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Hadopi: dix propositions

Lundi 27 Avril 2009
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Avant que ne reprenne le débat au parlement sur la loi Hadopi, il est important de faire le point.
D'abord, qu'on me comprenne bien: en écrivant ce qui suit, je  souhaite aider les artistes et les producteurs qui les soutiennent à mieux maitriser les enjeux des nouvelles technologies, et à en tirer le meilleur, pour mieux  créer et  garantir leurs revenus.

Les changements techniques n'ont jamais été et ne sont pas les ennemis des artistes : ils ont permis d'inventer de nouvelles façons de créer (le piano, le violon, la photographie, le cinéma) et de nouvelles façons de faire connaitre leurs œuvres (le livre, l'imprimerie, le gramophone, la radio, la télévision, le cd, le dvd). A chaque fois, il fut dit par des experts que tout cela conduirait au désastre pour les artistes. A chaque fois, ils ont su en tirer le meilleur, pour créer autrement et se faire mieux connaitre.
Il en va de même à propos d'internet. Et bien des contrevérités ont été proférées récemment sur ces questions.

Aussi, je propose de débattre séparément de dix propositions pour la musique, le cinéma, le livre, et autres activités artistiques… qui méritent chacune une discussion calme et  approfondie :

1. La gratuité d'un service pour le consommateur n'entraine pas nécessairement  le non rémunération du producteur du service. La gratuité  pour le consommateur d'un service est l'expression de sa socialisation, pas de l'exploitation du travail de son  producteur. Le contribuable paie le professeur ou le policier, qui ne travaillent pas gratuitement; la publicité paie les gens qui travaillent à la radio ou à la télévision et qu'on écoute gratuitement. En particulier, le musicien ou le cinéaste est, à la radio ou à la télévision rémunéré par d'autres que ceux qui l'écoutent. Et les artistes n'ont pas à s'offusquer de ne pas être payés directement par ceux qui  trouvent de l'intérêt à leurs œuvres.

2. Le téléchargement gratuit n'est pas la même chose que la piraterie, car la musique, ou le cinéma  n'est pas un objet matériel. Si je vole un pain, celui à qui je le prends ne l'a plus. Si je télécharge de la musique ou du cinéma, je n'en prive personne. L'art obéit donc à d'autres lois économiques, depuis toujours. C'est l'objet des droits d'auteur, qui peuvent être payés par d'autres que le consommateur final.

3. Le téléchargement gratuit est, en soi, un facteur de développement de l'économie de la musique et du cinéma. Les gens qui téléchargent sont les mêmes qui achètent et qui vont au concert.  Comme c'est le cas, depuis un siècle, avec la radio. Une étude récente montre même que ceux qui téléchargent, regardent ou écoutent le plus en streaming sont ceux qui, ensuite, achètent le plus de CD ou de DVD.

4. Le système de  surveillance et de sanction de ceux qui téléchargent gratuitement, comme celui de la loi Hadopi ne marchera pas,  en raison, en particulier, du basculement au streaming, qui n'est pas couvert par la loi.

5. Pour les artistes, l'important n'est pas de savoir qui les télécharge, mais combien de personnes les téléchargent. Il faut donc inverser la charge de la preuve et obtenir des fournisseurs d'accès une information sur le nombre d'internautes qui téléchargent un artiste et non pas sur le nombre d'artistes téléchargés par un internaute. C'est possible: voir en particulier ce que fait BigChampagne qui analyse  les flux de téléchargement en peer to peer. Cela évite aussi aux artistes de devenir des auxiliaires de la police.

6. Le fournisseur d'accès est l'équivalent d'un ensemble de  radios ou de télévisions. C'est lui qui bénéficie le plus du téléchargement et du streaming. Il serait normal qu'il soit mis à contribution, au profit des artistes.

7. Les majors, qui ont déjà compris que la loi Hadopi ne marchera pas, sont en train de mettre en place la licence globale, à leur seul profit, en se préparant à offrir des abonnements spécifiques sur internet qui permettront d'avoir accès à la totalité de leur catalogue, pour un prix forfaitaire, sans que chacun paie pour le film ou la chanson qu'il télécharge. C'est exactement la licence globale, qu'ils font semblant de refuser par ailleurs. Les artistes en seront écartés, s'ils ne sont pas dans ces catalogues. Et même s'ils y sont, ils n'en auront que les miettes.

