Sports

All Blacks-France: la fausse polémique

Sylvain Mouillard, mis à jour le 21.09.2011 à 10 h 18

Le principal quotidien néo-zélandais tire à boulets rouges aujourd’hui sur Marc Lièvremont, le sélectionneur des Bleus, coupable d’avoir aligné une équipe B pour le choc contre les All Blacks samedi. Une belle farce.

La une du New Zealand Herald du mercredi 21 septembre

La une du New Zealand Herald du mercredi 21 septembre

Poule A — Nouvelle-Zélande-France, le samedi 24 septembre à 10h30 heures (heure française), à Auckland.

«Coupe du monde: la farce française à 460 dollars.» C’est la polémique du jour en Nouvelle-Zélande, montée en mayonnaise par le Herald, le principal quotidien du pays. Ainsi donc, Marc Lièvremont, le sélectionneur des Bleus, aurait commis un crime de lèse-majesté en alignant une équipe bis pour affronter les All Blacks, samedi à l’Eden Park. Un manque de respect envers le maillot noir, l’équité sportive, les supporters qui avaient payé très cher leur place, voire la Nouvelle-Zélande entière.

Il faut saluer la performance du New Zealand Herald, qui a réussi à faire du «dossier» son article de une, avec pour principale et unique source le fiel de son éditorialiste Peter Bills. Le chroniqueur britannique signe son billet dans les pages intérieures du quotidien. «La sélection de Lièvremont est une insulte aux 60.000 personnes qui ont acheté leurs billets en s’attendant à l’affrontement de deux équipes au maximum de leurs capacités», écrit-il, jugeant que le sélectionneur français ne veut qu’une chose:

«Perdre, terminer deuxième de la poule, et se retrouver dans la partie de tableau qui devrait être exclusivement composée d’équipes de l’hémisphère nord.»

Une analyse qui constitue l’essentiel de l’argumentaire développé par le quotidien dans son article de une...

Argumentaire léger

Un peu léger, comme affaire. Si la presse kiwie a un humour dont pas mal de journaux français feraient bien de s’inspirer, sa capacité à alimenter des polémiques inexistantes n’est plus à démontrer. D’autant que les arguments avancés par Peter Bills sont loin de faire mouche. Selon lui, l’équipe de France alignera un paquet d’avants «de seconde zone» («leur plus grand combattant, le talonneur William Servat, sera sur le banc») et une charnière composée de «deux demis de mêlée», avec Morgan Parra à l’ouverture, lui «qui n’a jamais commencé en 10 sous le maillot bleu».

Sur ces stricts faits, Peter Bills n’a pas tort. Mais l’éditorialiste n’a pas dû regarder les récentes performances du XV de France. A la vue de ces matchs, on peut même estimer que c’est la meilleure équipe du moment qui a été alignée par Marc Lièvremont, à une ou deux exceptions près. En première ligne, de toute façon, les choix sont limités par les blessures. Szarzewski a été préféré à Servat? Normal, le Toulousain, en phase de reprise, a besoin de souffler. Et son remplaçant est loin d’être un amateur. En forme, motivé comme jamais pour briller, Szarzewski peut faire mal.

Les deuxièmes lignes, Papé et Nallet, ont été les meilleurs face au Japon et au Canada. Juste derrière, Picamoles et Dusautoir, c’est du solide. Bonnaire, lui, a été bien au-dessus d’Harinordoquy depuis le début du Mondial. La ligne de trois-quarts ressemble également à une équipe-type: Médard-Mermoz-Rougerie-Clerc, en principe, ça tient la route. Le débat à l’arrière entre Damien Traille et Cédric Heymans existe, c’est vrai.

Reste enfin l’épineuse question de la charnière. Envoyer Morgan Parra au feu comme numéro 10 face aux Blacks ressemble à un cadeau empoisonné. Mais là encore, Peter Bills n’a sûrement pas scruté assez attentivement les deux premiers matchs de François Trinh-Duc. Très décevant, le Montpelliérain n’a jamais pesé sur le jeu ni semblé en mesure d’impulser un peu de rythme dans la ligne d’attaque tricolore. Au contraire de Morgan Parra, qui, quand il est entré à ce poste inhabituel pour lui, a insufflé vie et dynamisme. Ses intérims à l’ouverture ont d’ailleurs coïncidé avec les bonnes fins de match des Bleus.

Un choix limité pour Lièvremont

Bon, il est évident que le Clermontois risque de souffrir samedi face aux découpeurs néo-zélandais, Kaino et McCaw. Mais les choix de turnover à ce poste étaient de toute façon très limités pour Lièvremont, après l’arrivée tardive de Jean-Marc Doussain. Et comme le sélectionneur avait annoncé depuis longtemps qu’aucun joueur ne débuterait toutes les rencontres, la mise sur le banc de Trinh-Duc semble logique, du moins dans son esprit...

Une des plumes rugby du Herald, Gregor Paul, fait d’ailleurs remarquer que «Lièvremont est tout à fait sain d’esprit» par rapport aux coaches des All Blacks:

«Regardez l’équipe que les Français vont affronter. Un centre, Richard Kahui, sera aligné à l’aile (...). Isaia Toeava, d’habitude arrière, pourrait jouer à l’aile opposée. Les All Blacks ne savent pas non plus qui est leur meilleur demi de mêlée et il est possible qu’un troisième ligne-aile, Adam Thompson, joue numéro 8.»

Et le journaliste de conclure:

«Croire que la partie du tableau avec les équipes du tournoi des VI Nations est la route la plus facile est un non-sens, c’est l’arrogance de l’hémisphère sud à son pic (...). La France vient à l’Eden Park pour gagner. Lièvremont n’est pas fou et Parra sera probablement une sélection inspirée.»

Sylvain Mouillard

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