La prostitution, un job glamour?
La blogueuse dont est tiré la série Journal Intime d'une Call Girl, série britannique qui connait le succès depuis 2007, a révélé son identité.
- L'actrice Billie Piper Reuters -
Belle de Jour, ancienne prostituée bloggeuse qui a inspiré la série Journal Intime d'une Call Girl, a révélé son identité après cinq ans d'anonymat. Elle a expliqué qu'elle avait à l'époque besoin d'argent. Elle préparait son oral de thèse pour achever son doctorat: «Je ne pouvais pas trouver de boulot dans ma spécialité, car je n'avais pas encore mon PhD. Je n'avais pas beaucoup de temps libre, car je finissais [la préparation à mon oral de thèse]. J'ai une aversion pathologique pour la dette. [...] Et là j'ai commencé à réfléchir: qu'est-ce que je peux trouver comme boulot qui me permette de commencer immédiatement, sans formation ni investissement préalable?» Cet article, publié en avril, revient sur la série tirée de son histoire.
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La série Journal Intime d'une Call Girl*, qui met en scène le quotidien coloré d'une fille de joie, rendrait-elle glamour la prostitution ? Le débat fait rage entre les opposants à la série et ses défenseurs.
«La première chose que vous devez savoir sur moi, c'est que je suis une pute.» Ainsi s'ouvre le premier épisode du Journal Intime d'une Call Girl, comédie britannique diffusée depuis 2007 outre-Manche sur la chaîne câblée ITV2 et en France sur Téva et M6. Inspirée du blog d'une call girl se faisant appeler Belle de Jour - en référence au film de Buñuel - la série met en scène le quotidien d'une jeune londonienne, Hannah, prostituée «de luxe» mieux connue sous le nom de Belle. Exportée dans plus de quinze pays, réussissant des belles audiences pour un programme de fin de soirée, la série a surtout profité d'une polémique féroce autour de sa peinture de la prostitution.
Hannah / Belle n'est en effet pas une travailleuse de la rue, mais une call girl quatre étoiles, aux conditions de travail «enviables.» D'abord «managée» par une maquerelle BCBG aux faux airs de Mme de Fontenay, pour qui « ce boulot permet de faire un maximum d'argent avec un minimum d'efforts », puis indépendante dans la seconde saison de la série, Belle reçoit ses clients chez elle, les sélectionne méticuleusement via son site internet. Hormis quelques fantasmes excentriques, ceux-ci se révèlent être généralement de chics types, et même les situations inquiétantes trouvent une issue heureuse. Le quotidien de Belle est filmé dans une lumière colorée. Elle cultive un humour acidulé et multiplie les répliques pleines d'esprit. Hannah est diplômée, intelligente. La prostitution, explique-t-elle en s'adressant régulièrement à la caméra, est un choix de carrière, pas une fatalité.
«Je n'ai pas été violée dans ma jeunesse, je n'ai pas d'enfants à charge et je n'ai jamais été accro à quoi que ce soit... sauf à la quatrième saison d'A la Maison Blanche, s'amuse-t-elle. Pourquoi est-ce que je me prostitue? Parce que j'aime le sexe et l'argent!»
Une telle vision de la prostitution pouvait difficilement laisser indifférent. A peine la série lancée, les chroniqueurs de la presse britannique et les spécialistes de la question se sont lancés dans un débat passionné. «Je n'ai jamais payé pour coucher, mais je parierais que les discussions post-coïtales des prostituées ont rarement pour sujet le sens d'un palindrome, comme c'est le cas pour Hannah, ironise Martin Daubney, du magazine masculin Loaded. Cette série glamourise l'industrie la moins glamour du monde.» «Journal Intime d'une Call Girl présente une version remarquable du très vendeur mythe de la prostituée heureuse», renchérit Roger Matthews, professeur de criminologie à Londres.