8. Les  artistes (musiciens et cinéastes) doivent s'approprier la licence globale, en définir le mode de contrôle, de tarification et de perception, pour en avoir le meilleur et pas seulement ce qui leur restera, une fois que l'accord sera conclu entre majors et fournisseurs d'accès. Patrick Zelnick vient d'en reconnaitre la nécessité, et c'est un grand progrès dans la convergence de nos points de vue.

9. Les musiciens  n'ont  donc rien à perdre à ce que les gens les enregistrent pendant leurs concerts: les spectateurs ont payé leur place, ils ont droit à en garder le souvenir, comme ils ont droit à prendre des photos. Le droit à enregistrer un spectacle fera partie du prix payé pour y assister. Demain, tous les artistes distribueront même à la sortie du concert le cd ou le dvd du concert  lui-même. Telle est la grandeur de l'artiste: il doit prendre le risque que l'on garde la trace de sa performance, même si elle n'est pas aussi parfaite qu'un enregistrement en studio.

10. Les nouvelles technologies permettront d'inventer des  formes artistiques nouvelles, rémunératrices pour les artistes. En musique sont en particulier en train d'apparaitre de nouvelles façons de créer des œuvres et de les valoriser. Au cinéma, le 3D remplira de nouveau les salles. En particulier, l'arrivée du iPhone et demain d'autres technologies conduiront  à de nouvelles façons d'organiser des micros paiements, dont les artistes devraient etre les bénéficiaires, s'ils savent s'organiser,  dans un monde où le cout de production et de distribution de leurs œuvres sera sans cesse en baisse.

Une table ronde, comme vient de le proposer très justement Patrick Zelnick, devrait discuter calmement de chacun de  ces dix points, en réunissant  tous ceux qui sont concernés : les artistes, les  producteurs, les agents, les sociétés d'auteurs, les tourneurs, les consommateurs, les fournisseurs d'accès. Il pourrait en sortir des idées neuves.

Jacques Attali

Photo: les 51ème Grammy awards à Los Angeles  Lucy Nicholson / Reuters

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Comments

Tabula Rasa ?

Lorsqu'on pose proprement les idées sur la table, voilà ce qu'on obtient, merci M. Attali.

On n'avance !

Il aura fallu beaucoup d'opposition, beaucoup d'interventions et une franche détermination des internautes pour qu'enfin les idées concrètes et réalisables soient mises sur la table.

N'aurait-il pas fallu aux majors, aux artistes de se poser de telles questions pour arriver à vos propositions qui sont claires, réalistes et précises.

Elles ne sanctionnent personne mais au contraire vont dans le sens de l'évolution des technologies et appellent majors et artistes à enfin regarder la réalité en face plutôt que d'engranger l'argent et gémir.

Si la loi HADOPI va dans le sens de vos propositions, c'est à dire donner une liberté aux internautes et protéger les droits d'auteur, il n'en est pas moins vrai qu'il restera toujours quelque chose dans l'inconscient du grand public :

- la ministre en place et son équipe n'ont vraiment pas été à la hauteur du dossier,
- le monde artistique s'est montré extrêmement gourmand même si il se mobilise pour de nobles causes comme les "restos du coeur",
- que des députés comme M. Copé, par ailleurs candidat à la présidentielle, nous ont concocté des propos alambiqués pour nous faire admettre cette loi inique.

Bref, que de temps, d'argent perdus par incompétence et fermeture d'esprit.

Merci, Monsieur Attali, que le président, le 1er ministre, Mme Albanel, Monsieur Copé puissent vous lire et vous entendre !

oups

Pour approfondire le sujet...

Qui sont les "5 gus dans un garage" qui font trébucher Albanel? Allez lire l'enquête de Mediapart sur la Quadrature du net, association en pointe dans la mobilisation contre le texte HADOPI. Mediapart revient sur l'action de ce collectif et de son porte-parole, Jérémie Zimmermann.

Quel espace économique et culturel?

Je ne commenterai que le point 1.
"La gratuité pour le consommateur d'un service est l'expression de sa socialisation, pas de l'exploitation du travail de son producteur"
Vous faites référence aussi au contribuable.
Le problème c'est que la "socialisation" ne peut correspondre qu'à une communauté économique (prix), culturelle (oeuvre) et politique ( gouvernance) donc capable de gérer son bien commun. L'étage national est une réponse mais d'autres espaces communautaires plus petits ou plus grands sont envisageables et aussi des ensembles communautaires. Le traitement franco-français de la question supposerait une telle économie.

