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Pour l'OMS, la situation est «imprévisible»

Jean-Yves Nau, mis à jour le 26.04.2009 à 21 h 35

Le gouvernement mexicain décide de mettre en quarantaine les malades infectés par le nouveau virus.

Margaret Chan, directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est on ne peut plus explicite: elle a déclaré dans la soirée du 25 avril depuis Genève que le nouveau virus pathogène de la grippe qui sévit depuis peu sur un mode épidémique au Mexique avait « clairement un potentiel pandémique » et que l'évolution de la situation sanitaire est actuellement « imprévisible ». Pour autant, au terme d'une réunion d'experts, l'OMS a fait savoir dans la nuit du 25 au 26 avril qu'au vu des éléments épidémiologiques et virologiques disponibles elle avait choisi de ne pas prendre de mesure de restriction de circulation internationale des personnes et de fermetures des frontières comme le prévoit le Règlement sanitaire international.

Les autorités mexicaines ont quant à elles reconnu que la diffusion de ce virus ne pouvait pas être contenue et  que tous les cas diagnostiqués dans le pays avait pour origine une transmission inter-humaine.

Aux Etats-Unis, les deux nouveaux cas identifiés au Kansas s'ajoutent à ceux découverts en Californie et au Texas. Des cas suspects ont été relevés à New York sur 75 étudiants présentant des symptômes -bénins- de la grippe, selon les autorités sanitaires de la ville. Une rumeur selon laquelle plusieurs d'entre eux se seraient rendus récemment au Mexique n'était pas confirmée.

A Londres, un steward de British Airways qui rentrait de Mexico est hospitalisé, avec des symptômes rappelant ceux de la grippe.

Avec la décision de placer en quarantaine les personnes pouvant être infectées, une nouvelle étape a été franchie samedi 25 avril dans la lutte contre l'épidémie. Felipe Calderon, président de la République mexicaine et son ministre de la santé, José Angel  ont signé un décret ordonnant «l'isolement des personnes pouvant souffrir de la maladie et des porteurs de ses germes, pour la durée strictement nécessaire, ainsi que la limitation de leurs activités  pour des raisons épidémiologiques». Les représentants de la puissance publique pourront d'autre part «pénétrer dans toute sorte de local ou de maison d'habitation» pour «contrôler et combattre l'épidémie». Ils pourront également  pratiquer toues les iinspections nécessaires de «passagers, bagages, moyens de transport, marchandises» pouvant être porteurs de germes pathogènes.

Selon les dernières statistiques disponibles dimanche 26 avril, en tout 1.324 malades ont été mis ou sont encore sous surveillance médicale. On recense 81 décès confirmés ou probables dus à l'infection virale, le plus souvent des adultes jeunes et auparavant en bonne santé. Aucun nouveau décès n'était intervenu dans la capitale mais les autorités mexicaines ont donc choisi de reforcer les mesures de lutte et de prévention.

Les responsables catholiques de Mexico ont annoncé l'annulation des messes dominicales répondant ainsi à l'appel du ministre de la santé à la suspension des réunions publiques qu'elles soient culturelles, religieuses ou sportives. Quant aux établissements scolaires et universitaires, fermés depuis le 24 mai, ils ne réouvriront pas avant le 6 mai. Ces dispositions préventives drastiques concernent la capitale, soit environ 20 millions d'habitants, l'Etat mitoyen de Mexico et l'Etat voisin de San Luis Potosi.

En France le ministère de la santé a, samedi 25 avril, annoncé la  mise en place d'une «conférence de presse quotidienne» sur ce sujet. La première se tiendra le dimanche 26 avril à 15 heures sous l'autorité de Roselyne Bachelot. Un «centre de crise» a d'ores et déjà été mis en place par les autorités françaises pour émettre notamment des recommandations à destination des Français résidant au Mexique ainsi que des conseils aux voyageurs.

«Ces mesures ont été mises en place parce que l''on sait très bien que les déplacements aériens ou maritimes sont nombreux. Il n'est pas exclu qu'une personne malade, donc potentiellement contagieuse, puisse entrer en France ou en Europe» a expliqué Didier Houssin, responsable de la Direction générale de la santé. Les mesures de surveillance et de vigilance sont «destinées à identifier le  plus tôt possible l'apparition d'un cas sur le terriroire national.  Il faut s'attendre dans les jours qui viennent à ce qu'on ait des suspicions de cas avec des personnes en provenance du Mexique.» Le professeur Houssin a d'autre part précisé que l''Institut national de veille sanitaire avait  activé son dispositif de veille pour le cas où une suspicion de cas serait observé rapidement, l'authentifier et prendre les mesures nécessaires.

