Troy Davis: une confiance aveugle dans les témoins oculaires
La justice américaine fait bien trop confiance aux témoins oculaires dans les affaires criminelles, surtout dans un cas comme celui de Davis, où les preuves ont été clairement contaminées.
- Une manifestation pour Troy Davis devant le Comité de grâce de Géorgie, à Atlanta, le 19 septembre 2011. REUTERS/John Amis -
Troy Davis sera exécuté ce soir à 19h, heure américaine, après le refus de grâce du Comité de grâce de Géorgie et malgré une immense mobilisation internationale devant le manque de preuves de sa culpabilité.
L’affaire Troy Davis est une mise en scène —du pur théâtre. Je ne parle pas de «mise en scène» parce que l’affaire a attiré l'attention du monde entier et des soutiens éminents. Je ne veux pas non plus parler du drame qui s’est noué autour du comité des grâces de Géorgie, qui, à la onzième heure, a de nouveau refusé de le gracier mardi, et qui débouchera sur l’exécution de Davis ce mercredi —et ce malgré des preuves solides de son innocence.
Par ce choix de termes je veux dire que les preuves apportées par les témoins oculaires qui sont au cœur de son premier procès pénal ont été, littéralement, mises en scène par la police.
La mauvaise mémoire des visages
La cour fédérale qui a fini par examiner les preuves de l’innocence de Davis a admis que «cette affaire repose sur les témoignages oculaires.» Pourtant, cette cour a ignoré le fait que sept des neuf témoins du procès se sont rétractés, et que de nouveaux témoins ont désigné un autre homme. La cour a fait cela, tout en passant à côté de la manière dont les témoins oculaires ont pu en venir à identifier Davis comme l’homme qui a abattu un policier qui intervenait dans une bagarre sur un parking de Burger King.
L’affaire Troy Davis —qui met au jour un large éventail de failles dans notre système de peine de mort, notre système post-condamnation et dans la politique de la justice pénale— est par conséquent aussi une affaire sur la malléabilité de la mémoire des témoins oculaires et sur les fautes de la police.
Nous savons tous à quel point il est difficile de se souvenir du visage d’inconnus croisés dans la rue (je ne l’ai pas déjà vue quelque part?)
On pourrait penser que dans des affaires criminelles aux enjeux si élevés, la police prendrait toutes les précautions possibles pour tester la mémoire d’un témoin oculaire qui aurait vu un inconnu commettre un crime. En effet, la police sait bien qu’elle est censée le faire; les séances d’identification servent de test.
Quand la police suggère des coupables
Mais nous savons aussi depuis longtemps que de graves erreurs peuvent se produire quand la police suggère au témoin qui il doit choisir. Cela peut être involontaire, si le policier qui conduit la séance d’identification sait qui est suspect et donne des indices sans le vouloir.
C’est une faute professionnelle grave si les policiers suggèrent ouvertement au témoin qui choisir. On considère que c’est suggestif si les policiers ne montrent aux témoins que des photos de la personne qu’ils soupçonnent. Ou simplement s’ils font des commentaires susceptibles de les influencer.
Pour une raison ou une autre, la police a fait tout cela et davantage encore dans l’affaire Troy Davis —la parfaite illustration d’une procédure d’identification sabotée.
Si la police a fini par montrer plusieurs photos de suspects à la plupart des témoins, elle ne l’a fait qu’à la fin.
Si elle a bien élaboré un tableau de cinq photos contenant celle de Davis, elle a attendu 5 à 10 jours avant de l’utiliser pour tester la mémoire des témoins oculaires. Pourquoi avoir attendu? La mémoire des témoins s’efface rapidement.
En revanche, dans l’intervalle, les policiers avaient affiché des avis de recherche de Troy Davis avec photo—celle-là même qu’ils ont ensuite intégrée au tableau—dans tout le quartier, photo qui fut abondamment diffusée par tous les médias locaux. Les témoins ne sont pas passés à côté de ces avis de recherche.