Cela rejoint la question du modèle d'"économie communautaire" qui me semble être l'alternative qui répond aux enjeux de la mutation dans tous les domaines. Il réclame un recul par rapport aux universalités formelles que nos croyances artistiques ou économiques ont cultivé comme s'il n'y avait qu'un marché aux valeurs identiques. Il y aura des conséquences sur la nature des arts et des artistes. De ce fait ce n'est pas seulement le revenu des artistes qui est en question mais leur existence même qui va changer (comme toujours dans l'histoire). Pensons un Johnny Haliday au 19ème siècle et au 21ème siècle.

Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com

Comment participer

Une table ronde, c'est une excellente initiative... comment participer ?

éclaircissement?

Nous parlons bien ici de propositions dans le sens d'hypothèses ou d'affirmations ?
des hypothèses sur la place des artistes, des producteurs et des consommateurs dans l'économie numérique?
Dans ce cas, elles doivent servir à ouvrir un nouveau débat, débat duquel peuvent surgir des "propositions" au sens plus immédiat du terme, une loi, un modèle économique (ce Saint Graal que tout le monde recherche).
Pour l'instant ces dix points ne me semblent pas être des solutions.

Ceci étant dit, je suis plutôt d'accord avec ces propositions qui ont le mérite d'être claires et surtout de bouleverser quelques idées reçues et véhiculées par quelques personnes (en particulier les points 1,2,3,5 et 6.)
Je suis moins d'accord avec le point 8. il me semble tout du moins pas aussi réalisable. Je ne vois pas pour l'instant les artistes s'asseoir tous autour d'une table pour discuter de la licence globale.

En tout cas, c'est agréable de voir dit aussi clairement des choses que beauoup ne veulent pas entendre!

Table ronde

Merci Monsieur Atalli pour cette article lumineux.

Plus d'informations sur cette table ronde?

Réponse globale pour émotions singulières

Merci pour cet article, qui en plus d'être constructif, a surtout le mérite d'être clair.
Néanmoins, quelques points m'interpellent:
- Je ne suis pas convaincus par ces deux affirmations érigées en axiomes: "Les gens qui téléchargent sont les mêmes qui achètent et qui vont au concert" et d'après une étude récente, laquelle? "... même ceux qui téléchargent, regardent ou écoutent le plus en streaming sont ceux qui, ensuite achètent le plus de CD ou de DVD." En effet, de quels téléchargements s'agit-il? Si vous nous parlez des téléchargements payants, je serais assez d'accord avec cet analyse des comportements, en outre, pour ce qui est du "piratage", mis à part quelques exceptions, permettez-moi d'émettre des doutes vis à vis de leur amour pour la culture et des certitudes à l'égard d' une attitude de défi de l'interdit, de primeur et de vantardise par rapport à leur entourage ou tout simplement une façon de vivre dans l'irrespect.
Je ne puis qu'avoir un regard réprobateur sur la licence globale, même si celle ci est maîtrisée par les artistes. J'ai eu la possibilité d'acheter des disques et ensuite des CD, depuis de nombreuses années, assouvissant ainsi, mon amour de la musique et mon instinct matériel: la possession, le tactile et la vue contribuant aussi à ma satisfaction auditive; puis est arrivé l'informatique domestique, que j'ai adopté tardivement et à travers laquelle, malgré son côté virtuel, j'ai trouvé une autre liberté, celle de pouvoir choisir ce que je considère comme le meilleur, à travers une multitude d'offre et au juste prix, fini les deux ou trois titres préférés sur quinze achetés, fini les "nanars", réédités dont nous ne pouvons pas voir tous les titres, à cause des étiquettes, fini les faux originaux qui vous affichent les titres d'inconnus quand vous les insérez dans votre PC. Dans ce cadre, une licence globale nous ferais retourner quinze ans en arrière.
Si je devais faire une proposition, elle se situerait au niveau des "majors", dont le nombre s'amenuise d'année en année et que l'éclosion de labels indépendants ne peut remplacer. Ceux-ci devraient reprendre les fondamentaux, parmi lesquels et non le moindre, la découverte de nouveaux artistes et leur promotion à la limite du mécénat, car ne nous y trompons pas le public a beaucoup plus de talent que les "marqueteurs" peuvent imaginer et saura plébisciter ceux-ci en achetant leurs CD.

