Monde

Obama contre les républicains: Qui sera la poule mouillée?

John Dickerson, mis à jour le 22.09.2011 à 14 h 04

On a déjà vu Obama en colère, mais jamais pour très longtemps. Maintenant qu’il a présenté son nouveau plan économique, saura-t-il rester ferme face aux charges des républicains?

Barack Obama à la Maison Blanche le lundi 19 septembre 2011. REUTERS/Jason Reed

Barack Obama à la Maison Blanche le lundi 19 septembre 2011. REUTERS/Jason Reed

C’est la reprise de la grande négociation (grand bargain, comme on l’appelle) entre démocrates et républicains pour tenter de juguler la crise. Lundi 19 septembre, Barack Obama a présenté son plan de réduction des déficits, doté de 3.600 milliards de dollars– un projet qui découle de l’accord qu’il a failli conclure, cet été, avec son ancien partenaire de golf John Boehner.

Mais cette fois, il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Obama souhaite augmenter à hauteur de 1.500 milliards de dollars les recettes fiscales, qu’importe si les républicains sont totalement opposés à toute hausse des impôts. Le président américain a également proposé aux républicains des réductions du budget de Medicare (l’assurance santé publique pour les personnes âgées) bien inférieures à ce qu’il avait évoqué cet été.

Obama change de ton

Dans son exposé empreint d’un ton à la fois franc et sévère, Obama a justifié son point de vue, faisant allusion aux républicains:

«Je crois que les classes moyennes, sur lesquelles on fait constamment pression depuis des décennies, pensent qu’il est temps qu’on les défende avec autant de vigueur que celle employée par des lobbyistes et législateurs pour défendre les privilèges de milliardaires et de grosses sociétés.»

Il y a deux semaines, après le discours prononcé par le président Obama lors d’une séance conjointe du Congrès, ses partisans se demandaient s’il maintiendrait le cap dans cette bataille. La réponse est «oui». Obama a menacé les républicains: s’ils ne votaient pas en faveur de son programme de 447 milliards de dollars pour créer des emplois, il le leur ferait payer dans les urnes.

Dans son discours de lundi, il a bien fait comprendre qu’il n’était plus disposé aux cajoleries, comme il a pu l’être lors des précédentes négociations. Cette fois, il se montrerait plus intransigeant. Il a même étayé ses menaces en précisant qu’il opposerait son veto si on venait à modifier les allocations de Medicare sans augmenter de façon significative les impôts des «Américains les plus riches».

S’il parvient à faire monter suffisamment la pression sur les républicains pour les amener à la table des négociations, tant mieux. Dans le cas contraire, il a son thème principal pour la campagne de 2012. 

Justice, équité, égalité…

L’argumentaire de Barack Obama repose sur l’équité. On ne compte pas moins de 9 occurrences du terme «juste» et ses variantes dans sa courte allocution, en tête devant son autre mot favori: «équilibre» (vous tenez peut-être chez vous un calepin avec ce genre de statistiques).

Il préconise un sacrifice partagé: les personnes qui perçoivent des allocations du gouvernement ou les fonctionnaires devront faire avec moins; mais ceux qui touchent de très gros salaires devront contribuer plus. Obama veut laisser expirer comme prévu les réductions d’impôts votées sous l’administration Bush, ajoutant qu’un millionnaire ne devrait pas payer moins d’impôts qu’un Américain de la classe moyenne:

«Il ne s’agit pas d’une guerre des classes, mais de calculs mathématiques. Il faudra bien que l’argent vienne de quelque part.»

Cette combinaison d’impôts et de réductions budgétaires visant à parer les effets pernicieux des déficits record est recommandée par presque tous les groupes bipartisans qui ont proposé des solutions, y compris la commission Simpson-Bowles mise sur pied par Obama.

Mais le fait que le président ait tant insisté sur la nécessité d’une hausse d’impôts et son approche «revue à la baisse» de réduction des budgets des programmes sociaux a été fustigée par les législateurs républicains. En revanche, les groupes libéraux (progressistes) tels que Moveon.org ou le Change Campaign Committee s’en sont réjouis.

