L'indignation qui ne vient pas
Le mouvement de ces militants d'un nouveau genre ne prend pas en France. Pourtant, notre pays a la révolte chevillée au corps social.
- Des Indignados, à Madrid en juillet. REUTERS/Susana Vera -
Les Indignés, qui se sont pourtant baptisés ainsi en référence au petit livre de Stéphane Hessel, auraient tout, sur le papier, pour rencontrer l’opinion d’une grande partie de nos concitoyens.
Nous sommes un peuple de révoltés permanents, nostalgique de nos révolutions. La mythologie du pavé née au cours des insurrections qui ont émaillé le XIXe siècle est ancrée dans notre culture.
C’est acquis: Gavroche et Enjolras, dans Les Misérables, sont ceux qui ont raison, pas les représentants de l’ordre. Cet esprit demeure dans l’inconscient collectif des Français, le succès des partis protestataires le prouve.
Paris, même embourgeoisé, est toujours un lieu propice à l’esprit de révolte comme le montre le dernier livre d’Eric Hazan, Paris sous tension, avec la crise, la désespérance sociale est là, presqu’aussi présente qu’en Angleterre, en Espagne ou en Italie. Et pourtant, ça ne prend pas.
La colère institutionnalisée
La mobilisation des Indignés est faiblarde: ces militants d’un nouveau genre, pacifique, souvent novice dans l’activisme, restent peu nombreux en France.
Le campement sauvage des Indignés devant Bercy, siège du ministère de l’Economie et des Finances, était symbolique, dans tous les sens du terme. Ils en ont d’ailleurs été délogés sans ménagement par la police dans une indifférence générale.
Pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas? Il y a plusieurs explications.
La première est classique: en période électorale les mobilisations sont plus dures à activer. L’idée de pouvoir voter bientôt peut faire patienter. Et puis, la France a une spécificité: notre pays a intégré la révolte, il l’a institutionnalisée et, contrairement aux Espagnols, aux Anglais ou aux Italiens, l’offre politique française permet, peu ou prou, à tous ceux qui portent cette révolte en eux, tous ceux qui bouillent de colère contre les inégalités, de se sentir représenter par un parti politique installé. Deux partis trotskistes, le PCF, le Front de Gauche avec, aujourd’hui, un leader comme Jean-Luc Mélenchon qui, après (dans d’autres styles) Georges Marchais, Arlette Laguiller ou Olivier Besancenot, entretient, par sa verve, l’esprit révolutionnaire français.
Les manifestations entre République et Bastille, les drapeaux rouges, les banderoles syndicales se donnent des airs révolutionnaires mais sont, en réalité, un élément structurant de notre système. Même la fête de l’Huma est une institution, comme le salon de l’auto, annuelle, populaire et sponsorisée.
La subversion a bonne presse en France et, du coup, est sans cesse récupérée et détournée. Même l’extrême droite, le parti de l’ordre, tente d’embrayer sur le discours de la révolte sociale.
Autre explication: les Indignés le sont, non pas contre la nature de la société, mais contre le peu de place que celle-ci leur réserve. Ou alors, quand ils contestent l’organisation de la société, ils n’ont pas de vision limpide de celle qu’il faudrait instaurer à la place. Le pouvoir financier, protéiforme et nébuleux qui écrase les peuples est indéfinissable, insaisissable: la cible est floue.
On sait bien que le vrai pouvoir n’est ni à l’Elysée ni à l’Assemblée, ni même au Medef. Combattre ce pouvoir évanescent nécessite un retour des Etats, des autorités élues.
L’action qu’il convient de mener est donc tout sauf révolutionnaire au sens «1789» puisqu’il s’agit, non pas de renverser le pouvoir, mais au contraire de rendre du pouvoir au pouvoir… Convenons que ça a de quoi dérouter l’esprit révolutionnaire…
Thomas Legrand
Mis à jour le 25/09/2011 à 9h56
















































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C'est pas gagné!
2 - La gauche n'a sans doute pas intérêt à de grande manifestations du type "chianli" avant les élections de 2012...
J'ajoute que le constat que vous faites risque de changer quand la France fera pleinement face à une grosse politique d'austérité. On ne fera pas avaler aux Français la disparition en masse de leurs services publics et de leurs aides sociales.
Les alternatives claires concrètes (et quoi qu'on en dise beaucoup plus réalistes que la capitulation face aux "marchés") seront bientôt connues de tous.
Le peuple ne se laissera pas longtemps marcher sur les pieds. Les futurs responsables d'un désastre à la Grecque devraient relire Machiavel et comprendre qu'un peuple à qui on demande trop de sacrifices le font tôt ou tard payer très cher. Vraiment très cher.
Pendant ce temps là, mr Le Boucher s'adresse aux lecteurs des journaux pour gens riches, pour essayer de commencer à leur faire timidement passer l'idée que "la fin est proche" !
Il nous a fallu de nombreuses années après le début de la crise, en 1973, pour d'abord comprendre ce qui nous arrivait : en fait, une chute verticale et vertigineuse, comme si nous avions sauté du sommet d'un immeuble.
L'argument classique est que l'on peut, jusqu'à l'écrasement final, affirmer que tout va bien, ou ce qui reste assez fréquent, essayer de faire croire quelques instants à une partie de l'opinion, que l'on pourrait remonter...
Les questions non-résolues sont : quand allons toucher le sol, comment cela se passera-t-il et quelle sera la suite ?
Il n'y a, à notre disposition, qu'un nombre très limité de précédents historiques : 1789 en France, 1917 en Russie et très récemment le "Printemps Arabe".
Si je puis, très modestement, me risquer à une prédiction, je verrais plutôt un scénario du type "fruit pourri qui tombe de l'arbre", tel la chute du Mur de Berlin, puis effondrement de l'URSS : il y a un moment où la faillite d'un système devient tellement évidente, que même ses dirigeants n'y croient plus, et il disparaît alors discrètement, sans douleur et dans une indifférence assez générale.
Et comme je suis décidément aussi généreux qu'imaginatif, je vous informe que l'élément central, la base de la société qui se reconstruira sur ces décombres, sera un "revenu de base universel" permettant réellement de vivre décemment.
C'est la seule solution raisonnable dans une société où les progrès de l'informatique font qu'il n'y a plus de travail pour tous : plus de poinçonneurs dans le métro, et bientôt plus de caissières dans les supermarchés, ni de facteurs de La Poste ou de marchands de journaux...
Travailler sera laissé au désir de chacun et sera bien entendu récompensé en fonction du service rendu, mais dans les limites de la décence...
Accessoirement, pour les partisans de l'extrême droite, un tel système de payement centralisé empêche très efficacement l'immigration clandestine, et pour les gens épris de liberté, le risque est bien évident : que vous soyez criminel ou opposant politique, plus besoin de goulag ou de prison, on diminuera simplement votre RSA...