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Le Palestinepédia: décryptage du conflit israélo-palestinien

Dans la bande de Gaza. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

Dans la bande de Gaza. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

Les frontières, les négociations, le statut de Jérusalem, le problème des réfugiés… Retour sur un conflit qui dure depuis plus de 60 ans, alors que le 23 septembre, les Palestiniens vont demander l’adhésion de leur Etat aux Nations unies.

Le 23 septembre, l’OLP, l’Organisation de libération de la Palestine, devrait demander l’adhésion d’un Etat palestinien aux Nations unies. Une démarche palestinienne unilatérale, qui selon Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, fait suite à l’échec des négociations avec Israël. Les Palestiniens auront besoin des deux tiers des votes, soit 129 voix sur les 193 pays que comptent l’Assemblée générale de l’ONU. Une majorité qui semble presque acquise, avec le soutien affiché de plus de 120 pays. 

Les Etats-Unis ont déjà annoncé qu’ils opposeraient leur veto à la demande des Palestiniens. L’Union européenne reste divisée sur la reconnaissance d’un Etat palestinien. Des pays comme l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et la République tchèque voteront contre l'initiative palestinienne. D’autres comme la Belgique, Chypre, la Grèce, l'Irlande, Malte, la Norvège, le Portugal, l'Espagne et la Suède devraient soutenir la résolution. Faute de position commune au sein de l’UE, d'autres pays, comme la France et le Royaume-Uni, pourraient les suivre si aucun progrès n'est fait dans la relance des pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Mais le projet palestinien risque de n’avoir aucune valeur juridique. Le veto brandi par Washington devrait annihiler toute chance pour les Palestiniens de devenir le 194e membre de l’ONU. Il faudrait pour cela le vote favorable des cinq membres permanents (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine) du Conseil de sécurité des Nations unies.

L’autre alternative verrait l’Assemblée générale des Nations unies élever la Palestine au rang d’Etat observateur non membre, comme le Vatican (ou la Suisse jusqu'à sa pleine adhésion à l'Organisation en 2002). Un statut qui pourrait permettre aux Palestiniens de rejoindre de nombreux organismes de l’ONU et de poursuivre Israël devant la Cour pénale internationale de la Haye. La Palestine possède déjà un statut d’observateur mais en tant que simple mouvement. De son côté, l’Etat hébreu s’inquiète de cette initiative palestinienne. Israël redoute une reprise des violences et estime que la démarche des Palestiniens viole les accords d’Oslo.  

Dans ce dossier, Slate revient sur les principales pierres d’achoppements entre Israéliens et Palestiniens, l’histoire des négociations, la rivalité Fatah/Hamas ou encore la coexistence entre les deux peuples. Décryptage du conflit israélo-palestinien.

Les frontières: cartographie d’Israël et des territoires palestiniens

Les frontières internationalement reconnues sont celles dites «de 1967», celles d’avant la guerre des Six-Jours, qui suivent les lignes d'armistice de la guerre israélo-arabe de 1948.

La position d’Israël «[La paix] doit garantir la sécurité à Israël et donc Israël ne peut retourner aux frontières indéfendables de 1967», affirmait Netanyahou en mai 2011. Depuis, le Premier ministre israélien s’est dit récemment prêt à négocier sur la base de cette frontière, mais Benyamin Netanyahou exclut de voir la totalité de la Cisjordanie devenir palestinienne, en raison des implantations juives (voir chapitre «Les implantations»).

La position de l’Autorité palestinienne C’est sur la base des frontières d’avant la Guerre des Six-Jours, sur les lignes du 4 juin 1967, que les Palestiniens représentés par l’Autorité palestinienne demandent une adhésion à part entière de leur Etat à l'ONU et la reconnaissance de la Palestine, soit la totalité de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et Jérusalem-Est.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, se fonde là-dessus pour reprendre les négociations avec Israël.

La position du Hamas Le mouvement islamiste palestinien du Hamas souhaite voir la reconnaissance d’un Etat palestinien sur «la totalité de la Palestine», y compris sur le territoire de l'Etat hébreu, c’est-à-dire sur l’ensemble de l’ancienne Palestine mandataire.

La position américaine Pour le président américain Barack Obama, les tracés dits «de 1967» constituent la base de la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, avec des échanges de territoires sur lesquels les deux parties seraient d'accord (échanges de territoires israéliens contre de gros blocs d’implantations juives en Cisjordanie).

Le partage de l’ONU en 1947

En février 1947, le gouvernement britannique remet le mandat qu'il détenait depuis 1920 sur la Palestine aux Nations unies. Le 29 novembre de la même année, l’ONU vote le Plan de Partage en deux États, l’un juif, l’autre arabe. Trente-trois pays votent «pour», treize «contre», et dix s’abstiennent. L’ensemble des pays arabes rejette la résolution.


Après la première guerre de 1948

Au lendemain du plan de partage de l’ONU, la guerre civile éclate entre les communautés juives et arabes de Palestine. Elle dure jusqu’au milieu de l’année 1949. Le 14 mai 1948, l’Etat d’Israël déclare son indépendance sur la partie du territoire de la Palestine mandataire désignée par le Plan de partage de l’ONU. Pour les Palestiniens, ce jour marque la Nakba («catastrophe» en arabe).

Au lendemain de la première guerre israélo-arabe, Israël conquiert 26% de territoires supplémentaires par rapport au plan de partage, dont Jérusalem-Ouest, soit 81% de la Palestine mandataire de 1947.

L’ONU et la plupart des pays occidentaux reconnaissent Israël dans les territoires fixés par les lignes d’armistice de 1949, appelées la «ligne verte», lors des accords de Rhodès. Ces frontières ne sont pas reconnues par tous les pays arabes et musulmans.

