France

Primaire: La charte des valeurs partagées par la droite

Judith Chetrit et Hélène Croizé-Pourcelet, mis à jour le 29.09.2011 à 9 h 16

Bonne ou mauvaise nouvelle pour la gauche: des personnalités de droite s’y reconnaissent.

Une militante vote lors de la primaire socialiste du 16 novembre 2006 à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

Une militante vote lors de la primaire socialiste du 16 novembre 2006 à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

Le 16 octobre prochain, sera connu le nom du candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012, clôturant ainsi le cycle de la première primaire citoyenne ouverte à l’ensemble des sympathisants de gauche. Les électeurs – un corps électoral inconnu estimé entre 1 et 4 millions de votants – se seront prononcés sur le candidat de leur choix entre Martine Aubry, Jean-Michel Baylet, François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal et Manuel Valls, moyennant la somme symbolique d’un euro et la signature d’une charte des valeurs de la gauche.

«Je me reconnais dans les valeurs de la Gauche et de la République, dans le projet d'une société de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire.»

Un gage de confiance dont le «contenu ne mange pas de pain» et qui peut apparaître comme le moyen de prévenir du «risque éventuel d’une invasion massive de militants de droite», imagine Nicolas Sauger, chargé de recherche auprès du Centre d’études européennes de Sciences-Po. Pour autant, un sondage Ipsos du 26 août montre que les sympathisants de droite ne représentent que 5% des votants potentiels à la primaire socialiste. Au service de presse du Parti socialiste, on nous dit que la charte choisie pour rassembler «de la gauche radicale à un centre-gauche plus libéral» pourrait être reconnue par une quasi-majorité de la population française.

Vous avez dit majorité? Y compris les hommes et femmes politiques de l’UMP ou qui s’affirment de droite? Nous leur avons posé la question –en omettant volontairement de leur demander s’ils adhéraient aux «valeurs de gauche et de la République»– de savoir s’ils se reconnaissaient dans les valeurs suivantes: liberté, égalité, fraternité, laïcité, justice et progrès solidaire. Bonne ou mauvaise nouvelle pour la gauche: ils les partagent, tout en exprimant quelques nuances.

«Cette charte n'est pas clivante»

Aux trois premières valeurs énoncées que sont la liberté, l’égalité et la fraternité, leur approbation, attendue d’avance, est exprimée sur le ton de la surprise, voire de la suspicion. «Vous allez longtemps me faire perdre mon temps?» nous rétorque Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes et membre de la Droite populaire.

Tout de même, des nuances ont commencé à se dégager: «Je crois en l’égalité des droits mais pas en l’égalité sociale. La liberté sous-tend la reconnaissance des différences. Je ne vois pas pourquoi tout le monde devrait être au même niveau avec des efforts différents, c’est un leurre social bien français», estime Luca. Le député regrette même que la fraternité ne soit pas assez utilisée à la différence de la solidarité, un «concept politique bidon qui ne vise qu’à se rassurer».

Passés à la valeur «laïcité», nos interlocuteurs, qui s'y disent attachés, deviennent plus bavards: «Face aux menaces de nouveaux intégrismes politiques ou religieux», le député UMP de la Seine-Saint-Denis Eric Raoult estime que «c’est une des valeurs qui mériterait d’être rajoutée sur le fronton des mairies» en complément de la devise républicaine alors que le secrétaire d’Etat aux anciens combattants Marc Laffineur, en faveur d’une laïcité qui «protège la liberté du choix des cultes», alerte contre une laïcité «ne protégerait pas la liberté de croire et de ne pas croire».

La dernière valeur –le progrès solidaire– est celle qui a suscité le plus de réserves. Elle équivaut à un «vocabulaire gauchiste» pour Christian Vanneste, ou «jargonnant» et s’apparentant à une «connotation stalinienne de la science et du progrès» d’après Hervé Mariton, député UMP de la Drôme. Christian Vanneste lui préfère une distinction entre les notions de progrès et solidarité. Lui-même, s’appuyant sur les travaux du sociologue français Emile Durkheim établit une différence entre deux types de solidarité, «la solidarité mécanique qui fonctionne sur la similitude et la solidarité organique qui fonctionne sur la complémentarité des citoyens». Par ailleurs, Jean-Louis Bourlanges s’étonne de l’absence de mention du développement durable, du «respect des équilibres naturels» dans la charte. «C’est assez significatif que la gauche ne le mentionne pas.»

Aucun n’a identifié la charte des valeurs de la gauche en tant que telle, mais certains comme Eric Raoult ont cité la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la devise républicaine comme texte de provenance. Quand nous avons révélé à Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen et président de l’Institut du centre, qu’il s’agissait de la charte des valeurs de la gauche, celui-ci nous a répondu: «Cette charte des valeurs de la gauche n’est pas clivante.»

«Tout le monde est solidaire des valeurs de la gauche, à l’exception sans doute de l’extrême-droite maurassienne», a-t-il ajouté. «C’est notre patrimoine à tous, nous avons tous ces valeurs en partage, nous revendiquons tous ces valeurs à gauche comme à droite», juge Brigitte Barèges, députée du Tarn-et-Garonne et membre des collectifs de la droite sociale, de la droite populaire et de la droite rurale.

«La gauche n’a pas le monopole de la République»

Que pensent-ils de l’initiative de la gauche de produire une telle charte des valeurs? Les grands discours sur les valeurs appartiennent à ceux qui manquent de marge de manœuvre défend Eric Raoult: «Quand on est dans l’opposition, on défend ce que l’on pense comme menacé tandis que lorsqu’on appartient à la majorité, on les met en action.» Brigitte Barèges, va plus loin: «Si la gauche a besoin de faire une charte ainsi c’est qu’elle n’a pas de projet.» 

Et puis certains se montrent excédés par cette «caricature». «La gauche n’a pas le monopole de la République», clame Nicolas Dupont-Aignan. Pour Hervé Mariton, au même titre que la droite a parfois la prétention, à tort, d’incarner la France, la gauche a celle d’être la République à elle toute seule. «Si les gens ne sont pas de gauche, c’est qu’ils ne sont pas sincèrement pour la liberté, l’égalité et la fraternité: c’est une escroquerie intellectuelle.»

«Ce qui distingue la gauche et la droite, ce ne sont pas tant les valeurs que les programmes et les méthodes», avance Jean-Louis Bourlanges. Anne Grommerch, députée de la Moselle et membre de la Droite sociale, soutient à son tour que «les désaccords entre les partis proviendraient plutôt de la différence d’interprétation des valeurs en question, de la façon de mettre en mouvement ses valeurs».

Rappelant que «les valeurs font référence à de très grands idéaux», Pierre Bréchon, professeur de sciences politiques à l’IEP de Grenoble et co-auteur de l’enquête La France à travers ses valeurs publiée en 2009, note que «ce qui va différencier les partis politiques sur le plan des valeurs est la priorité qu’ils vont accorder à certaines».

 Judith Chetrit et Hélène Croizé-Pourcelet 

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