Barack Obama n’a-t-il jamais parlé de cette façon? On pouvait bien noter, lundi, une pointe d’énervement et de frustration comparables à celles affichées par le président américain ce soir de fin juillet où les négociations sur le plafond de la dette avaient mené à une impasse.

En fait, le président Obama tient ce genre de discours intransigeant de temps en temps. Ses partisans sont d’abord très enthousiastes. Mais ensuite, Obama fait machine arrière ou conclut un marché avec les républicains (comme dans le cas des réductions d’impôts décidées sous Bush et du plafond de la dette), et ses soutiens sont de nouveau déçus. C’est arrivé tellement souvent durant son premier mandat qu’on peut craindre un tel revirement de situation. Le désenchantement habituel, si douloureux.

Le président décevra-t-il les siens?

Il y a des raisons d’être optimiste. La précédente approche du président américain n’a pas fonctionné. En effet, lors du débat sur le plafond de la dette, Obama avait lancé quelques piques aux républicains, mais il s’était surtout persuadé qu’il serait perçu comme plus raisonnable que ces derniers. Les sondages ont montré que les Américains adhèrent davantage à ses points de vue. Les sondages ont également révélé que l’opinion accusait spécifiquement les républicains d’obstructionnisme. Par conséquent, la logique aurait voulu que le président en ressorte largement ragaillardi.

Il n’a pourtant pas été particulièrement félicité bien qu’il ait évité, au mois d’avril, un «governement shutdown» [situation propre aux Etats-Unis où l’Etat supprime l’essentiel de ses dépenses et se limite à fournir des services de base, Ndlr]. Une fois que démocrates et républicains se sont mis d’accord sur le relèvement du plafond de la dette, les deux camps ont pris un coup. Selon un récent sondage CBS, la cote de popularité des républicains aux Congrès étaient était de 19%, celle d’Obama de 43%, la plus faible qu’il ait jamais connu en tant que président.

La stratégie d’Obama ne vise pas seulement à le faire réélire. Désormais, il approfondit une méthode qu’il avait déjà mise à l’œuvre: contraindre les républicains jusqu’à les faire céder. Si son intervention permet à Obama d’inciter les Américains à faire pression sur les républicains du Congrès, il pourrait augmenter sa marge de manœuvre politique.

Mais rien n’est moins sûr. Les sondeurs partent de ce cruel principe: si le président Obama ne jouit pas d’une cote de popularité proche de 50%, il a peu de chances d’être réélu. Ce changement de ton aura-t-il une incidence sur sa popularité? Il faut qu’il élargisse et renforce l’électorat démocrate, mais il mise aussi sur le fait que les électeurs soucieux de leur pouvoir d’achat seront séduits –au point d'aller aux urnes– par l’idée selon laquelle le sacrifice partagé et l’équité doivent régir la politique américaine.

Obama prêt à foncer

La question est de savoir si le président des Etats-Unis est prêt à endurer le déroulement et l’issue de ce jeu de la poule mouillée. L’éternel problème est que le président ne peut pas mettre à exécution ses menaces, car on lui jettera la pierre si la situation dégénère. Après tout, il occupe cette fonction suprême où tout un chacun place ses espoirs et aussi ses critiques. C’est encore vrai.

Si l’essentiel –ou tout au moins d’importants aspects– de son projet de loi en faveur de l’emploi n’est pas adopté par le Congrès (et que le supercomité échoue, augmentant du même coup la probabilité de coupes budgétaires drastiques à tous les niveaux), jettera-t-il l’éponge ou restera-t-il debout, inébranlable?

Cette année va s’achever avec un autre jeu de la poule mouillée. Obama n’a pas encore explicitement menacé de foncer bille en tête. Mais l’audace qu’il a affichée lundi laisse penser qu’il serait prêt à le faire.

John Dickerson

Traduit par Micha Cziffra

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