Après la guerre des six jours de 1967

La guerre des Six Jours (du 5 au 10 juin 1967) oppose Israël à une coalition de pays de la Ligue arabe (Egypte, Jordanie, Syrie et Irak). Cette guerre est déclenchée par l’Etat hébreu comme «une attaque préventive», à la suite, entre autre, du blocus du détroit de Tiran, imposé par l'Égypte aux navires israéliens, le 23 mai 1967.

A la suite de la guerre de 1967, Israël prend le contrôle du Sinaï, de la bande de Gaza, de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du Golan.  

Après la guerre de Kippour en 1973

Le 6 octobre 1973, jour du Grand Pardon (Kippour) chômé en Israël, les armées arabes d’Egypte et de Syrie attaquent Israël par surprise. L’attaque est stoppée et Tsahal réussit à repousser les armées égyptiennes et syriennes. La guerre prend fin le 24 octobre 1973.

1973-2011

L’Egypte est le premier pays arabe à signer la paix et à reconnaître Israël. Les accords de Camp David sont scellés le 17 septembre 1978. Le traité de paix sera signé un an plus tard. En conséquence, Israël se retire totalement de la péninsule du Sinaï qu’il restitue à l’Egypte.

Depuis 1967, Israël n’a cessé de construire des colonies ou implantations juives en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza (les 8.000 habitants juifs de Gaza seront tous évacués en août 2005, selon le plan de désengagement d’Ariel Sharon). Aujourd’hui, près de 350.000 juifs vivent en Cisjordanie et 180.000 à Jérusalem Est (voir chapitre «Les implantations»).

La carte d'Israël aujourd'hui:

 Et celle de la Cisjordanie:

 

Les négociations:

des accords d’Oslo à aujourd’hui

Si Israël et le Fatah négocient depuis près de 20 ans, le Hamas refuse d’entamer des négociations avec l’Etat hébreu. Le mouvement islamiste ne reconnaît pas l’existence d’Israël. De son côté, l’Etat hébreu refuse de négocier avec le Hamas qui «n'est pas un partenaire pour la paix», selon Benyamin Netanyahou mais «demeure engagé à la destruction d'Israël».

Les accords d’Oslo

Les accords d’Oslo sont les premiers accords de paix entre Israéliens et Palestiniens, qui mettent fin à cinq années de violence, la première Intifada.

La Déclaration de principes, signée à Washington le 13 septembre 1993, en présence de Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, de Yasser Arafat, Président du comité exécutif de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) et de Bill Clinton, Président des Etats-Unis, pose les bases d’un processus de négociations censé apporter une solution définitive au conflit israélo-palestinien.

Les accords d’Oslo impliquent la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP. Les Palestiniens s’engagent à renoncer au terrorisme et à toute autre forme de violence. L’Autorité palestinienne, investie de pouvoirs civils et sécuritaires, voit le jour et le Conseil Législatif palestinien est formé en 1996.

Ces accords, qui prévoient l'attribution progressive de l'autonomie aux Palestiniens habitant les «Territoires palestiniens» reconnus par l’ONU, doivent aboutir à la constitution ainsi qu'à la reconnaissance par Israël d'un État palestinien dans la limite de ces zones. Ils prévoient le retrait des troupes israéliennes de ces zones, ainsi que leur prise en charge par les autorités palestiniennes. Une période de six ans (jusqu’en 1999) est définie pour mener à leur terme les négociations relatives au statut des Territoires palestiniens.

  • La Cisjordanie (à l'exception de Jérusalem-Est) et la Bande de Gaza sont divisées en trois zones:
  • La zone A est une zone autonome, sous contrôle militaire et administration civile des Palestiniens
  • La zone B est sous administration civile palestinienne mais sous contrôle militaire israélien La zone C relève totalement du contrôle israélien

Mais l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, le 4 novembre 1995 par un Israélien d’extrême droite, ainsi que les attentats menés par le Hamas et le Djihad islamique contre Israël dans les années 1990 vont mettre en péril le processus de paix.

Le sommet de Camp David II

Sur invitation du Président américain Bill Clinton, Ehoud Barak, Premier ministre israélien et Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne, se retrouvent à la résidence américaine de Camp David, en juillet 2000.

Les Israéliens proposent de restituer la totalité de la bande de Gaza et près de 90% de la Cisjordanie, les 10% restant seraient annexés par l’Etat hébreu. Mais les deux parties n’arrivent pas à se mettre d’accord sur certaines questions clés: les concessions territoriales d’Israël, le statut final de Jérusalem et du Mont du Temple/Esplanade des Mosquées et le problème des réfugiés et leur droit au retour.

Israéliens et Palestiniens vont se rejeter la faute de l’échec des négociations. Les Palestiniens estiment que les Israéliens ne leur ont pas proposé assez, tandis que l’Etat hébreu affirme ne pas pouvoir faire d’offre plus généreuse.

Accords de Taba (ou Oslo II)

A la suite de l’échec du sommet de Camp David, la deuxième intifada éclate en septembre 2000. Cinq mois plus tard, Bill Clinton convoque d’urgence Ehoud Barak et Yasser Arafat, avec l’espoir de ramener le calme à Gaza et en Cisjordanie. C’est le sommet de Taba, du 21 au 27 janvier 2001, dans la péninsule du Sinaï, au bord de la mer Rouge.

Cette fois, Ehoud Barak propose 97% de la Cisjordanie. Le gouvernement israélien accepte aussi le principe de la partition et propose que Jérusalem devienne la capitale de deux Etats. Les quartiers arabes reviendraient aux Palestiniens, les quartiers juifs à Israël.

