Économie

Les républicains jouent contre l'économie

Temps de lecture : 4 min

Le parti républicain s’oppose-t-il au plan emploi d’Obama pour des raisons idéologiques ou politiques?

 Rick Perry parlant à une conférence républicaine à la Nouvelle-Orléans, 18 juillet 2011. Gage Skidmore via Flickr CC License by

Difficile d’empêcher Barack Obama de tendre le bras aux républicains; c’est ce qu’il fait. Dans son discours du jeudi 8 septembre, il a tenté deux stratégies différentes. D’une part, il leur a rappelé qu’ils avaient déjà soutenu des plans de relance dans le passé. D’autre part, il a admis la bonne foi de leur opposition. «Je me rends désormais compte que certains d’entre vous ont une idée différente de la manière dont il faut s’y prendre pour stimuler la croissance», a-t-il déclaré. «Certains d’entre vous croient sincèrement que pour faire face à nos défis économiques, il n’y a qu’une solution: tout simplement supprimer la plupart des dépenses de l’Etat et des réglementations gouvernementales.»

Une rhétorique très efficace. Les républicains étaient visiblement mal à l’aise en entendant le président leur demander de se comporter de manière raisonnable et de l’aider à relancer l’économie. Si l’on en croit la réponse tempérée du président de la Chambre des représentants, John Boehner, il est probable que certains d’entre eux soutiennent au moins une partie de son plan de 447 milliards de dollars censé stimuler l'économie chancelante. Ils accepteront peut-être sa réduction des cotisations patronales, voire les dépenses d’infrastructure qu’il propose.

Mais faut-il croire ce qu’a dit Barack Obama? Les Républicains pensent-ils sincèrement que pour restaurer la croissance économique et lutter contre le chômage, il faut moins de dépenses et moins de règlementation? Ou les démocrates ont-ils raison de les soupçonner de vouloir maintenir l’économie aussi faible que possible jusqu’à 2012 pour espérer battre Obama?

L'efficacité des plans de relance

Nul doute, la position républicaine actuelle est farfelue, économiquement parlant. Ouvrez n’importe quel manuel de science économique, il vous expliquera que les gouvernements réagissent aux récessions cycliques par des dépenses conduisant à des déficits temporaires. Selon la théorie keynésienne, encourager la demande globale permet de stimuler la croissance du PIB et de réduire le chômage. Inversement, réduire les dépenses gouvernementales pendant un ralentissement économique a tendance à empirer la situation. Une politique de dépenses temporaires n’est certes pas toujours réalisable et supprimer les dépenses gouvernementales n’a pas systématiquement cet effet pervers. Mais l’an dernier, une étude exhaustive du Fonds monétaire international a conclu que la «consolidation fiscale» avait effectivement tendance à avoir un impact négatif sur le PIB et l’emploi.

C’est ce que vous diront la plupart des économistes, y compris les plus conservateurs. Mark Zandi, économiste en chef de Moody’s et conseiller économique de John McCain, estime que le plan de relance initié par Obama en 2009 a empêché le taux de chômage de grimper de deux points de pourcentage supplémentaires. Selon lui, les nouvelles propositions du président peuvent apporter 2% au PIB et 1,9 million d’emplois. Si les économistes ne s’entendent pas sur l’effet multiplicateur précis des différentes formes de dépenses gouvernementales, ils ne doutent pas de leur efficacité. Il n’y a que les républicains pour prétendre que les mesures de relance ne relancent pas l’économie.

Les conservateurs «fondamentalistes»...

Les conservateurs qui s’opposent au consensus économique se divisent grosso modo en trois catégories: les fondamentalistes, les cyniques et les moutons. Les fondamentalistes sont des idéologues. Il en existe de plusieurs sortes. Les plus primitifs préfèrent Hoover à Keynes, voire, dans certain cas, Dieu à Hoover. Rick Perry, gouverneur du Texas et candidat à l’investiture républicaine, estime qu’une crise économique sert à nous ramener aux «principes bibliques». Comment créera-t-il de l’emploi s’il est élu? «Vous n’aurez pas de plans de relance sous la présidence Perry, tout l’argent ne sera pas dépensé», a-t-il expliqué pendant sa campagne. Voilà un bon résumé de ce que pense, à tort, le Tea Party: que toutes les dépenses gouvernementales ne font qu’empirer les choses, sans exception.

Ce qui ne signifie pas pour autant que tous ceux qui rejettent le plan de dépenses d’Obama ne sont que des ignares qui nous conduisent droit au gouffre. Les libertariens ne considèrent pas forcement que le plan de relance n’aura pas l’effet escompté, ils craignent juste que par la même occasion, le rôle du gouvernement ne s’en trouve gonflé et que cette influence accrue perdure par la suite. Mais ils n’ont rien contre les réductions d’impôts – elles limitent les ressources du gouvernement. Le républicain Paul Ryan, président du comité du Budget de la Chambre et ardent opposant au gouvernement, a par exemple affirmé que les dépenses de relance avaient le même effet qu’une éphémère surdose de sucre: aucun bénéfice durable.

... et les autres: les «cyniques» et les

«moutons»

Les cyniques ne proposent en revanche aucune analyse économique. Ils se contentent de rejeter tout ce qu’Obama propose. Souvenez-vous de la phase, désormais légendaire, de Mitch McConnell, le chef de la minorité républicaine au Sénat: «Notre objectif le plus important, c’est qu’Obama soit un président à un seul mandat». McConnell, comme Boehner et Eric Cantor, le chef de la majorité à la Chambre: tous trois avaient voté avec enthousiasme le projet de loi de relance proposé par George W. Bush en 2008. Un plan de 152 milliards de dollars. A l’époque, ils se sentaient responsables de l’économie. Maintenant, c’est le problème d’Obama. Mitt Romney s’y connait assez en finance pour savoir que réduire les dépenses augmentera le chômage. Mais il sait également qu’il a plus de chances de l’emporter contre Obama si le taux de chômage est de 9% plutôt que de 8%.

En réalité, les discours économiques de la plupart des républicains ne sont pas seulement guidés par l’idéologie ou la politique, mais aussi par l’instinct grégaire: rester dans le rang et obéir aux chefs. En 2008, 85% des membres du Congrès avaient voté pour le projet de loi de relance de Bush, un plan de moindre coût mais fondé sur les mêmes principes. Ce serait leur accorder trop de crédit que de présumer que ces personnes ont une opinion sur l’efficacité du plan emploi d’Obama. Les seuls emplois qui les préoccupent, ce sont les leurs.

Jacob Weisberg

Traduit par Aurélie Blondel

Jacob Weisberg

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