Ils ont aussi déclaré avoir eu l’impression de subir des pressions pour identifier Troy Davis. Par exemple, l’un d’entre eux a affirmé au tribunal qu’on lui avait dit que «si je ne coopérais pas avec eux, je serais allé en prison pendant dix à douze ans».
Une mise en scène des versions des témoins
Enfin, il y a eu la mise en scène —une reconstitution complète organisée par la police. Celle-ci a fait revenir trois témoins-clés de la scène sur le parking du Burger King où la fusillade avait eu lieu.
Les policiers ont alors fait tenir à l’un d’entre eux —l’homme qui, selon les soutiens de Davis, est le véritable auteur du crime—un rôle différent: celui d’un innocent badaud. La police a essayé de faire s’accorder les témoins sur l’endroit où chacun se tenait.
Déçue, elle a ensuite localisé un quatrième témoin-clé, et lui a demandé «si elle pouvait placer tout le monde dans la position où elle les avait vus». C’était une tentative de donner un semblant de cohérence à toutes les versions différentes.
Résultat, les versions ont commencé à concorder. Ce n’est que plus tard que les témoins ont vu des groupes de photos (procédure qui n’a pas été menée selon les règles en double aveugle, où les policiers ne savent pas qui est le suspect).
Identifications et rétractations
Un de ces témoins s’est souvenu au tribunal qu’il avait dit à la police, en voyant le groupe de photos, qu’il n’était que «genre sûr à soixante pour cent que c’était le bon type» parce que «j’étais tendu, je regardais le revolver». Ça, c’était après avoir vu la photo sur les avis de recherche pendant dix jours au Burger King où il travaillait.
Mais pendant le procès —où Troy Davis était assis sur le banc des accusés— il l’a désigné au jury. Depuis, il s’est rétracté. Un autre témoin a désigné Troy Davis lors du procès, et déclaré aux jurés: «On n’oublie pas quelqu’un qui se tient comme ça et qui abat quelqu’un».
Cette revendication doit avoir surpris autant l’accusation que la défense, étant donné que la police ne s’était pas même donné la peine de lui montrer des photos puisque peu de temps après les événements, il avait déclaré: «Je reconnaîtrais ses vêtements mais pas lui». Il admit cependant avoir vu la photo de Davis dans le journal la veille de sa déposition.
En outre, un autre témoin, gravement blessé dans la bagarre qui avait conduit au coup de feu, avait commencé par identifier un autre homme comme étant l’agresseur; plus tard, au commissariat, il a conclu qu’il ne savait plus qui c’était. Il a admis au tribunal que la police «l’avait en quelque sorte rassuré» sur le fait qu’il s’était trompé. Un résumé des divers témoignages contradictoires peut être lu dans l'Appendice aux conclusions écrites de la Cour Suprême américaine.
Des preuves complètement contaminées
J’ignore si Troy Davis est innocent ou pas —personne ne le saura jamais. La police a contaminé les preuves à un tel point, et tant d’éléments ont fait surface depuis, qu’il ne reste pas grand chose à charge contre lui —impossible d’imaginer un jury prononcer sa culpabilité aujourd’hui, encore moins le condamner à mort.
En parcourant son dossier d’instruction, je ne cessais de penser à ce que j’avais vu dans les comptes-rendus des procès des 250 premières personnes disculpées grâce à des tests ADN, à l’époque où je faisais des recherches pour mon livre Convicting the Innocent. (Il n’existe pas d’éléments de preuve physiques susceptibles d’être testés dans l’affaire Davis).
Des 190 personnes disculpées par les tests ADN qui avaient été condamnées sur la foi de témoignages oculaires, presque toutes avaient été confrontées à des témoins ayant affirmé positivement lors du procès que l’accusé était bien l’agresseur qu’ils avaient vu. Pourtant, 57% d’entre eux n’en étaient pas certains la première fois qu’ils avaient identifié le prévenu. Leur certitude ne s’était forgée que plus tard.
Même cinq témoins oculaires peuvent avoir tort
On voudrait croire que toute une série de témoins auraient plus de chance d’avoir raison qu’un seul. Pourtant, dans les cas d’accusations fausses que j’ai examinés, 36% des condamnés ont été identifiés à tort par plusieurs témoins, certains par trois, quatre ou cinq personnes différentes.