PEAMS

téléchargeur = consommateur...

Je ne suis pas convaincus par ces deux affirmations érigées en axiomes: "Les gens qui téléchargent sont les mêmes qui achètent et qui vont au concert" et d'après une étude récente, laquelle? "

Je pense que Mr Attali fait référence à un récente étude effectuée par une école de commerce norvégienne. Une étude Canadienne de 2006 allait déjà dans ce sens...
http://www.ecrans.fr/Faux-proces-Les-pirates-paient,7000.html

Bien sûr ce ne sont que des études et non des vérités absolues, mais elles ont bien à mon avis autant de valeurs que les études brandies par les majors... Etant moi-même de ceux qui téléchargent beaucoup et achètent beaucoup je ne m'étonne pas de ces résultats... C'est d'ailleurs assez logique finalement: plus on télécharge librement plus on est susceptible de découvrir des nouvelles oeuvres qui nous plaisent ce qui nous conduira à en acheter un certain nombre, alors qu'inversement si on doit se contenter de ce qu'on trouve dans l'offre légale sur le net, ou pire en magasins (!), on ne trouverait peut-être rien qui nous fasse envie, et si on doit payer pour essayer chaque oeuvre, la probabilité de tomber sur quelque chose qui nous accroche est beaucoup plus faible car quand on a atteint sa limite de budget on s'arrête forcément de découvrir, il faut faire des choix a priori sur ce qu'on va essayer ou ce qu'on ne vas pas essayer, on privilégiera ce que l'on considère être des "valeurs sûres" à tord ou à raison, ce qui va à l'encontre de la découverte de nouveautés et donc peut nuire (et a peut-être déjà nuit) à la créativité...
A mon avis le téléchargement "gratuit" (ou libre) est la meilleure garantie de pouvoir faire ce que vous dites vous-même apprécier: "pouvoir choisir ce que je considère comme le meilleur"...

Licence globale

Le même article, c'est à dire clair et concis sur la licence globale: kesako, on peut m'expliquer ?

cordialement,

appliquer une vieille recette...

Cela consisterait finalement à appliquer une vieille recette qui fonctionne déjà pour la télévision et pour la radio en l'adaptant à internet. Les personnes comme Pascal Nègre qui affirment que c'est infaisable me font rire, de même que ceux qui prétendent que ce serait mettre "tous les artistes dans un même sac" comme Mr Copé dans un précédent billet, c'est au contraire facile à mettre en place, d'une part parcequ' à partir du moment ou la chose est légale l'internaute n'a plus de raison de dissimuler ses téléchargements par du cryptage ou autre, et d'autre part un simple site web peu onéreux à entretenir où l'on pourrait déclarer (anonymement ou pas...) ce que l'on a téléchargé pendant le mois écoulé par exemple permettrait d'établir des statistiques très fines afin de découper la grosse galette, cela reviendrait d'ailleurs moins cher que l'Hadopi pour le contribuable. Certes le montant de la licence n'est pas forcément simple à calculer, mais il ne serait pas forcément horriblement élevé comme on le dit souvent, en raisonnant par l'absurde et en supposant que la licence globale soit la seule source de financement de la totalité du marché de la musique en France, en me basant sur les chiffres de 2007 j'arrive à une redevance de 5.63 euros par mois et par abonnement internet, et encore c'est en me basant sur le chiffre d'affaire ! (il faudrait bien sûr se baser sur le seul bénéfice mais je n'ai pas les chiffres sous la main...) Par ailleurs l'investissement dans la production cinématographique en France en 2006 était du même ordre que le chiffre d'affaire globale du marché de la musique environ 1200 millions, donc même en imaginant que la licence globale doive financer la totalité de la création de musique et de cinéma en France ça ne dépasserait pas à mon avis 10 euros par mois et par abonnement internet (et c'est quand même en exagérant lourdement et en imaginant que toutes les autres sources de revenus disparaissent subitement).

http://www.irma.asso.fr/Chiffre-d-affaires-et-economie-du
http://archives.lesechos.fr/archives/2007/lesechos.fr/05/14/300168904.htm

1. La gratuité d'un service

1. La gratuité d'un service pour le consommateur n'entraine pas nécessairement le non rémunération du producteur du service. Là vous enfoncez des portes ouvertes, si je puis me permettre. Encore que l'on puisse contester la notion de gratuité. La redevance, la publicité envahissante, les impôts sont autant de moyens différents de financer un service qui n'est gratuit qu'en apparence. L'enjeu des nouvelles technologies, qui se pose même à Slate, c'est de trouver les financements pérennes et suffisants pour que le système puisse fonctionner, malgré cette apparente gratuité.