Mais plusieurs points essentiels opposent les deux parties, notamment les questions de la sécurité de l’Etat hébreu et des réfugiés palestiniens. Après six jours de négociations, le sommet de Taba s’achève sur un échec.

Initiative de Genève

L’Initiative de Genève est un plan de paix alternatif établi par les anciens partenaires des négociations de Taba. Signés le 1er décembre 2003 à Genève en Suisse, les accords sont très détaillés:

  • Jérusalem, capitale des deux Etats
  • Evacuation par Israël de 98% de la Cisjordanie
  • Indemnisation des réfugiés palestiniens

De nombreuses personnalités politiques soutiennent l’initiative. Mais Ariel Sharon, Premier ministre israélien, ainsi que l’Autorité palestinienne rejettent cet accord.

Feuille de Route

En 2003, le Quartette (Nations unies, Etats-Unis, Union européenne et Russie) met en place «la Feuille de Route». Celle-ci prévoit la création d’un Etat palestinien en un délai de 3 ans.

Selon son préambule, ce plan comporte «des étapes claires, un calendrier, des dates limites et des critères destinés à encourager les progrès par des mesures réciproques des deux parties dans les domaines politique, sécuritaire, économique, humanitaire et de création des institutions». Acceptée par l'Autorité palestinienne, la Feuille de route est adoptée par le gouvernement israélien en mai 2003.

  • La phase I prévoit de «mettre fin au terrorisme et à la violence, normaliser la vie des Palestiniens et mettre en place les institutions palestiniennes».
  • La phase II, établie de juin à décembre 2003, concentre les efforts sur la création d'un Etat palestinien indépendant aux frontières provisoires, doté des attributs de la souveraineté et fondé sur la nouvelle constitution.
  • La phase III, prévue sur 2004 et 2005, doit préparer la résolution portant sur le statut final où seraient réglées les questions des frontières, de Jérusalem, des réfugiés et des implantations juives.

Conférence d’Annapolis

La conférence d'Annapolis s'est tenue le 27 novembre 2007, dans le Maryland aux Etats-Unis, en présence du président palestinien Mahmoud Abbas, du Premier ministre israélien Ehoud Olmert et du président des Etats-Unis, George W. Bush. L’objectif de cette conférence est d’aboutir à la création d'un Etat palestinien avant fin 2008.

La conférence d’Annapolis reste dans le cadre de l’application de la Feuille de Route. Elle officialise pour la première fois la solution «à deux Etats». Les négociateurs s’attèlent à trouver un accord concernant le statut de Jérusalem, le retour des réfugiés, le tracé des frontières, le démantèlement des implantations juives, l’accès à l’eau ou encore la coopération économique. 

Mais les dirigeants des deux camps ne parviennent pas à s’accorder sur une base de négociations commune, éloignant ainsi la perspective de trouver des compromis sur les questions clés.

Les dernières négociations

Le 2 septembre 2010, une poignée de main entre Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien, symbolise la reprise des négociations directes entre les deux pays, sous l’égide du Président américain Barack Obama. Les pourparlers de paix étaient interrompus depuis l’offensive israélienne «Plomb durci» sur la bande de Gaza, en décembre 2008 et janvier 2009.

Le président palestinien demande alors le prolongement du moratoire sur la construction des implantations juives de Cisjordanie, interrompu depuis dix mois. En échange, Benjamin Netanyahou demande que les Palestiniens reconnaissent Israël comme l’Etat du peuple juif et la garantie sécuritaire qu’un retrait de Cisjordanie ne sera pas suivi d’attaques à partir des territoires évacués. Aucune des deux parties n’accèdera à la demande adverse.

Le jeu diplomatique

Après l’échec du sommet de Camp David II, les Etats-Unis ont affirmé que le leader palestinien, Yasser Arafat, était passé à côté d’un accord historique. Le président américain, Bill Clinton, a fait part de son «regret que Yasser Arafat ait raté l'opportunité de faire exister sa nation».

L’Union européenne a considéré que les torts étaient partagés. D’autres sources, proches de Bill Clinton, ont affirmé qu’en réalité, la proposition soi-disant généreuse d’Ehoud Barak était en fait un «mythe».

Par ailleurs, la chaîne qatarie Al Jazeera et le quotidien britannique The Guardian ont divulgué des documents confidentiels (Les «Palestine Papers»), concernant les négociations israélo-palestiniennes, en janvier 2011. Ces textes révèlent les concessions faites par l’Autorité palestinienne, notamment l’abandon du statut des réfugiés palestiniens (voir chapitre «Le droit au retour des réfugiés») et le renoncement à une large partie de Jérusalem-Est, en contradiction avec la version officielle de Ramallah. L’Autorité palestinienne a rejeté ces révélations qualifiées de mensongères. 

Jérusalem, la capitale de qui?

Pour Benjamin Netanyahou, Jérusalem est la «capitale indivisible et unifiée» de l’Etat d’Israël. L’Autorité palestinienne réclame Jérusalem-Est comme capitale d’un futur Etat palestinien. Le Hamas, de son côté, appelle à «libérer» l’ensemble de la ville sainte.

Statut de Jérusalem

Selon le plan de partage de l’ONU en 1947, Jérusalem devait être placé sous souveraineté internationale. Mais à la suite de la première guerre israélo-arabe de 1948, l’ouest de la ville est occupé par les Israéliens et l’est par les Jordaniens. La ville trois fois sainte est alors divisée en deux jusqu’en 1967. Après la guerre des Six Jours, Israël annexe la partie orientale de la ville. En juillet 1980, le Parlement israélien déclare que Jérusalem «réunifiée» devient «capitale» de l'Etat d'Israël.