Peut-être le cas le plus connu est-il celui de Kirk Bloodsworth, la première personne que des tests ADN ont sortie du couloir de la mort. Il avait été faussement identifié par cinq témoins oculaires, et la conséquence est qu’aujourd’hui, l'état du Maryland interdit l'application de la peine de mort dans des affaires où les preuves sont si légères.
Nous savons que les témoins peuvent s’influencer entre eux —et dans plusieurs des affaires que j’ai étudiées où l’accusé a été innocenté, les témoins avaient tous regardé les photos de suspects en groupe.
Si dans 78% des affaires que j’ai examinées, des procédures de suggestion ont été utilisées, je n’ai jamais vu de reconstitution aussi suggestive que celle qui a été mise en scène dans l’affaire Troy Davis (bien que dans une affaire de Virginie, ils aient placé un collant sur la tête de Willie Davidson, et l’aient enlevé et remis tour à tour en demandant «c’est comme ça, ou bien c'est comme ça?» car la victime avait été attaquée dans l’obscurité par un homme au visage dissimulé par un bas).
Des suggestions bien plus subtiles faite par la police lors de séances d’identification ont été à l’origine d’erreurs où les témoins ont raté le véritable coupable et identifié un innocent.
Plus remarquable encore, on peut signaler une autre affaire bien connue qui a eu lieu en Géorgie: la victime avait identifié John Jerome White, et des tests ADN prouvèrent des années plus tard non seulement que White était innocent, mais que le coupable avait été placé, pure coïncidence, juste à côté de lui pour faire office de «bouche-trou» lors de la séance d’identification. Peut-être le comité des grâces de Géorgie n’a-t-il jamais eu vent de cette affaire.
Les identifications de l'affaire Troy Davis inacceptables
Au cours des dernières semaines, la faillibilité de l’identification par les témoins oculaires a été extrêmement documentée. Il existe un corpus conséquent de preuves en sciences sociales sur le problème de la mémoire des témoins oculaires.
Cette semaine encore, une nouvelle pierre a été portée à l’édifice —un rapport comportant les résultats d’une étude nationale de l’identification par les témoins oculaires a été annoncé, dont les découvertes confirmeraient l’importance d’adopter de meilleures pratiques pour les séances d’identification.
La Cour Suprême des États-Unis va juger cet automne une affaire portant sur des procédures d’identification par témoins oculaires et l’action de l’État. La Cour Suprême du New Jersey vient de rendre sa remarquable décision Henderson qui établit un cadre de loi exhaustif basé sur les sciences sociales pour les témoignages de témoins oculaires au tribunal.
Les identifications par les témoins oculaires dans l’affaire Troy Davis ne sont pas acceptables même de très loin si l’on se base sur ce que l’on sait aujourd’hui de la mémoire des témoins —il n’y a pas eu de double-aveugle, les séances n’ont pas été correctement dirigées, et la reconstitution était ouvertement suggestive.
Il n’existe pas non plus la moindre indication de la fiabilité des témoins (ils n’étaient pas, au départ, sûrs de ce qu’ils avaient vu, dans une situation de stress, dans le noir, peut-être concentrés sur l’arme, et leurs descriptions initiales ont varié).
L’affaire Troy Davis soulève la question de la peine de mort mais aussi celle du risque d’erreur tolérable dans notre société. Il s’agit aussi de la répugnance du système judiciaire à examiner clairement de nouvelles preuves de l’innocence d’un homme, y compris les rétractations des témoins. Elle soulève aussi la question des informateurs dans les prisons.
Mais l’affaire Troy Davis est, au final, un argument sur la fragilité et la malléabilité de la mémoire des témoins. Et les yeux du monde sont aujourd’hui braqués sur la Géorgie.