2. Le téléchargement gratuit n'est pas la même chose que la piraterie, car la musique, ou le cinéma n'est pas un objet matériel. Si je vole un pain, celui à qui je le prends ne l'a plus. Si je télécharge de la musique ou du cinéma, je n'en prive personne.
Filons, filons la métaphore boulangère. Grâce à Internet, le boulanger peut se passer de boutique et de vendeuse. Il peut donc vendre son pain moins cher. Mais même si son pain n'est pas un objet matériel et qu'il peut le dupliquer à l'infini, il a toujours besoin a minima, de quelques outils, de se loger, de se nourrir etc. Il est vrai que la plupart des auteurs, contrairement à un boulanger, ne sont pas très exigeants sur le succès de leur petite entreprise et vont privilégier le fait de pouvoir continuer à créer. C'était vrai hier, ça l'est encore aujourd'hui. Mais pour l'instant ce que l'on constate, c'est que le modèle gratuit peine à trouver son financement.

3. Les gens qui téléchargent sont les mêmes qui achètent et qui vont au concert. Comme c'est le cas, depuis un siècle, avec la radio. Une étude récente montre même que ceux qui téléchargent, regardent ou écoutent le plus en streaming sont ceux qui, ensuite, achètent le plus de CD ou de DVD.
Mais dans quelle proportion ? S'ils achètent un CD/DVD, là où avant ils en achetaient 10, le streaming n'en détruit pas moins une valeur qui était auparavant distribuée aux artistes.

4 et 5. Pour les artistes, l'important n'est pas de savoir qui les télécharge, mais combien de personnes les téléchargent. Il faut donc inverser la charge de la preuve et obtenir des fournisseurs d'accès une information sur le nombre d'internautes qui téléchargent un artiste et non pas sur le nombre d'artistes téléchargés par un internaute.
Ce qui est valable pour Hadopi, l'est également pour tout système qui prétendrait mesurer la popularité d'un artiste au travers des téléchargements. L'évolution de la technologie et les petits malins (on verra apparaitre des logiciels permettant de créer du traffic virtuel autour d'un artiste, si ça devient une clef de répartition d'un droit collectif) rendront le procédé obsolète avant même sa mise au point.

9. Les musiciens n'ont donc rien à perdre à ce que les gens les enregistrent pendant leurs concerts: les spectateurs ont payé leur place, ils ont droit à en garder le souvenir, comme ils ont droit à prendre des photos. Le droit à enregistrer un spectacle fera partie du prix payé pour y assister. Telle est la grandeur de l'artiste: il doit prendre le risque que l'on garde la trace de sa performance, même si elle n'est pas aussi parfaite qu'un enregistrement en studio.
Vous enterrez en toute simplicité, tant le droit moral que le droit patrimonial au profit d'un nouveau droit: Le droit du spectateur !
Dans une autre intervention, vous étiez émerveillé par des organisateurs de concert qui offraient à la sortie une clef USB aux spectateurs, ici les nouveaux produits dérivés destinés à financer les artistes relèvent plutôt du service, mais on est toujours dans la même philosophie. Pour reprendre la métaphore boulangère, puisque le client ne veut plus payer son pain, offrons lui en plus une bise de la boulangère et un sac de farine pour lui faire cracher quelques sous et assurer la survie du boulanger.

El Gato

quelques remarques...

Mais dans quelle proportion ? S'ils achètent un CD/DVD, là où avant ils en achetaient 10, le streaming n'en détruit pas moins une valeur qui était auparavant distribuée aux artistes
Dans l'étude norvégienne, les 'gros' téléchargeurs ont acheté jusqu'à 10 fois plus (75 morceaux au lieu de 7 pour les non téléchargeurs), bien sûr ce n'est qu'une étude parmis d'autres... Par ailleurs il faut arrêter de croire que lorsqu'on télécharge 1 oeuvre c'est une voire plusieurs oeuvres qu'on n'achète pas, ce point de vue ne résiste pas à l'analyse statistique...
L'IFPI, fédération mondiale de l'industrie du disque, a publié en fin de semaine dernière les résultats du marché de la musique en 2008. Un marché qui a enregistré une baisse de 8% sur un an de son chiffre d'affaires établi à 18,42 milliards de dollars. Honnêtement si l'équation 1 téléchargement illégal = 1 oeuvre achetée en moins était vraie, pensez vous que la baisse serait aussi faible ?
Sur ces 8% de baisse, combien sont dûs au téléchargement illégal, combien sont dûs à la crise économique, combien sont dûs à l'explosion du marché des CD/DVD d'occasion sur le net ?