En 2010, la population de la ville est de 789.000 personnes, dont 492.000 juifs (62%), 273.000 musulmans (35%), environ 15.000 chrétiens (approximativement 2%) et près de 9.000 personnes (environ 1%) non classifiées, selon les chiffres du ministère israélien de l’Intérieur.

Jérusalem abrite le Parlement israélien (la Knesset), les ministères, la résidence du président de l’Etat d’Israël, ainsi que celle du Premier ministre. Mais la communauté internationale ne reconnaît pas Jérusalem comme la capitale de l’Etat hébreu. En conséquence, la plupart des ambassades étrangères sont domiciliées à Tel Aviv.

De leur côté, les Palestiniens ont fait de Jérusalem un symbole de la cause palestinienne et rêvent de voir Jérusalem-Est, la capitale de leur futur Etat.

Carte de Jérusalem, à consulter sur le site de la Documentation française

Enjeu majeur du conflit

La question du statut de Jérusalem est l’une des principales pierres d’achoppement au règlement du conflit israélo-palestinien (voir le chapitre «Les négociations, des accords d’Oslo à aujourd’hui»). Si Ehud Barak avait accepté la partition de la ville lors des accords de Taba en 2001, Benjamin Netanyahou, actuel Premier ministre israélien, reste intransigeant: Jérusalem restera «la capitale unifiée d’Israël». Le gouvernement israélien refuse de céder la souveraineté de la partie orientale aux Palestiniens. En 2011, 180.000 Juifs et quelque 270.000 Palestiniens vivent à Jérusalem-Est (voir chapitre «Les implantations»).

De plus, la question des lieux saints ravive les passions autour du statut de la ville. L’Esplanade des Mosquées est le troisième lieu saint de l’islam. Elle surplombe le mur des Lamentations, premier lieu saint du judaïsme, unique vestige du Temple de Jérusalem. Appelé Mont du Temple par les Juifs, l’Esplanade des Mosquées est construite sur l’endroit où se trouvait le Temple.

Les implantations

Le Fatah demande à Israël de cesser de construire en Cisjordanie et à Jérusalem Est, car les colonies juives empêchent la continuité territoriale d’un futur Etat palestinien. Pour l’Autorité palestinienne, c’est une condition sine qua non à la reprise des négociations avec Israël. Ce que refuse Benyamin Netanyahou. Selon Israël, un échange de territoires serait possible en cas d’accord de paix, mais il ne concernerait pas les grands blocs d’implantations juives. Quant au Hamas, sa branche extrême ne reconnaît pas l’existence de l’Etat d’Israël et condamne toute présence juive sur l’ancienne Palestine mandataire.

Statut controversé

Les implantations ou colonies israéliennes sont des communautés de peuplement, établies sur les territoires conquis à la suite de la guerre des Six Jours, en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est. Aux yeux de la communauté internationale, les implantations sont illégales. L'État hébreu déclare, quant à lui, qu'aucun traité de paix n'a établi de statut juridique sur ces territoires.

Depuis 1977, date de l’arrivée au pouvoir de Menahem Begin (issu du Likoud, parti de droite nationaliste), la construction juive en Cisjordanie et à Jérusalem Est s’est constamment poursuivie, que ce soit sous des gouvernements de gauche ou de droite. Aujourd’hui, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou justifie l’extension des colonies par la croissance naturelle des implantations. Près de 350.000 habitants juifs vivent dans plus de 130 implantations de Cisjordanie et 180.000 dans une douzaine de quartiers de Jérusalem Est.

Enjeu politique

La question des colonies juives empoisonne la reprise des négociations de paix. Cet été, le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou a donné son feu vert à la construction de 3.600 logements juifs dans les quartiers est de Jérusalem. Un projet approuvé en raison de la crise du logement qui sévit en Israël.

Mais chaque nouvelle construction juive à Jérusalem-Est et en Cisjordanie provoque l’ire des Palestiniens et de la communauté internationale qui dénoncent une poursuite de la colonisation dans les territoires de Cisjordanie. L’extension des quartiers juifs compromet la continuité territoriale d’un futur Etat palestinien et les chances de voir un jour Jérusalem-Est, la capitale palestinienne.

Malgré les condamnations internationales, l’Etat hébreu peut tout de même compter sur son amitié inébranlable avec les Etats-Unis. En mars dernier, les Américains ont opposé leur veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant la poursuite de la politique israélienne de construction à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

En novembre 2009, Israël annonce un moratoire de dix mois sur les constructions juives à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, afin de donner une chance à la reprise du processus de paix. En septembre 2010, Israéliens et Palestiniens reprennent les négociations directes, mais la fin du moratoire pèse sur le processus de paix, à peine relancé. Trois semaines plus tard, le gel des constructions juives est, pour l’Autorité palestinienne, la condition sine qua non à la poursuite des négociations. Mais aucun accord sur ce sujet n’est trouvé entre les deux parties, mettant un terme aux négociations.

Dans le cadre d’un accord de paix, Israël pourrait procéder à un échange de territoires, afin de conserver ses grands blocs d’implantation: le Gush Etzion au sud de Jérusalem qui regroupe près de 60.000 habitants, Maalé Adoumim, agglomération de 35.000 habitants, à l'est de la ville sainte, Modiin Ilit, cité ultra-orthodoxe de 45.000 habitants à l'ouest de la Cisjordanie, près de Ramallah, Ariel et ses 18.000 habitants, au nord de la Cisjordanie, Givat Zeev, au sud de Ramallah, 11.500 habitants. D’autres blocs pourraient être conservés comme celui de Karné Shomron, au sud-ouest de Naplouse, comprenant plus de 17.000 habitants.

Démantèlement des implantations

En 2005, Ariel Sharon, alors Premier ministre israélien, annonce, à la surprise générale, un plan unilatéral de désengagement, sans concertation avec l’Autorité palestinienne. 21 implantations de la bande de Gaza, soit quelques 8.000 Israéliens, et 4 petites colonies du nord de la Cisjordanie sont évacuées.