Outre-Atlantique une série d'initiatives a depuis peu été prises par les autorités sanitaires mexicaines pour réduire les mouvements de population et donc les risques de transmission inter-humaine de l'infection. Dès le 24 avril, l'armée mexicaine a commencé à distribuer gratuitement des masques individuels de protection. Toutes les écoles, les lycées et et les universités publiques et privées ont été fermés dans la capitale (où vivent 20 millions de personnes) ainsi que dans l'Etat de Mexico. Il en va de même pour les  théâtres et les musées. Les autorités de la capitale ont  demandé à la  population d'éviter de prendre les transports en commun,  de ne pas s'embrasser ou plus se serrer la main pour se saluer.

Autre symptôme éclairant de l'inquiétude des autorités : les deux rencontres de football de Première division prévues dimanche 26 avril à Mexico seront bien disputées, mais à huis clos. Le président mexicain Felipe Calderon et le maire de Mexico, Marcelo Ebrard, ont suspendu toutes leurs activités initialement prévues pour se consacrer à l'organisation de la lutte préventive. L'aéroport de la capitale demeure en activité et aucune décision de mise en quarantaine ou de fermeture des frontières n'a été prise.

Aux Etats-Unis, le président Barack Obama est tenu informé de l'évolution de la  situation et la Maison Blanche a déclaré prendre l'alerte très au sérieux. Des « centres opérationnels d'urgence » ont été mis en  place. Au Canada, la ministre de la santé  a appelé la population à la plus grande vigilance. D'autre part six pays latino-américains a priori non touchés  (Costa Rica, Nicaragua, Brésil, Pérou,  Chili et Colombie) ont décrété un état d'alerte sanitaire ou annoncé des mesures préventives.

A Genève au siège de l'OMS, où l'on se dit «très inquiet», on a activé un centre d'opération chargé de récolter et de centraliser toutes les informations virologiques et épidémiologiques. La directrice générale de l'OMS, Margaret Chan, rentrée dans la nuit du 24 au 25 avril de Washington à Genève a participé dans l'après-midi du 25 à une téléconférence en liaison avec  la commission d'urgence du Règlement sanitaire international (RSI). La commission d'urgence pourrait très bientôt formuler des recommandations, concernant un relèvement de l'alerte vis à vis d'un risque de pandémie -pouvant conduire à des décisons de fermeture des frontières et de réduction des mouvements de transports aériens. 

Le 24 avril une certaine confusion demeurait encore quant au type de virus responsable de ce début d'épidémie. Selon l'OMS les premiers cas mortels observés au Mexique seraient dus à une infection par le virus grippal de type A/H1N1 connu pour être responsable d'une forme de grippe porcine. Mais Dave Daigle, porte-parole des Centres américains pour le contrôle et la surveillance des maladies (CDC) a déclaré que le nouvel agent pathogène était constitué de plusieurs souches. Il serait ainsi selon lui le produit d'une série de mutations et de réassortiments génétiques et composé d'éléments provenant de virus d'origine à la fois aviaire, porcine et humaine, une situation semble-t-il jamais vue jusqu'à présent.

L'information a été confirmée dans la matinée du 25 avril. Selon les responsables du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies «il y a un risque, même réduit, d'apparitions de virus au potentiel pandémique.» La plupart des  centres de référence de virologie agréés par l'OMS travaillent actuellement à décrypter la composition génétique et moléculaire de ce nouveau virus afin d'en identifier l'origine et de tenter d'en évaluer le caractère pathogène.

Contrairement à certaines rumeurs aucun vaccin protecteur contre cette nouvelle forme de grippe n'est disponible. Outre les mesures préventives de mise en quarantaine, de port de masques individuels et de restriction de la circulation des personnes la seule méthode de lutte  disponible est le recours au Tamiflu (ou oseltamivir) un antiviral de la multinationale pharmaceutique Roche. De nombreux pays à travers le monde ont constitué des stocks considérables de ce médicament en raisons des menaces de pandémie grippale nées de l'émergence du virus H5N1 de la grippe aviaire. Malheureusement de récentes études menées notamment aux Etst-Unis viennent de démontrer l'émergence très rapide de phénomènes de résistance des virus de la grippe à ce médicament.

Jean-Yves Nau

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Journaliste
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