Ce qui est valable pour Hadopi, l'est également pour tout système qui prétendrait mesurer la popularité d'un artiste au travers des téléchargements. L'évolution de la technologie et les petits malins (on verra apparaitre des logiciels permettant de créer du traffic virtuel autour d'un artiste, si ça devient une clef de répartition d'un droit collectif) rendront le procédé obsolète avant même sa mise au point.

Il y'a certes des risques de dérives mais vous discutez déjà des problèmes de fonctionnement de la licence globale alors qu'elle n'a pas encore été débattue, ne mettons pas la charrue avant les boeufs. Par ailleurs le mode de financement de la musique n'est pas immuable, il pourrait par exemple s'inspirer du mode de financement du cinéma, actuellement il y'a déjà du financement "collectif", les chaînes de télévision privées comme publiques ont des quotas d'investissements, qui peuvent varier, par exemple afin de favoriser la diversité on peut demander à une chaîne de financer d'avantage de films ayant un budget dans une certaine fourchette, etc... La répartition n'est pas choisie par les téléspectateurs mais par les professionnels, de la même façon ce ne sont pas forcément les seuls internautes qui décideront de la répartition de la licence globale... Par ailleurs techniquement il n'est pas à la portée du premier venu de générer du traffic virtuel qui ne soit pas facilement détectable car il faut le faire avec de nombreuses adresses IP différentes donc disposer par exemple de botnets , et encore même ainsi il me semble que cela resterait plus facile que d'essayer de lutter contre le téléchargement...

Dans une autre intervention, vous étiez émerveillé par des organisateurs de concert qui offraient à la sortie une clef USB aux spectateurs, ici les nouveaux produits dérivés destinés à financer les artistes relèvent plutôt du service, mais on est toujours dans la même philosophie. Pour reprendre la métaphore boulangère, puisque le client ne veut plus payer son pain, offrons lui en plus une bise de la boulangère et un sac de farine pour lui faire cracher quelques sous et assurer la survie du boulanger.

Vous ignorez peut-être que cela se pratique très communément dans d'autres pays, regardez un peu en dehors de "camembert-land" ;-) Par exemple les artistes coréens ou japonais ont compris cela depuis des années et s'y sont adaptés, en même temps que le CD ou le DVD normal on peut aussi acheter des DVD spéciaux réservés aux fans membres du fanclub, mais encore des tasses, des casquettes, des tshirts, des portes-clés, jusqu'à des serviettes de bain... Après tout, en quoi est-ce plus avilissant que de vendre une rondelle en plastique ?

Quelques liens sur le rapport de l'IFPI

A propos du rapport 2008 de l'IFPI:
La Fédération Internationale de l'Industrie Phonographique (IFPI) publie son rapport 2008
Le chiffre est tombé, implacable : ceux sont plus de 40 milliards de fichiers musicaux qui ont été téléchargés illégalement en 2008 ! Le bilan paru le 16 janvier dernier est en demi-teinte.
Selon l’organisation basée à Londres, l’offre de musique sur la Toile a fortement progressé, passant de 3 milliards en 2007 à 3,7 milliards de dollars en 2008, mais elle est encore minimisée par rapport à la place du téléchargement illégal dans le monde.
Quarante milliards de fichiers musicaux ont été téléchargés illégalement par les internautes en 2008.
Au total, 95% des bénéfices des téléchargements ne sont pas reversés aux artistes et producteurs de ces musiques.
Selon une étude effectuée dans 16 pays du monde, un téléchargement sur 20 seulement serait obtenu par des moyens légaux.

http://lemusicodrome.canalblog.com/archives/2009/02/17/12534381.html
Cette croissance globale de 25 % a cependant ralenti, puisque les ventes de musique numérique avaient grimpé de plus de 30 % en 2007 – et le marché de la musique devrait s'être contracté de 7 % en 2008, contre 8 % en 2007, le piratage ayant pesé sur le chiffre d'affaires des ventes traditionnelles. En France, le marché aurait reculé, selon les données des principales maisons de disques de l'Hexagone, de 15 % en 2008.
http://pro.01net.com/editorial/401352/pour-lifpi-95-pour-cent-des-telech...

et encore même ainsi il me semble que cela resterait plus facile que d'essayer de lutter contre le téléchargement...
Je ne défends pas Hadopi. Je suis effectivement convaincu que ça ne peut pas fonctionner. Mais je constate (et ce n'est qu'un début) que l'économie du Net se fait au détriment des producteurs de contenu.