Le «faucon» Ariel Sharon, qui a longtemps encouragé la poursuite de la colonisation, endosse alors le costume de l’homme de paix. Même si aujourd’hui encore, les raisons de ce désengagement laissent perplexes de nombreux spécialistes du conflit.

En Israël, l’exemple de la bande de Gaza est souvent brandi par le gouvernement, dans le cadre de garanties sécuritaires, en cas d’accords de paix avec les Palestiniens. La population israélienne redoute un scénario à la «Gaza», qui après l’évacuation des 8.000 habitants juifs, a vu le mouvement islamiste du Hamas prendre le pouvoir. Depuis, le sol israélien est régulièrement la cible de roquettes palestiniennes, tirées depuis la bande de Gaza.

En 2009, le ministre de la Défense, Ehud Barak, s’est engagé à démanteler 22 avant-postes de Cisjordanie, dans le cadre de la «Feuille de Route» de 2003. Ces petits îlots de peuplement sont construits sans permis et sont considérés comme illégaux par la justice israélienne. Généralement, les avant-postes sont bâtis par des Israéliens militants, parfois extrémistes, pour étendre une implantation-mère et créer ainsi une continuité territoriale, mais aussi pour revendiquer la Cisjordanie (Judée-Samarie, selon le terme biblique) comme la terre historique du peule juif.

Le 2 août dernier, la Cour suprême d'Israël a demandé l'expulsion des 250 habitants de l’avant-poste de Migron, située près de la ville palestinienne de Ramallah. Elle a donné aux autorités jusqu'à mars 2012 pour appliquer cette décision. Début septembre, 3 habitations de cette implantation sauvage ont été détruites par l’armée israélienne.

Le droit au retour des réfugiés

Sur le droit au retour des réfugiés palestiniens, le Hamas et le Fatah ont une position commune: ce droit est «inaliénable». Mahmoud Abbas appelle au retour de tous les réfugiés palestiniens et cette question doit être «mise sur la table des négociations». Israël, de son côté, refuse ce retour, qui signifierait la fin du caractère juif de l’Etat d’Israël. Le Premier ministre israélien a même proposé une reconnaissance de l'Etat palestinien en échange du renoncement de ce droit. Benyamin Netanyahou souhaite que les Palestiniens reconnaissent Israël comme la patrie des juifs pour régler la question des réfugiés à l'intérieur de l'Etat palestinien afin de maintenir l'identité juive dans la société israélienne. Pour les Palestiniens, cela reviendrait à renoncer au droit au retour des réfugiés palestiniens.

Qui sont les réfugiés palestiniens?

 Les réfugiés palestiniens sont ceux qui résidaient en Palestine mandataire deux ans avant la première guerre israélo-arabe de 1948 et 1949, et qui ont fui la région lors du conflit. Leurs descendants sont eux aussi considérés comme réfugiés. A la suite de la guerre, entre 700.000 et 900.000 Palestiniens (les Israéliens parlent officiellement de quelque 520.000 Arabes) s'enfuirent ou furent expulsés des régions qui devinrent l'Etat Juif.

Ces réfugiés s'établirent en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza ainsi qu'en Transjordanie devenue la Jordanie, en Syrie et au Liban; certaines petites communautés se fixèrent également en Egypte, en Irak et dans les Etats de la péninsule arabique. A la fin de la guerre, moins de la moitié des Palestiniens habitaient encore chez eux: il en restait à peine 150.000 en Israël, quelque 400.000 en Cisjordanie et 60.000 dans la Bande de Gaza. Depuis 1948, Israël refuse le retour de ces réfugiés.

Ceux qui n’ont pas été expulsés ou qui ont refusé de quitter leur foyer ont obtenu la citoyenneté israélienne à la fin de la guerre. Appelés les «Arabes israéliens» ou les «Palestiniens d’Israël», ils constituent 20,5% de la population israélienne, soit 1.587.000 résidents (chiffres du Central Bureau of Statistics of Israël, datant de mai 2011).

Les réfugiés palestiniens ont un statut spécial reconnu par l’UNRWA, l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, institué en 1949. Ils bénéficient entre autre d'un droit collectif au rapatriement. Les actions de l’UNRWA couvrent le Liban, la Jordanie, la Syrie, la Cisjordanie et la bande de Gaza. En dehors de ces territoires, les Palestiniens dépendent du Haut Commissariat pour les réfugiés. Selon les chiffres de l'UNRWA datant du 1er janvier 2011, le nombre de réfugiés palestiniens s’élèvent à 4.966.664. Depuis le rapatriement de deux millions de réfugiés afghans en 2002, il s'agit de la plus importante population de réfugiés au monde.

Au coeur du conflit

Le droit au retour des réfugiés constitue l'une des principales pierres d'achoppement des négociations entre Israéliens et Palestiniens. Israël refuse ce principe, estimant que la plupart des Arabes de la Palestine mandataire sont partis de leur plein gré en 1948 et 1949, par peur de la guerre, et n’ont pas été chassés par l’armée israélienne (voir chapitre «L’histoire, mais laquelle?»). L’Etat hébreu brandit aussi la menace démographique. Un tel retour signifierait la supériorité numérique des Palestiniens face aux Israéliens et remettrait en cause le caractère juif de l’Etat d’Israël. Dans son livre Il n’y aura pas d’Etat palestinien, Ziyad Clot, ancien membre de l’équipe de négociateurs de l’OLP, chargé notamment du dossier des réfugiés, affirme que pour Israël, le sort des réfugiés palestiniens doit se régler hors de l’Etat hébreu, au sein de leur pays d’accueil et de pays tiers qui accepteraient d’accueillir ces populations.

