le chancelier de l’unité», son mentor?

Mais la colère augmente chez les démocrates-chrétiens qui rendent la chancelière en partie responsable des défaites subies depuis des mois aux diverses élections régionales. La CDU a même perdu son fief du Bade-Wurtemberg au profit d’une coalition dirigée par les Verts, une première dans l’histoire de la République fédérale.

Le gouvernement pâtit surtout des déboires du parti libéral (FDP). Celui-ci a réalisé un score inespéré aux dernières élections générales en 2009, avec près de 15% des suffrages. Depuis, il est au plus bas dans les sondages, au-dessous de la barre des 5% nécessaires pour avoir des députés et il a été exclu de plusieurs assemblées régionales.

Il paie des promesses inconsidérées de baisse des impôts qui n’ont pas été tenues et les erreurs de son ancien président, le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle. Son successeur, Philip Rössler, aujourd’hui ministre de l’Economie, n’a pas été en mesure de redresser la situation.

Une autre femme, une autre ligne

Personne, dans la coalition au pouvoir à Berlin, n’a intérêt à provoquer des élections anticipées où elle risquerait de perdre le pouvoir. Cette crainte est le seul ciment qui lie encore les chrétiens-démocrates et les libéraux.

Cela n’empêche pas les manœuvres de coulisses. Une femme se prépare au cas où. Discrètement, pour ne pas s’attirer les foudres d’Angela Merkel. Il s’agit d’Ursula von der Leyen, venue tard à la politique après des études de biologie et une vie de femme au foyer (elle est mère de sept enfants). Quand elle arrive au gouvernement de grande coalition CDU-SPD en 2005, comme ministre de la Famille, elle passe pour incarner les «trois K», la devise de la femme allemande traditionnelle: Kinder, Küche, Kirche (les enfants, la cuisine, l’église). A tort.

La politique, elle est tombée dedans quand elle était petite. Elle est la fille d’Ernst Albrecht, longtemps ministre-président de Basse-Saxe et un des prétendant chrétien-démocrate à la chancellerie dans les années 1970. Ernst Albrecht avait été fonctionnaire des Communautés européennes et cette vocation européenne a déteint sur sa progéniture.

Mais Ursula von der Leyen n’est pas seulement la fille de son père. Au ministère de la Famille, elle s’attire les foudres des conservateurs de son parti en lançant un vaste programme de construction de crèches afin de permettre aux Allemandes ne pouvoir concilier métier et maternité. C’était briser un tabou. De même s’engage-t-elle en faveur des familles de chômeurs afin que leurs indemnités ne soient pas réduites ou transformées en des prestations en nature. Elle continue sur la même ligne au ministère du Travail qu’elle occupe maintenant.

Les trois hommes du SPD

Dans le débat sur l’aide à la Grèce et l’avenir de l’Europe, elle a pris date. Dans un entretien au magazine Der Spiegel, elle est allée à contre-courant  de la pensée dominante dans la démocratie-chrétienne – et en Allemagne en général – en se prononçant en faveur d’une intégration plus poussée débouchant sur les Etats-Unis d’Europe. Une expression qui a disparu des programmes de la CDU depuis les années 1990. La démocratie chrétienne se prépare-t-elle à un combat de dames?

Chez les sociaux-démocrates, la compétition se joue entre trois hommes: Frank-Walter Steinmeier, chef du groupe parlementaire SPD au Bundestag, ancien ministre des affaires étrangères et candidat malheureux à la chancellerie face à Angela Merkel en 2009. Il a fait toute sa carrière dans l’ombre de Gerhard Schröder; Sigmar Gabriel, président du SPD, successeur de ce même Schröder à la tête du gouvernement régional de Basse-Saxe; Peer Steinbrück, ancien ministre des finances de la grande coalition.

Une épine pirate dans le pied des Verts

Le premier est connu pour ses positions modérées. Le deuxième a la faveur de l’appareil du parti et des adhérents. Le troisième s’est fait une réputation de grand argentier, soucieux de l’équilibre des finances publiques. Cette qualité plaît en général aux Allemands mais déplait aux militants sociaux-démocrates qui y voient une des causes de la désaffection des milieux modestes.

Il n’y aura pas de primaires ouvertes au SPD. Le choix du candidat à la chancellerie sera fait au sein d’un congrès du parti où l’appareil et les caciques donnent le ton. C’est un handicap pour Peer Steinbrück qui de plus agace beaucoup de ses collègues par son humour caustique. Mais la volonté de revenir au pouvoir l’emportera peut-être chez les sociaux-démocrates sur les calculs partisans.

En tous cas, le SPD n’a pas plus intérêt à des élections anticipées que la chancelière. Il préfère que la coalition actuelle continue de s’épuiser dans ses querelles intestines qui lui donnent le temps de régler ses propres problèmes de personnes. Et de se refaire une santé face à leurs futurs alliés verts qui avaient le vent en poupe jusqu’à ce que le parti des pirates vienne chasser sur leurs terres libertaires.

Daniel Vernet

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Journaliste
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