Par exemple les artistes coréens ou japonais ont compris cela depuis des années et s'y sont adaptés, en même temps que le CD ou le DVD normal on peut aussi acheter des DVD spéciaux réservés aux fans membres du fanclub, mais encore des tasses, des casquettes, des tshirts, des portes-clés, jusqu'à des serviettes de bain... Après tout, en quoi est-ce plus avilissant que de vendre une rondelle en plastique ?
Jusqu'à présent, le droit français considérait les œuvres des artistes comme un élément de leur personnalité et leur reconnaissait, à ce titre, le droit de décider, et d'interdire, ce qui était, à leurs yeux, avilissant. C'est le droit moral. C'est de toute évidence devenu une utopie. Permettez moi de regretter cette utopie.
Par ailleurs, l'expérience du Net aujourd'hui, c'est que ce ne sont pas les artistes, mais les fabricants de casquettes, t-shirt et autres porte-clés qui vont mieux gagner leur vie et voir se développer leur industrie. La musique, le cinéma, la photographie etc. n'auront jamais été autant diffusés, n'auront jamais produit autant de valeur ajoutée pour toute sorte d'industries (telecom, informatique, porte-clés ;~) ), et n'auront jamais dégagé proportionnellement aussi peu de marge pour les créateurs.

El Gato

Bien sur

Je tiens à faire savoir à Jacques Attali que je partage entièrement son analyse et suis pret à participer à tout groupe de réflexion qui permettrait de trouver de nouveaux mode d'économie permettant de respecter les auteurs mais aussi la particulatité et la nouveauté des réseaux tels internet.
j'ai communiqué à Christian Paul à l'occasion des débats sur la DADVSI mes analyses sur notamment la création d'une licence globale en me réferant notamment sur les solutions trouvées lord du développement des radios libres et ma participation aux réflextions menant à la création des redevances pour copies privées.
Mon expertise me parait interessante ayant exercé de 1988 à 2002 la fonction de délégué générale de l'ALPA (association de lutte contre la piraterie audiovisuelle).

jeansainati

Etude sociologique

M. Attali,

Je serais très interessé par cette étude dont vous parlez au point numéro 3 à savoir celle qui prétend que les gens qui téléchargent le plus sont ceux qui achètent le plus. Quel sont les chercheurs / sociologues qui l'ont commandée, quels sont les chiffres qu'ils ont obtenus, quelle est leur analyse par tranche d'âge et catégorie socio-professionnelle ?

Pour la catégorie que je connais très bien (les informaticiens) et qui est directement impliquée par cette loi, je reste très, très, très sceptique. Dans chacune des entreprises ou j'ai travaillé ces 10 dernières années il y a des serveurs sur lesquels sont partagés des centaines de films (dont une proportion non négligeable de films pas encore sortis en salle) ou séries (dont quelques unes pas encore diffusés en France). Et bien entendus des milliers de mp3. Partagés (ah ! cette noble notion de partage) par des hackers qui se targuent de ne dépenser un seul centime pour acheter des disques/DVD ou aller au cinéma sauf pour aller voir les blockbusters incontournables. Et lorsque je parle avec ma fille au sujet des ses copains/copines du collège, je le suis encore d'avantage : elle passe ainsi pour une demeurée parce qu'elle ACHETE de la musique (CD ou iTunes).

Pouvez vous nous donner exactement une idée sur le montant de la license globale et son incidence sur l'abonnement. J'aimerais comprendre comment celle-ci va servir aux artistes sans augmenter le cout de l'abonnement dans des proportions rédhibitoires.

Cette license globale est-elle générique ? Les gens qui ne téléchargent pas vont-ils aussi devoir la payer ? Va-t-elle être indéxée sur le débit dont dispose les abonnés ? Ceux qui ont un faible débit en raison de leur éloignement vont-ils payer le meme prix que ceux qui ont un très haut débit ?

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