France

L'affaire Karachi, la migraine de la République

Temps de lecture : 2 min

L’affaire Karachi, c’est aussi l’approbation des comptes de campagne d’Edouard Balladur en 1995 par le Conseil constitutionnel. C’est le scandale dans le scandale.

Roland Dumas et Edouard Balladur en mars 1995. REUTERS
Roland Dumas et Edouard Balladur en mars 1995. REUTERS

La justice dira, un jour, ce qu’elle doit dire sur l’affaire Karachi, les commissions et les rétro-commissions, mais en attendant, il y a déjà de quoi, largement, se scandaliser, si ce n’est se révolter sur un point avéré, assumé: la validation des comptes de campagne du candidat Balladur en 1995.

Ces comptes comportaient des anomalies importantes, des zones d’ombres qui, de l’avis des rapporteurs du Conseil constitutionnel, c'est-à-dire des juristes qui préparent les décisions des «Sages», devaient conduire à une invalidation.

Les juges du Conseil en ont décidé autrement et on a pu voir jeudi soir dans un sujet du 20 heures de TF1 certains d’entre eux, interviewés, assumer avoir traficoté les chiffres pour justifier leur approbation.

A la tête du Conseil, Roland Dumas, ex-magouilleur en chef de la Mitterrandie, que l’on a retrouvé, quelques années plus tard défendant becs et ongles Laurent Gbagbo, un président battu par le suffrage universel qui s’accrochait à son siège dans un exercice pitoyable de négation de la démocratie.

Que le Conseil constitutionnel, institution en laquelle on doit avoir absolument confiance pour que la République tienne debout, ait pu s’arranger à ce point avec la vérité et approuver des comptes de campagne douteux confirme l’état de notre démocratie.

Les délibérations du Conseil sont secrètes mais, heureusement, dans la plus grande discrétion, le juge Van Ruymbeke a pu perquisitionner les archives de Fontainebleau où elles sont entreposées….

Et Nicolas Sarkozy?

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy se retrouve au centre de l’affaire Karachi. Quel impact cela peut-il avoir sur la campagne?

Personne ne peut vraiment le dire parce que si la justice tourne autour du président, met en cause ses proches, ses très proches, ses amis intimes, ses collaborateurs de premiers plan à la mairie de Neuilly, elle ne le mettra jamais en cause lui-même.

Du moins tant qu’il sera président, du fait de l’immunité due à sa fonction.

Beaucoup d’arguments plaident pour une catastrophe politique, d’abord, tant que le gouvernement ne déclassifie pas tous les éléments utiles à l’enquête (encore secret défense) et réclamés par le juge, le soupçon pèsera sur le président.

Mais il en va des affaires comme de la politique étrangère. Elles teintent une popularité, elles ne la bouleversent pas radicalement.

Personne ne peut affirmer que le succès de Nicolas Sarkozy en Libye lui sera crédité par l’opinion en 2012. De la même façon, personne ne peut affirmer que Karachi le plombera politiquement. Jacques Chirac reste au faîte de sa popularité!

Néanmoins Nicolas Sarkozy, lui, est impopulaire, il l’était avant qu’éclate vraiment l’affaire, on ne voit pas très bien comment il pourrait redevenir populaire après les révélations de ces derniers jours.

Le Conseil constitutionnel mis en cause, le président, au centre d’une affaire très grave, c’est la tête de la République qui est atteinte et l’on ne peut pas s’empêcher de penser, en ces temps de crise de vocation politique à ces dizaines de milliers d’élus municipaux, ces centaines de conseillers généraux et régionaux, de parlementaires qui font honnêtement leur travail, sur le terrain, dans un contexte de crise, d’appauvrissement des services publics, c'est-à-dire de moyens d’action. C’est un grand sentiment de gâchis qui domine.

Thomas Legrand

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