Brandon L. Garrett
Traduit par Bérengère Viennot
Mis à jour le 21/09/2011 à 17h04














































C'est bel est bien Barrack Obama a qui le monde entier dit : NO YOU CAN'T (non vous ne pouvez pas)
Car en effet, il faut des coupables dans ce crime d'États
L'assassinat de Troy Davis est un des pire qui soit, car il a été comis par la justice elle meme, cette justice qui se doit d'être irréprochable, aujourd'hui, oui, cette justice n'est rien d'autre qu'un vulgaire criminel, un assassin, un ennemi dangereux et malfaisant, cette justice, et tout ces membres qui dans cette affaire ont laissé l'atrocité grignoter notre si belle existence. Haïssons les, maudissons les, combatons les.
Personne ne sait si Troy Davis était coupable ou non, ce que l'on sait, c'est que 7 sur 9 temoins se sont rétracté et ont innocenté Troy Davis, attention, ils ne l'ont pas fait dans une gazette baba cool tiré a 40 exemplaires, non, ils l'ont fait devant les grands médias, ces même grand média, eux aussi, pourtant parfois si contraire a nous, aussi, ont émis des doutes, l'ex président des État Unis, Carter, a émis des doutes, la terre entiere a emis des doutes, les gouvernement, les papes, les nones, les artistes, les chauffgeur de taxi, les chroniqueurs, tout le monde, les juges eux même, ont émis des doutes, et quoi, rien, une mise a mort froide et diabolique, l'échec de la justice, devant tous, comme un scenario macabre et inéluctable, gachant la journée, gâchant la vie, faisant pleurer les yeux rouges, et brisant l'âme.
Pour ou contre la peine de mort, nous voulions une seule et unique chose : La réouverture du dossier afin qu'il y ait un nouveau procès, tant, il devenait évident, que Troy Davis était innocent, ou en tout cas, que les preuves n'étaient pas suffisante pour le juger coupable.
La foule qui défendait Troy Davis était immense et il est absolument inacceptable que cela n'ait pas suffit pour convaincre cet implacable et sourd et stupide État Américain.
Ici, le drame est immonde et la culpabilité de la justice est évidente, pourquoi diable n'a telle pas pris le temps de rouvrir véritablement le dossier, pourquoi a telle agit comme une paralysée tandis que le monde se démenait pour sauver Troy Davis et la justice elle même ? Pourquoi ? Par bêtise pure, par méchanceté, folie, et gout du saccage. Le tout, en dirrect, a la tele, comme si le diable et l'enfer avaient leur show télé.
Et parce que cette affaire salit la justice américaine et donc l'Amérique, les coupables sont nombreux, commençant par le président Obama, qui n'a rien fait, malgré la dimension internationale de l'affaire, qui a fait croire qu'il ne pouvait rien faire, ce qui est un mensonge, et qui a laisser un homme se faire tuer, exactement comme dans un film de fiction, ou le mal, l'emporte devant nos yeux effrayés, dans une mécanique de l'injustice abominable. En effet, nos avons notre martyr, désignons les assassins et leurs complices !
Parce que je ne suis pas militant, j'ignorais hier l'affaire Troy Davis, mais très vite, en découvrant l'affaire, moi, qui ne suis ni juge, ni politicien, ni responsable de la clartee de la nation americaine, ni policier, j'ai compris que cette affaire ressemblait a une machine diabolique d'injustice, pour tout vous avouer, et je ne suis pas dépressif en ce moment, très vite, j'ai pleuré, pour Troy Davis, devant sa photo, celle d'un homme a la bouille si sympathique. Et comme beaucoup, j'ai veillé en attendant que la Cour Suprême annule l'exécution, car cela était si logique, et comme beaucoup, j'ai dansé de joie en apprenant que la peine était repoussé , et je suis allée me coucher, heureux et libéré. Hélas, ce matin, tandis que je dormais, mon amoureuse me réveille, me faisant très peur, comme si notre maison était attaquée, elle pleurait en répétant sans cesse, anéantie de tristesse : 'Ils l'ont tué , ils l'ont tué' et la mes amis, mes frères, c'est moi, en ce moment même, en écrivant ces lignes, c'est moi et je vous le jure, qui pleure a mon tour, pour Troy Davis, ce pauvre homme, victime d'un état tout entier, venu au monde pour avoir une vie de martyr et qui pourtant avait autour de lui une si belle famille et une si belle planète. Du debut de sa vie, a sa mort, je benis toutes les secondes, toutes les choses, tout les gens, qui l'ont rendu heureux, je bénis ces histoires d'amour et les films qui l'ont fait rire, je benis ses peluches, ses lunettes, sa famille, ses professeurs, ses chiens, ses chats, tout ce qui a put, le temps d'un instant, le rendre heureux.