Pour l'Autorité palestinienne, le droit au retour est non négociable. La seule concession qu'elle a acceptée a été de reporter les discussions sur ce point lors de futures négociations sur le statut permanent de l'Etat palestinien.

Mais la chaîne qatarie Al Jazeera a révélé en début d’année des centaines de «documents confidentiels» relatifs aux négociations israélo-palestiniennes entre 2006 et 2008. Ces textes affirment que les négociateurs palestiniens étaient prêts à d'importantes concessions sur Jérusalem et le sort des réfugiés, en contradiction avec le discours officiel de l'Autorité palestinienne.

Toujours selon Al Jazeera, le négociateur en chef palestinien, Saëb Erakat, s'est dit prêt à «accepter le retour de 10.000 d'entre eux par an sur 10 ans, soit un total de 100.000» (alors qu’ils sont près de 5 millions). Autre concession: Mahmoud Abbas aurait accepté de renoncer à la souveraineté de plusieurs quartiers juifs construits dans la partie Est de Jérusalem. A la publication de ces documents, Saëb Erakat a aussitôt démenti leur véracité.

Hamas/Fatah: les frères ennemis

La demande d’adhésion d’un Etat palestinien aux Nations unies est une démarche unilatérale de Mahmoud Abbas. Le Hamas condamne cette initiative du président de l’Autorité palestinienne. Le mouvement islamiste estime qu’elle est seulement symbolique et qu’elle n’aboutira à aucun résultat. Il accuse l’Autorité palestinienne d’avoir agi seul, sans prendre en considération la position du Hamas.

Le Fatah

Le Hamas

La guerre civile

La réconciliation

Naissance du Fatah et du Hamas

Le Fatah

Le Fatah, de son acronyme Mouvement de libération de la Palestine, a été fondé par Yasser Arafat, au Koweït, en 1959. Organisation politique et militaire palestinienne, elle appelle à la lutte contre l’Etat d’Israël.

Dans les années 1960, le Fatah mène de nombreuses opérations militaires contre Tsahal, ainsi que des attaques terroristes contre des civils israéliens. Dans les années 1970, l’organisation réoriente sa politique, à la recherche d’une reconnaissance internationale de la cause palestinienne.

Après les accords d’Oslo de 1993, le Fatah renonce officiellement à toute forme de violence et incarne la nouvelle Autorité palestinienne. Son parti détient une très large majorité au Conseil législatif palestinien. Le Fatah se veut laïc et représente le plus important mouvement de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Le Hamas

Le Hamas, de son acronyme Mouvement de la résistance islamique, est issu des Frères musulmans, nés en Egypte en 1928, à la suite du démantèlement de l’Empire ottoman. Mouvement politique et religieux, le Hamas voit le jour en 1987, après le déclenchement de la première Intifada. Il ne reconnaît pas l’existence de l’Etat d’Israël et refuse les accords d’Olso en 1993.

Durant les années 1990 et la seconde intifada, le Hamas mène de nombreuses actions armées sur le sol israélien, ainsi que des attentats-suicides. Depuis 2006, date de son accession au pouvoir, les actions du mouvement se limitent à lancer des roquettes sur le sol israélien.

Une lutte interne a vu le jour ces dernières années au sein du Hamas. Les éléments plus modérés prônent la trêve avec Israël tandis que la branche armée du mouvement, les Brigades Ezzedine al Qassam, appellent toujours à la lutte armée contre Israël.

La rivalité Hamas/Fatah

Le climat de rivalité entre les deux factions palestiniennes s’instaure dès la création du Hamas. Les deux frères palestiniens se disputent le soutien de la population palestinienne et le leadership de la cause palestinienne. A la suite des accords d’Oslo en 1993, la rivalité s’accroît entre les deux organisations. Le Fatah renonce alors à la lutte armée et reconnaît l’existence d’Israël, ce que refuse le Hamas.

Le parti de Mahmoud Abbas, qui tente de faire la paix avec l’Etat hébreu, somme alors le mouvement islamiste de cesser ses attaques militaires contre «l’ennemi sioniste». Ce n’est que lors de la seconde intifada, déclenchée en 2000, que les deux factions mettent leurs différends de côté, embourbées dans le conflit qui les oppose à Israël.

La guerre civile

En janvier 2006, à la surprise générale, le Hamas remporte les élections législatives palestiniennes avec près de 56% des voix, contre son principal adversaire, le Fatah. Plusieurs raisons expliquent l’arrivée du Hamas sur la scène politique palestinienne: face à l’échec des accords d’Oslo et une seconde intifada meurtrière, la rancœur et la colère des Palestiniens envers l’Autorité palestinienne est sans précédent. Face à la corruption qui gangrène le Fatah, la population a perdu toute confiance dans le gouvernement de Ramallah. De plus, les actions sociales et caritatives du Hamas ont permis au mouvement de jouir d’une popularité croissante.

C’est donc un gouvernement d’union nationale qui est formé, emmené par le Premier ministre du Hamas, Ismaël Haniyeh. Mais les deux factions palestiniennes ne parviennent pas à s’entendre. En juin 2007, une guerre civile éclate à Gaza. Le Hamas prend le contrôle du territoire par la force. Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, nomme alors un nouveau gouvernement à Ramallah, que le Hamas refuse de reconnaître. La scission entre Gaza et la Cisjordanie est née.  