Face à ces attaques, c'est l'interprète principale de la série, Billie Piper, qui monte au créneau. Connue pour sa participation à la série culte Dr. Who, la comédienne s'est impliquée corps et âme dans son rôle. Elle a rencontré la vraie Belle, passé du temps avec des call girls de Londres. «Jusqu'au jour où j'ai pu discuter avec ces filles, je n'arrivais pas à croire qu'une femme pouvait vendre son corps et en être heureuse, explique-t-elle. L'immense majorité des prostituées sont bien entendu des femmes en souffrance, mais il existe une infime proportion de call girls de luxe qui aiment leur métier.» «J'ai interviewé moi-même quelques filles qui se disaient heureuses de leur situation, confirme Sarah Hedley, journaliste au magazine féminin britannique Scarlet. Evidemment, c'est une infime minorité, mais ça ne veut pas dire que leur histoire ne mérite pas d'être racontée dans une série télé, et donc forcément rendue plus glamour.»
N'y a-t-il dans cette peinture idéaliste d'une minorité un risque d'oublier la majorité, les femmes trainées de force dans la rue, la traite des filles de l'Est, la misère, la drogue... « La rue, la nuit, la violence, c'est une autre prostitution, un autre sujet, se défend Billie Piper. Belle est une prostituée de luxe, qui gagne très bien sa vie, dépense des sommes folles dans des vêtements de couturier, mange au restaurant, etc... d'où le côté glamour de la série. » « La call girl qui va au Carlton et au George V est elle aussi sous contrainte, contre-attaque Jean-Sébastien Mallet, de la Fondation Scelles, organisation qui lutte contre l'exploitation sexuelle. Cette vision propre et sûre du métier est un mythe. Pire, plus les gens payent chers, plus y est fréquent qu'ils «sabotent» les prostituées.»
Journal Intime d'une Call Girl «n'est pas une série dangereuse, poursuit sa collègue Catherine Goldman, mais elle a tendance à banaliser et à déformer subtilement la réalité. Par exemple, la maquerelle de Belle est présentée comme un impresario...» Cette figure de style fait partie, selon les détracteurs de la série, de «l'effet Pretty Woman», terme né au lendemain de la sortie du film, qui aurait incité de nombreuses jeunes femmes à se lancer dans une carrière de call girl. «Ce sont les mêmes qui accusent Trainspotting de rendre glamour la cocaïne», s'agace Billie Piper. «Prétendre que Journal Intime d'une Call Girl rend glamour la prostitution, c'est comme dire qu'Harrods rend glamour le fait de faire ses courses, s'amuse, pour la soutenir, Rowan Pelling, journaliste et romancière érotique. Dans le sexe, comme dans n'importe quel autre domaine, il existe un marché du luxe, et je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas en faire une série télé.»
Ultime argument de la défense, Journal Intime d'une Call Girl est inspiré d'une histoire vraie, d'un cas unique, on aurait donc tort de condamner la série pour sa peinture de toute une population. «Belle de Jour a choisi une vie, celle de call girl. La série la montre telle qu'elle est, conclue Billie Piper. Qui sommes-nous pour lui dire qu'elle a tort ? Chacun est libre de faire ce qu'il entend de son corps.» «Je ne nie pas l'importance du libre arbitre de chacun, mais dans le cas de la prostitution, nous avons un devoir d'ingérence, riposte Jean-Sébastien Mallet. L'argument qui veut que chacun est libre de faire ce qu'il veut de son corps ne tient pas la route. Il faut parfois opposer aux libertés individuelles une vision éthique de l'existence.»
En Colombie, des ONG, en travaillant avec les producteurs et les chaînes, ont réussi à influer sur l'écriture des soaps locaux, très suivis, pour éduquer les téléspectateurs aux risques de la prostitution. Bien écrit, impeccablement interprété, drôle et vivant, le Journal Intime d'une Call Girl préfère s'en tenir à sa ligne, celle d'une pure distraction, d'un spectacle libre de toutes considérations morales.
Pierre Langlais
* Sur Téva, saison 2 à partir du 25 avril, tous les samedi à 23h15.
Mis à jour le 24/11/2009 à 16h30










































"Chacun est libre de faire ce qu'il veut de son corps."
Une télé putassière est libre de faire une série à la gloire des putes.
Et Slate.fr est libre de faire la promotion de la série à la gloire des putes de la télé putassière.
Des titres comme ça, c'est peut-être tendance, mais c'est une honte, quand on s'informe sur la misère, l'exploitation, les vices et la violence subies par tant de jeunes femmes perdues.