Tous, nous devons tout faire pour que les USA comprennent leur erreur, la justice est la plus haute administration, la plus cruciale, elle est capitale, au dessus, au delà, elle nous protege et fait le bien, elle nous embellit, comme une mère aimante, elle nous chérie et nous assure la sécurité, elle nous protège des monstres et elle sait mieux que quiconque identifier le bien et le mal, la justice est a l'administration ce que l'amour est au sentiment. Et aujourd'hui c'est cette justice que nous devons punir, rectifier, accabler, et ce avec la sagesse des justes, la force des titans, et la beauté des frères.
Troy Davis est mort, il y a un homme en moins sur la planète, il n'est plus, il a attendu pendant 20 ans sa libération, il a attendu pendant 4 heures, assis sur une chaise, ligoté, que les plus hautes instances Américaine, voient enfin avec clarté, rien, rien ne l'a sauvé, et pourtant la grande majorité voulait le sauver.
Que reste il, notre vengeance ? Notre haine ? Non, notre amour, notre tristesse et notre compassion pour Troy Davis, voila avant tout, ce qui reste, avant même l'indignation, mais helas, l'injustice reste aussi, qui continue son oeuvre de saccage et que, vie après vie, nous combattrons afin d'élaborer un monde meilleur, ou les hommes comme Troy Davis auront le droit a une révision de procès, ou l'administration sera une machine implacable de justice, d'intelligence, de logique, de rapidité, de remise en question, de discernement, d'écoute.
Monsieur Barrack Obama, Messieurs les juges de la cours suprême des états Unis et de Géorgie, il est minuit pour vous, et vous n'avez pas connu le grand midi, ne laissons aucune étoile nous tromper, l'aurore est très loin, c'est la tempête prédite depuis longtemps, longue a arriver mais absolument certaine, un de ces quatre matins, vous ne vous réveillerez pas, et on vous retrouvera avec un couteau planté dans le cœur, ce couteau la : Nous ne vous aimons plus.
Mes condoléances profondes et sincères a la famille et au proche de Troy Davis.
Et pour toi Troy Davis, j'essayerai, d'aller au état unis, afin de fleurir ta tombe pour honorer ta mémoire et j'essayerai, si j'y arrive, d'aider quelqu'un dans le désarrois, qui qu'il soit, inconnu ou pas, j'offrirai a un être vivant, une bonne action, de ta part.
Laurent.
GDDLU
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L’exécution de Troy Davis soulève une fois de plus la question de la peine de mort aux Etats-Unis ; question éminemment sociale et culturelle et accessoirement politique... mais si peu en comparaison quand on connaît l’unanimité de ce châtiment dans toutes les couches de la société américaine.
Cette exécution révèle aussi au grand jour la spécificité de cette peine capitale : en effet, la peine de mort aux USA n’est en rien comparable à la peine de mort disons… dans un pays comme l’Iran.
Condamné en Géorgie, à propos de l'exécution de Troy Davis, on voudra bien laisser de côté le soupçon de racisme d’un Etat anciennement esclavagiste car, si la machine judiciaire américaine en général et celle de cet Etat en particulier semblent non pas aveugles mais incapables de se remettre en cause c’est bien pour la raison suivante : à l’exception de quelques activistes ainsi que des ambassades européennes, personne ne le lui demande. De plus, et de mémoire d'homme, aucun élu aux Etats-Unis n’a perdu une élection quelle qu’elle soit pour avoir envoyé à la mort un détenu alors que de sérieux doutes subsistaient quant à sa culpabilité.
