La politique allemande se fait pirater
Le Parti pirate, qui vient d'obtenir 15 sièges au parlement régional de Berlin, de par son éthique open source, se présente comme le pendant «société ouverte» du Tea Party américain, mouvement résolument réactionnaire, qui jusqu’ici symbolisait à lui seul cette opinion protestataire cyber-diffusée.
- Des sympathisants du Parti pirate, le 18 septembre 2011 à Berlin. Thomas Peter / Reuters -
Fier de sa réputation de laboratoire urbain, Berlin peut également se vanter d’être à la pointe de nouvelles tendances politiques.
Après deux mandats comme maire-gouverneur à la tête d’une coalition inédite avec les postcommunistes de Die Linke, parti mélenchoniste d’outre-Rhin, le socialiste Klaus Wowereit réélu ce dimanche, devra dorénavant s’habituer à la présence d’une quinzaine de pirates au parlement de son Land. Les presque 9% glanés par le Parti pirate aux élections régionales ce 18 septembre ont fait entrer ces néo-flibustiers dans les hautes mers de la politique. Tous aux abris?
Né en 2006 en réaction à la loi du gouvernement suédois contre le partage de fichiers sur les réseaux peer-to-peer –une décision qui touchait principalement le site de partage Pirate Bay– le mouvement d’opposition numérique devenu formation politique reprit la symbolique pirate (Piratpartiet) pour rafler 7,1% des voix au scrutin européen de juin 2009 en Suède. Un résultat qui propulsera Christian Engström, un geek de 49 ans, au Parlement européen à Bruxelles.
Plus modestement, en France, avec la loi Hadopi en point de mire, le Parti pirate dépassait la barre des 2% lors de sa première participation à un scrutin (législative partielle dans les Yvelines en 2009).
Constitué en Internationale depuis avril 2010 et présent dans une quarantaine de pays, le Parti pirate regroupe aujourd’hui quantité de groupuscules franchisés sous un même étendard, respectant un programme similaire.
Le parti se comprend comme une «formation spontanée née de la volonté des citoyens de se réapproprier une vie politique dans laquelle ils ne se reconnaissent plus» et qui répond à trois principes fondamentaux:
- la protection des droits (et données personnelles) des citoyens
- la libération de la culture (et du Wi-Fi)
- la conscience que les brevets et les monopoles sont nuisibles au fonctionnement de notre société
Avec ce dernier point, les pirates s’inscrivent dans le sillage d’une société marquée par une numérisation des contenus; une société où la notion de propriété intellectuelle est en voie d’être redéfinie. Néo-marxisme numérique? Cyber-communisme? Ni gauche ni droite: les pirates se perçoivent comme «dissidents hétérodoxes» marqués par le souhait de réaffirmer les principes démocratiques «régulièrement mis à mal, à mesure qu’évoluent la société et les technologies, dans un contexte toujours plus complexe et mondialisé». Des pirates bien-intentionnés donc.
D’une certaine manière, le Parti pirate, de par son éthique open source, se présente comme le pendant «société ouverte» du Tea Party américain, mouvement résolument réactionnaire, qui jusqu’ici symbolisait à lui seul cette opinion protestataire cyber-diffusée.
Les deux formations disposent pourtant de revendications communes: transparence du pouvoir, volonté d’inscrire l’activisme politique dans un projet participatif, e-gouvernance pour plus de démocratie directe, etc.
Transparence et immédiateté
Ces mouvements politiques émergeants partent du point de vue que le Web 2.0 permet aujourd’hui d'assurer une bidirectionnalité en politique: un feedback immédiat, voire une démocratie en temps réel. «La technologie, notamment, doit être utilisée dans le sens de la transparence et de l’immédiateté, et non pour ajouter à l’opacité et à la complexité», lit-on dans le programme du Parti pirate.
L’historien allemand Paul Nolte rappelle que «l’évolution vers une démocratie participative et protestataire constitue vraisemblablement l’évolution la plus importante de l’histoire de la démocratie de ces dernières décennies».
Une évolution contestataire et «bottom up» qui s’accompagne d’une compréhension des enjeux éthiques contemporains. Reste à voir si les pirates bénéficieront du même engouement générationnel que celui engrangé par les mouvements écologistes en Europe qui, depuis les années 1980, réussirent à capitaliser sur cette évolution, avant de troquer leur étiquette antisystème pour un destin de corsaire plus durable. Or, en Allemagne, plusieurs cadres écolos de premier rang en quête d’aventures ont justement démissionné pour rejoindre la piraterie.
Dorénavant distancés par les pirates sur les questions d’éthique numérique, les Verts seraient-ils en voie de ringardisation? Il y a un an, Carsten Meyer, porte-parole de Bündnis 90/Die Grünen pour le Land de Thuringe, avouait ne rien comprendre à la «Netzpolitik», la politique «de la Toile». Un aveu de taille, qui bien qu’isolé, ne pouvait cependant passer inaperçu auprès de l’électorat jeune. Quinze pour cent des électeurs de moins de 30 ans ont voté pour le Parti pirate ce 18 septembre à Berlin.
Nicolas Baygert
Mis à jour le 20/09/2011 à 16h01














































"la conscience que les brevets sont nuisibles au fonctionnement de notre société" Si on supprime les brevets, la recherche ne sera plus financée que par la puissance publique. Je ne suis pas certain qu'il soit dans l'intérêt des citoyens de financer sur leurs seuls impôts une recherche dont les entreprises privées retireront les bénéfices sans avoir à en supporter les coûts.
La protection des droits du citoyen et notamment les données personnelles est une chose. C'est par exemple refuser qu'une donnée personnelle se retrouve fichée et vendue à l'insu du citoyen.
La libération de la culture c'est par exemple faire en sorte que la culture soit accessible, c'est par exemple la défense du domaine public, c'est par exemple refuser les lois qui allongent les durées des droits d'exploitation des oeuvres et droits voisins, c'est sans doute également l'autorisation des échanges non commerciaux (type p2p)
La suppression des brevets ne veut pas dire du tout la fin de tout recherche financée par l'entreprise. Il existe de part le monde quantité de choses qui ne sont pas brevetée et qui découle pourtant de la recherche privée. La formule du coca-cola n'est par exemple pas brevetée, de nombreuses machines développées en interne par des entreprises ne sont pas non plus brevetées. De plus, dans un monde imaginaire sans brevet, les entreprises ne se poseraient pas la question du risque d'enfeindre un brevet, on n'observerait pas les guerres des brevets que se livrent les géants de l'électronique actuellement et le marché serait ouvert à tous les acteurs. Le brevet (et particulièrement dans le domaine de la high tech et la téléphonie) conduit à un coût d'entrée pour un nouvel acteur extrêmement couteux, autrement dit c'est une barrière quasi infranchissable.