Des valises sous les yeux
François Bayrou est-il vertueux quand il explique qu'il a refusé d'être corrompu mais qu'il n'a pas saisi les autorités? Ce que l'on attend d’un responsable politique, c'est bien sûr qu’il repousse les valises de billets qu’on lui propose, mais aussi qu'il dénonce sur le champ les corrupteurs qui se présentent à lui.
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Revenons sur les déclarations de François Bayrou, mardi matin, sur France Inter à propos de valises de billets qui lui auraient été proposées et qu'il aurait véhémentement refusées.
François Bayrou par franceinter
Ce qui s’est passé ce 20 septembre était assez symptomatique d’un état d’esprit général du monde politique sur la corruption. On a pu remarquer que le président du Modem semblait étonné qu’on lui demande plus de précisions sur cet épisode, comme si, ce qu’il venait de nous avouer, était finalement assez banal et que l’on pouvait passer au sujet suivant…
François Bayrou fait certainement partie de ces dirigeants politiques, pas si rares, heureusement, qui refusent la corruption et qui ne considèrent pas que tous les moyens sont bons pour conquérir le pouvoir. Mais sa réaction, le fait de ne pas vouloir être plus précis sur l’identité de ses corrupteurs et d’assumer de ne pas les dénoncer à la justice est le signe d’une banalisation, d’une acceptation par lassitude d’un état de corruption de notre vie politique.
On entend beaucoup dans les commentaires un peu désabusé des «bah, ça s’est toujours fait»… Nous sommes comme des drogués et nous ne réagissons plus. De la même façon Claude Guéant a pu, comme ça, sans s’apercevoir qu’il disait quelque chose d’extrêmes choquant, confirmer, sur RTL, que, oui, Robert Bourgi avait bien expliqué à Nicolas Sarkozy en 2005 son trafic d’argent sale en provenance d’Afrique. Et personne n’a demandé à Claude Guéant pourquoi le ministre de l’Intérieur d’alors n’a pas saisi la justice, pourquoi même il a fini par décorer le trafiquant déclaré…
François Bayrou nous a donné l’impression qu’il suffisait, pour être vertueux, de refuser d’être corrompu… il semble quand même que l’on puisse attendre d’un responsable politique, non pas simplement qu’il refuse des valises de billets qu’on lui propose, mais aussi dénonce sur le champ les corrupteurs qui se présentent à lui.
C’est d’ailleurs ce que dit la loi, article 40 du code de procédure pénale:
«Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs.»
Que les politiques ne soient pas corrompus c’est la moindre des choses, qu’ils luttent avec acharnement contre la corruption devrait aussi être un minimum.
«Les temps on changé et ces pratiques n’ont plus cours», voilà ce que clament en cœurs les responsables politiques. On voudrait bien le croire… Mais pour être certain que les vertueux autoproclamés d’aujourd’hui ne se laisseront plus tenter, il faudrait tout simplement qu’ils adoptent quelques règles de transparence assez simple.
Le mode d’emploi est prêt… ils n’ont plus qu’à signer. L’ONG Transparence Internationale leur a prémâché le travail. Cette organisation fait toute une série de propositions qu’elle soumet ces jours-ci aux candidats de 2012. Rien de révolutionnaire, des mesures de bons sens démocratique de base. L’instauration de vraies règles encadrant le lobbying, la création d’un poste de super procureur, indépendant du parquet, qui puisse instruire loin de toutes pressions du pouvoir. Une redéfinition de la notion de conflit d’intérêt, le non cumul des mandats qui réduit automatiquement l’emprise de la corruption, l’inéligibilité de 10 ans pour tous élus corrompus.
Il ne faut pas désespérer du personnel politique et céder au «tous pourris»… C’est vrai qu’une nouvelle génération de politique semble réellement vouloir tourner la page de la corruption, à droite comme à gauche. En 2007 on pouvait croire, à entendre le discours de campagne de Nicolas Sarkozy que ce temps était venu. Hé bien non, il faudra encore attendre une autre génération.
Thomas Legrand
Retrouvez ceux qui feront 2012 sur Wikipol.
Mis à jour le 21/09/2011 à 10h18


















































Il est cependant trop facile de dénoncer (surtout quand on reste aussi vague) quand une information est déja sortie.
Je suis en désaccord avec vous sur l'analyse que les Français peuvent en faire, il y a déja à peine 50% de votants et la course en avant aux propositions populistes de la gauche dans son ensemble ne fera que renforcer les extrémistes des deux bords quand une fois élu en 2012 (sans retournement de situation) ils seront incapables de tenir ces promesses.
Un citoyen qui utilisera toujours son droit de vote direct qui a été si durement acquis.
L'affaire ou les affaires DSK, ainsi que les récentes réquisitions du procès Chirac sont là pour nous rappeler que la justice n'a rien à cirer des chevaliers blancs qui demandent à être crus sur leur bonne foi, et que lorsqu'il s'agit de protéger les puissants, on sait très bien faire.
Vous faites commodément semblant d'ignorer que si Bayrou avait étanché votre soif du scoop et balancé des noms à l'antenne il se serait mis dans une mouise judiciaire crasse.
Comme pour l'affaire Ferry récemment, les médias tombent à bras raccourcis sur celui qui dénonce à moitié. On aimerait qu'ils dépensent la même énergie à faire le jour sur le fond des affaires, après tout il fut un temps où les journalistes faisaient de l'investigation.
D'abord en accusant François Bayrou de non-dénonciation de délit... mais cela n'est pas pénalement répréhensible !
L'auteur écrit "Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République" ... mais en quoi François Bayrou serait-il "autorité constituée, officier public ou fonctionnaire" ? En tant, je présume, que représentant du peuple : député. Un député l'est en permanence, pas de 9 h à 18 h.. Attend-on réellement de son député qu'il écrive au procureur de la République tous les délits dont il a connaissance dans sa journée de député ? Cela ne me semble pas sérieux.
A supposer d'ailleurs que le délit soit constitué : si quelqu'un vous propose une valise, ce n'est pas forcément un délit en soit... ce peut être une mise en scène ou tout autre chose.
Bref, le comportement le plus approprié me semble être de refuser, point trait.
2ème malaise avec cet article, la perspective qu'il a choisi de la plus ou moins grande "vertu" de M. Bayrou. Mais est-ce le sujet ? On peut refuser une valise pour cent autres raisons que la vertu. Par exemple la méfiance, ou tout simplement la volonté de ne pas se compromettre avec l'offreur de valise. La conviction que pour gouverner un pays surendetté, il vaut mieux ne pas donner d'occasion aux créanciers de vous faire chanter.
Et précisément, c'est la raison que donne François Bayrou. Etre "indépendant" pour gouverner, cela suppose d'être en mesure de fermer la porte aux forces de pression et autres prédateurs de l'argent public.
Et il me semble qu'on a grand besoin, en ce moment, de gouvernants indépendants.
C'est à dire que, contrairement à la non-assistance à personne en danger ou à la non-dénonciation de crime dont il est encore possible d'atténuer les effets ou la réitération, l'abstention d'agir n'emporte pas de responsabilité pénale...
Ceci expliquant donc aussi cela.