Aux Etats-Unis, la peine capitale est donc bel et bien en phase avec les desiderata de la population, électeurs blancs de surcroît, le taux d’abstention étant très élevé chez les minorités pauvres et reléguées… celles précisément que l’on retrouve en majorité dans les couloirs de la mort.
Laissons aussi de côté, pour l’heure, les pulsions du talion héritées de l’ancien testament, ce livre sanguinaire et anthropophage, cannibale pour un peu, la faim et la soif au ventre, jamais comblée, jamais étanchée, sang pour sang, mort pour mort...
Ainsi que l’histoire d’une jeune nation aux populations livrées à elles-mêmes sur d'immenses territoires à des distances rarement susceptibles de leur apporter justice et réparation, dans la précipitation d’un verdict à rendre, d'un désir de vengeance à satisfaire, consolation et apaisement une fois la mort donnée, à une époque où un système judiciaire encore balbutiant peinait à établir la confiance - efficacité et diligence -, une justice du type... qui a tué tuera… qui a tué, devra à son tour être tué… palliant ses insuffisances.
Aujourd’hui, le choix de cette peine de mort se fait sans haine, en toute sérénité, un peu à l’image des moyens utilisés pour se débarrasser d’une vie, en petit comité…
Tout aussi inutile... l'évocation d'une croyance de la valeur dissuasive de la peine de mort ; l’américain moyen n’est pas plus réfractaire à la véracité des statistiques concernant la criminalité de son beau et grand pays qu’un européen (2)…
Même si, à l’occasion d’une enquête, il peut arriver à ce citoyen de se cacher derrière cette pseudo-croyance cache misère d’un désir ardent, entre autres motivations, comme on pourra le voir un peu plus loin, d’éliminer, d’ôter de sa vue et de sa conscience la réalité existentielle et sociale du coupable - du moins… d’un coupable reconnu comme tel par un jury -, et l’horreur de ses actes... pour ne rien dire de ce que le crime commis peut lui révéler... sur lui-même et la société dans laquelle il se débat quotidiennement pour ne pas sombrer.
En effet, pourquoi prendre le risque de regarder en face une réalité à la racine de laquelle on trouvera une organisation de l’existence qui ne permet pas la gestion en commun de l’horreur dans toute son horreur : l’horreur d’un crime, l’horreur de ses causes, l’horreur du coupable, l’horreur du sort de la victime, l’horreur, encore et toujours l’horreur !
Quant à la notion d’irresponsabilité – les fous n’ont qu’à bien se tenir ou disparaître corps et biens.
***
Société de l’oubli, condamnée à reproduire les mêmes erreurs jusqu’au déclin annoncé et programmé… avec pour seul sursaut une fuite en avant, aujourd'hui militaire et économique, une moquette épaisse n’y suffisant pas, et les armoires pas davantage, pour ne pas voir, ne pas comprendre, et ne plus y penser...
Hier victime, demain bourreau, n'avons-nous pas tous de bonnes raisons d’être ce que nous sommes ?
Aussi, une société qui ne sait pas pardonner, qui refuse d’offrir une seconde chance à ses membres, est condamnée inlassablement à reproduire, châtiment après châtiment, cruauté après cruauté, indifférence après indifférence, erreur judicaire après erreur judiciaire, un niveau de violence sociale et culturelle toujours plus préoccupant, toujours plus anxiogène, toujours plus élevé, à la fois ricochet et boomerang.
Difficile pour cette nation de se cacher derrière son petit doigt : de tout temps, la société américaine préfère prendre le risque d’exécuter un innocent plutôt que de soupçonner qu’un coupable puisse être libre.
Dans cet état d’esprit, il semblerait que le doute bénéficie à la mort seule.
Mais alors…
________Et si cet acharnement en faveur de la peine de mort - 20 ans après les faits parfois même (comme si c'était le même homme que l'on punissait) ! - était une manière pour le peuple américain de rendre à plus faible que soi (la lâcheté chez les humiliés qui se rebiffent, ça existe !), toute la violence sociale d’un système hyper-compétitif, cruel dans l’échec, d’une générosité sans bornes dans la réussite... et la résignation pour le plus grand nombre...