La réconciliation 

Depuis juin 2007, les territoires palestiniens sont contrôlés par deux entités distinctes. L'inimitié à l'égard des membres du Hamas en Cisjordanie s'est systématisée sous le gouvernement de Salam Fayyad, actuel Premier ministre de l’Autorité palestinienne. Les membres des forces de sécurité de la police palestinienne de Ramallah seraient formés pour «casser» les militants du Hamas. A Gaza, les membres du Fatah font profil bas et sont régulièrement pourchassés et arrêtés par la police du mouvement islamiste.

Mais la poignée de main entre Mahmoud Abbas et Khaled Mechaal a symbolisé le volte-face entre les deux anciens frères ennemis. Le président de l'Autorité palestinienne et le chef du bureau politique du Hamas ont conclu fin avril un accord de réconciliation au Caire, sous les auspices de l'Egypte. L'accord prévoit la formation d'un gouvernement de technocrates pour préparer de nouvelles élections dans les territoires palestiniens. Les deux factions ont décidé la libération de tous les prisonniers détenus des deux côtés.

Néanmoins, cette réconciliation est au point mort et achoppe sur plusieurs points. Le Fatah et le Hamas n’arrivent notamment pas à se mettre d’accord sur la nomination du Premier ministre palestinien.

Coopération et coexistence

entre Israël et les Palestiniens

La coopération sécuritaire

 Malgré un processus de paix en panne, Israël et l’Autorité palestinienne ont développé ces dernières années une coopération dans le domaine sécuritaire en Cisjordanie. Un responsable militaire israélien a affirmé qu’en 2010, cette coopération avait atteint un niveau parmi les plus élevés depuis les accords d’Oslo de 1993, notamment dans la lutte contre les attentats et le Hamas.

Certaines sources à Jérusalem prétendent même que la guerre menée par le Fatah contre le mouvement islamiste est en partie coordonnée par Tsahal. A la suite de cette accalmie sécuritaire, l’armée israélienne a démantelé 20% de ses check point de Cisjordanie en 2009, selon les chiffres des Nations unies, diminuant sensiblement le nombre d’obstacles à la circulation des Palestiniens.

Une coopération qui porte ses fruits, puisque le nombre d’attaques terroristes a diminué ces dernières années. Elle a amené un calme relatif en Cisjordanie et a permis une croissance économique dans les territoires palestiniens.

Coopération économique

Israël entretient des liens économiques étroits avec l’Autorité palestinienne. D’après le site israélien Israël Valley, les économies israéliennes et palestiniennes sont même interdépendantes. Les Israéliens exportent pour une valeur de 3 milliards de dollars par an vers les territoires palestiniens, qui représentent le deuxième marché étranger de l’Etat hébreu.

Selon les chiffres du «Bureau Central des Statistiques Palestiniens», les importations en provenance d’Israël ont augmenté de 8,34% pour représenter 72,6% des importations totales des territoires contrôlés par l’Autorité Palestinienne en mars 2011.

Israël a aussi besoin de la main d’oeuvre palestinienne, jugée travailleuse et bon marché, notamment dans la construction et l’agriculture. Toujours selon Israël Valley, 150.000 Palestiniens viennent chaque jour travailler légalement en Israël, sans compter les milliers d’autres qui viennent travailler clandestinement. De nombreuses entreprises israéliennes sous-traitent une partie de leur production en Cisjordanie qui offre de faibles coûts de production. C’est le cas notamment du secteur high tech qui a vu se développer une coopération technologique entre Israéliens et Palestiniens, via des contrats de sous-traitance ou de vente.

Pour les Palestiniens, Israël est le premier partenaire commercial. D’après les chiffres du «Bureau Central des Statistiques Palestiniens», les exportations vers Israël ont représenté 92,7% de la valeur totale des exportations du mois de mars 2011. Elles ont même augmenté de 5,20% par rapport au mois précédent.

Le marché israélien du travail est attractif pour les Palestiniens avec des salaires plus élevés.

Les Palestiniens sont aussi dépendant d’Israël dans leurs besoins énergétiques. La totalité de l’électricité consommée par la Cisjordanie et 50% de l’électricité de la bande de Gaza est fournit par l’Etat hébreu. Enfin, dernier exemple, les droits de douane des Palestiniens sont collectés par les ports et aéroports israéliens.

Coexistence pacifique

Au-delà du discours de guerre, de haine entre les peuples, d’occupation israélienne, d’attentats terroristes palestiniens, il existe une toute autre réalité visible seulement sur place: ce monde où juifs et arabes coexistent côte-à-côte dans un respect mutuel. Les exemples sont bien plus nombreux que ce que la couverture médiatique du conflit laisse imaginer. En voici quelques-uns.

En Cisjordanie, il est un endroit où il ne faut pas manquer de faire une halte: les supermarchés. Ici, Israéliens et Palestiniens se croisent chaque jour dans les allées des magasins. Chacun fait ses courses sans se préoccuper de son voisin de caddie.   

Lorsque que l’armée israélienne évacue des avants postes illégaux en Cisjordanie, des juifs extrémistes pratiquent une politique de représailles, dite du «prix à payer». Cette politique consiste à attaquer des villages palestiniens. Récemment, une mosquée a été saccagée dans le nord de la Cisjordanie. Cet acte de vengeance s’est produit quelques heures après que l’armée israélienne a détruit des habitations de l’avant poste illégal de Migron, près de Ramallah, et évacué de force ses habitants (voir le chapitre «Les implantations»). Mais ces attaques sont généralement suivies de manifestations pacifiques qui réunissent juifs (rabbins et colons) et arabes. Ensemble, ils condamnent tout acte de violence qui nuit au rapprochement des deux peuples.  