Bonjour, avant de proposer un commentaire aussi péremptoire le mieux serait de lire l'article qui considère que donner une telle vision de la prostitution dans une série télévisée est indéfendable et dangereux
Je pense que cet article propose aussi bien le point de vue de ceux qui condamnent cette série et son regard sur la prostitution (dont une association française reconnue compétente en la matière) que ceux qui la défendent. Son titre n'a pour but que de lancer le débat comme il l'a été outre-Manche. C'est, justement, un titre polémique, avec un "?" qui, semble-t-il, vous a échappé.
Il est totalement faux de dire qu'on est libre de faire ce qu'on veut de son corps. il y a justement le principe de l'indisponibilité du corps humain. Ainsi, l'article 16-1 du code civile dispose notamment que Le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l'objet d'un droit patrimonial. l'article 16-5 pour sa part, indique Les conventions ayant pour effet de conférer une valeur patrimoniale au corps humain, à ses éléments ou à ses produits sont nulles. ou encore l'article 16-7 Toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d'autrui est nulle.
Le principe d'indisponibilité du corps vaut pour le commerce du sang ou des organes (droit patrimonial). Il ne vaut pas pour ce que l'on fait de son corps. Ce principe ne s'applique pas à celui qui use son dos dans un travail de force, celui qui perçoit une prime de risque car le travail qu'il effectue est dangereux pour son corps. Respirer des vapeurs plus ou moins toxiques dans une usine peut être aussi dangereux que d'échanger du sexe contre de l'argent. Tout cela dépend des conditions dans lesquelles cela se fait. Le droit ne regle pas (encore ?) ces questions.
Qu'il est difficile d'aborder le sujet de la prostitution dans une société judéo-chrétienne !
Votre article essaie bien de différencier la prostitution de rue, de bar ou boîtes de nuit, à bas prix et sous la houlette de messieurs violents avides d'argent facile et la prostitution de luxe.
Notre société aborde aujourd'hui le sexe de manière décomplexée parait-il mais reste curieuse, voyeuse devant ce phénomène aussi vieux que le monde. Malgré les sexes toys, les films et les salons érotiques, les clubs échangistes, il est de bon ton de rejeter la prostitution voulue et assumée tant pour la femme que pour l'homme.
Pourtant ces femmes, jeunes et appétissantes comme "toute marchandise" et cultivées ont compris que l'homme sera toujours corruptible et sensible à un environnement douillet. Nos arrières arrières grands parents l'avaient bien compris : la "cocotte" était le signe extérieur de richesse, le divertissement de Monsieur qui jamais n'aurait mis sa famille en danger pour elle.
L'intelligence de ces femmes est d'avoir compris tout cela, de l'exploiter pour s'enrichir facilement.
Elles sont amorales, cupides et manipulatrices (dans tous les sens du terme) mais trouvent les clients.
Donc, cessons cette hypocrisie de faire croire que la prostitution n'est que souffrance et contrainte. Elle est aussi choix, argent, luxe pour les plus belles, les plus intelligentes et entreprenantes.
Reste qu'un jour, elles auront à se retirer soit dans le célibat soit pour créer une famille. Alors là, oui, comment admettre d'aimer une femme qui a fait ce métier ? Comment vivre après cela avec compagnons et peut être enfants ? se regarder dans une glace ?
Dans quel état est le corps après tant de rencontres ?
Dans ce questionnement, le bilan d'une telle vie peut inciter des jeunes femmes à éviter la prostitution ou alors la choisir.
Dans ce contexte, un livre, un film sympathique ne peuvent que se révéler comme des pièges dans une société schizophrène qui vit sexe, parle sexe mais condamne depuis 1 siècle le sexe plaisir pour l'homme.
Le sujet est intéressant, mais je ne comprend pas vraiment pourquoi il provoque autant d'émotion... En fait, si, je le comprends parfaitement, mais je pense pour ma part que ces commentaires acerbes sur une telle série n'ont pas vraiment lieu d'être.
Que l'on soit opposé à la prostitution forcée (à quelque degré que ce soit), qu'on lutte contre l'exploitation de femmes fragiles (financièrement, psychologiquement, émotionnellement, ou tout ce que vous voudrez), c'est une chose que je comprend parfaitement et avec laquelle je suis même totalement en accord.