Guantanamo, dernièrement, remplissant aussi ce rôle, comme venant en renfort, entre deux exécutions capitales ; un Guantanamo potentiellement capable de fournir au peuple américain socialement et culturellement humiliés d’innombrables images, à satiété et ad nauseam, d'êtres humains relégués au rang de sous-hommes, enchaînés, trottinant, sautillant tels des kangourous blessés, comme… empêchés ; des kangourous venus d’une autre planète… planète orange pour l'occasion (3).
Système hyper-compétitif donc qui fait l’impasse sur les valeurs de pardon, de miséricorde, passant à la trappe toute notion de perfectibilité de l’être humain, sa rédemption, ses capacités d’amendement…
Car si le temps c’est de l’argent, le temps c’est aussi de l’humiliation, et la vie est courte ! Sans oublier le fait suivant : tout comme la vue du sang, la vue de l’humiliation en appelle d’autres et hurle toujours plus fort ; perversité d’un système qui s’auto-dévore et tranche dans le vif de vies en sursis, des vies hébétées face à un tel acharnement en faveur d'un châtiment de mort.
Quel est l’espoir des humiliés résignés sinon d’être les témoins d’une plus grande humiliation pour les autres, sans oublier les cas où ils se verront offert la possibilité de décider du jour, de l’heure et de sa durée...
Les Etats américains et leurs élus concédant à leur population-électeurs ce désir de revanche par procuration (à ne pas confondre avec la vengeance !), coupable-victime expiatoire après l'autre, et ce au détriment d’un projet de société qui placerait... disons... la justice sociale et la fraternité au cœur de ses préoccupations.
Pour la société américaine, il est vrai qu’il s’agirait là d’un vaste chantier, un travail de titans… et nul n’osera l’entreprendre avant de s’y atteler pour, de tout temps, ne jamais en trouver la trace dans quelque manuel d'histoire que ce soit ; histoire qui, comme chacun sait, demeure aussi imprescriptible qu'irréversible, lacunes et manquements compris.
Nul doute : la crise financière et économique qui n’a pas fini de toucher de plein fouet les salariés américains - précarité, pauvreté et colère -, n’est pas là pour nous rassurer : la peine capitale aux Etats-Unis a très certainement de beaux jours devant elle.
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1 - Au regard de cette carte, ce qui semble unir tous les Etats d'Amérique, à 11 exceptions près (11 Etats mineurs) c'est un amour immodéré, une passion ravageuse et dévorante pour la peine de mort.
Dans le cas Davis, il n'est que d'écouter la famille de la victime, il y a seulement quelques jours mais... 20 ans après les faits, et ce... encore une fois, en l’absence de preuves matérielles et alors que 7 témoins sur 9 se sont rétractés, pour s'en convaincre.
Il y a bien là autre chose qu'un désir de justice ou de vengeance. Autre chose est à l'oeuvre. A l'écoute de cette famille, j'ai bien cru entendre ceci : "Innocent ou coupable, peu importe : Davis doit mourir ! Il nous la faut cette mort ! Ca fait des années qu'on compte dessus, qu'on l'attend. On a besoin de cette mort. Sinon, qu'allons-nous devenir ?"
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2 - Et si c'était là aussi la raison pour laquelle les dénonciations des abolitionnistes américains - racisme, loi du talion, croyance en une valeur dissuasive -, n'ont aucun effet car leurs arguments à charge ratent systématiquement leur cible ?
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3 - Les Etats-Unis sont le seul pays en Occident à maintenir la peine de mort, et ce... dès l'âge de 16 ans, parfois dès 13 ans dans certains Etats. Et ce maintien qui doit nous interroger, sans haine mais avec lucidité et pourquoi pas... avec originalité, c'est déjà une spécificité en soi ; d'aucuns parleront d'anomalie. Essayons de la comprendre et de l'expliquer.