Dans son livre Les meilleurs ennemis du monde, le journaliste Stéphane Amar décrypte des modèles de coexistence, qui prouvent que ces «deux peuples peuvent parfaitement vivre ensemble»: cette ville arabe dont le maire juif atteint des records de popularité, les relations amicales, «fraternelles» entre les colons juifs et Palestiniens de Gaza (certains Israéliens évacués de Gaza gardent encore contact avec leurs anciens voisins ou employés palestiniens). Autre exemple tiré de cet ouvrage: lors de la deuxième guerre du Liban en août 2006, les tirs de roquettes du Hezbollah sur la ville israélienne de Haïfa n’ont pas réussi à briser la coexistence entre juifs et arabes. L’attachement à cette cité portuaire a solidarisé l’ensemble des habitants juifs et arabes, malgré les bombardements quotidiens sur la ville.

L'histoire, mais laquelle?

 

Le conflit israélo-palestinien est régulièrement revisité par les historiens. Certains faits historiques soulèvent plusieurs thèses. Depuis la création de l’Etat d’Israël, chacun brandit sa version pour justifier telle ou telle position. Une double histoire qui façonnera encore pour longtemps l’avenir de la région.

L’exode controversé des Palestiniens

Entre le plan de partage de l’ONU en 1947 et la fin de la première guerre israélo-arabe en 1949, entre 700.000 et 900.000 Palestiniens ont fui leurs foyers. Chaque année, le 14 mai, les Palestiniens commémorent cet événement, qu’ils appellent la Nakba, la catastrophe en arabe (pour les Israéliens, le 14 mai est la fête nationale qui commémore l’indépendance de l’Etat d’Israël).

Les causes et responsabilités de cet exode sont encore largement débattues aujourd’hui par les commentateurs du conflit israélo-palestinien et les historiens spécialistes de cette époque. Elles sont à l’origine du contentieux sur le problème des réfugiés palestiniens (voir chapitre «Droit au retour des réfugiés palestiniens»).

Pour les historiens arabes et palestiniens, l’histoire est indéniable: les Palestiniens ont fui l’ancienne Palestine mandataire parce qu’ils ont été chassés par les forces armées juives, mais aussi par peur de la guerre.

Une version réfutée par les historiens juifs traditionnels. Selon eux, l’histoire est tout autre. Les populations palestiniennes se sont enfuies volontairement, à la suite d’un appel des dirigeants arabes, leur promettant un retour dans leurs foyers à la fin de la guerre.

D’autres travaux sont apparus à la fin des années 1980, publiés par les nouveaux historiens israéliens. Selon eux, les très nombreux documents retrouvés dans les archives israéliennes et occidentales au cours des années 1980 ont prouvé qu'aucune des versions «officielles» n'est exacte ou suffisante.

L’un de ces historiens, Benny Morris, explique que le déplacement en masse des populations arabes locales n’était «que le sous-produit inévitable d’une guerre menée contre l’Etat Juif».

L’apparition du problème des réfugiés était selon lui presque inévitable, étant donné l'enchevêtrement géographique des populations, l'histoire de l'antagonisme judéo-arabe depuis 1917, la profondeur de l'animosité arabe envers les juifs et leur crainte d'être soumis à l'autorité sioniste.

Les faiblesses structurelles et la décomposition de la société palestinienne la prédisposaient particulièrement à la désintégration et à l'exode. Les divisions du monde arabe et l’infériorité de ses forces armées, ainsi que l’absence de dirigeant arabe représentatif et d’institution nationale efficace sont autant de facteurs qui auraient entraîné un exode massif des Palestiniens.

Les manuels scolaires

Dans son ouvrage Les manuels scolaires palestiniens: une génération sacrifiée, Yohanan Manor analyse le contenu des programmes et manuels scolaires destinés aux enfants palestiniens de la bande de Gaza et de Cisjordanie.

L’auteur, co-président du Center for Monitoring the Impact of Peace (CMIP), constate que loin de prôner la reconnaissance mutuelle, la coexistence et la paix avec les Israéliens, ces manuels instillent la haine d’Israël et des juifs et font l’apologie du djihad et du martyr.

Dans son rapport publié en mars 2008, «Manuel palestiniens: d’Arafat à Abbas et au Hamas», le CMIP dresse plusieurs conclusions: ces programmes nient la présence religieuse et historique des juifs en Palestine et ne reconnaissent pas l’existence de l’Etat d’Israël, ils diabolisent l’«autre» en attribuant des caractéristiques douteuses et néfastes aux juifs et à l’Etat hébreu, ils désignent Israël comme seul responsable de ce conflit, en s’abstenant d’attribuer une part de responsabilité aux Palestiniens, ils mettent l’accent sur la lutte violente au détriment d’un message de paix.

En ce qui concerne les messages diffusés par le Hamas, la violence y est omniprésente. Le CMIP a examiné 145 numéros d’Al Fateh, publiés entre septembre 2002 et avril 2009.

Ce magazine Internet du Hamas destiné aux enfants et à la jeunesse diffuse des messages de haine et une diabolisation de «l'autre» –l'occident, les juifs et Israël–, un appel à l'annihilation de l'Etat d'Israël par le djihad et l'établissement d'un Etat islamique sur tout le territoire de la Palestine. L'Etat d'Israël et les Juifs sont qualifiés d'ennemis de l'humanité et d'assassins des prophètes. L'ouest en général, particulièrement l'Europe et les Etats-Unis, est décrit comme corrompu, impérialiste et l'ennemi perpétuel de l'islam.

Le Center for Monitoring the Impact of Peace s’est aussi penché sur les programmes et manuels scolaires israéliens. D’après le CMIP, le conflit est décrit de manière objective et honnête. La paix est toujours considérée comme une option envisageable. Aucune caricature ou stéréotype n’est faite des arabes, Palestiniens et musulmans. Si le contenu relate l’exode des Palestiniens, le terme Nakba est toutefois peu mentionné.

Kristell Bernaud

Photos: Reuters

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