Que l'on ne veuille pas comprendre, par contre, que des femmes puissent choisir d'user de leurs atouts (beauté, intelligence, culture, etc.) pour profiter de la faiblesse des hommes et en tirer profit dans le cadre d'une prostitution qui n'a rien à voir avec le quotidien de 99% des "putes", j'ai du mal à le comprendre. Ces femmes ont des atouts, elles choisissent de louer leur corps pour en retirer beaucoup d'argent, en y prenant un certain plaisir, et surtout sans être contraintes. C'est une situation que je comprend et que je peux accepter. Il faut dire que ces filles, souvent diplômées, gagnent grâce à leur corps beaucoup plus d'argent qu'elles ne pourraient en espérer dans un travail plus "classique".
Je ne suis pas client de prostituées, ni même prostitué moi-même d'ailleurs (lol), mais j'ai déjà eu l'occasion de discuter de ce sujet avec des "call-girls de luxe" (sur internet surtout, un peu par hasard d'ailleurs, mais j'ai trouvé le sujet intéressant) et je dois dire que la série semble assez réaliste et en tout cas assez conforme à ce que j'ai pu lire ou entendre. Je n'en suis toutefois pas un fervent téléspectateur, mais les quelques passages que j'ai vu ne m'ont pas particulièrement choqué. J'imagine toutefois que les situations y sont présentées de façon un peu plus glamour encore que dans la réalité.
Bien entendu, si on doit considérer que cette série n'a pas lieu d'être, ou même est choquante, parce qu'elle "glamourise" un métier pas du tout glamour, en ne visant que les rares cas de filles ayant choisi ce métier, et par les 99% de cas difficiles, alors le débat est biaisé. Car cela revient à dire que l'on ne peut pas faire une série sur une minorité, mais seulement sur la majorité. Au motif quelque peu fallacieux je pense que cette série pourrait s'avérer dangereuse pour cette majorité.
Dans ce cas, pourquoi ne pas interdire toutes les séries qui s'éloignent de la norme. Par exemple, une série comme Nip Tuck ne pourrait-elle pas être considérée comme faisant l'apologie de la chirurgie esthétique, créant ainsi un "danger" pour une partie importante de la population. Et on pourrait trouver bien d'autres exemples...
La drogue, entre autres, a fait exploser le paysage de la prostitution. Les proxénètes sont devenus dealers. La prostitution " débonnaire" à la Irma-laDouce n'est plus qu'un souvenir. Seul progrès possible, relégaliser officiellement les maisons closes. Marthe Richard, vers la fin de sa vie, a reconnu qu'elle avait fait fausse route. Les prostituées remplissent un service social. Protégeons - les de toutes formes d'esclavages. Impots, Sécu, aides à la reconversion, retraite, mais oui ! Celles qui choisiront la marginalité prendront leurs responsabilités, leurs risques. Le jeu est clair.
la série télé, son propos, clairement décrit : celui d'une call girl de luxe, indépendante, chez elle et qui filtre, n'ayant aucun rapport avec les histoires de la rue, les madames claudes, les réseaux de traites d'esclaves et les maquereaux, je ne vois pas le problème avec la série télé.
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Je ne vois pas le rapport avec les "novelas". Bien des Novelas, au succés énorme, se veulent "réaliste", la "vie", forcément, il peut être intéressant d'éviter qu'elles racontent n'importe quoi. On pourrait les comparer à "plus belle la vie". On n'est pas sur le même plan que cette série ou Allie McBeal ou Lost ou autre fiction.
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Il existe de nombreuses séries qui "glamourisent" des sujets scabreux. Votre moralité ne se choque que de celle là, parce que vous avez une moralité plutôt large. Moi, j'ai été choqué par beaucoup de séries qui se veulent comiques pour des points qu'on n'imagine pas à priori. Je me fais une raison, car je n'aimerais pas tout interdire. (un exemple au hasard "marié 2 enfants", série hilarante, va très loin, sur des sujets à priori pas.. drôle. "6 feet under", série de grande qualité, fondamentalement sarcastique/caustique, sur un sujet qui dérange beaucoup. ).
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pour le reste :
"L'argument qui veut que chacun est libre de faire ce qu'il veut de son corps ne tient pas la route. Il faut parfois opposer aux libertés individuelles une vision éthique de l'existence."
Un tel discours me permettra de justifier des atteintes totalitaires à la libertés des jeunes que vous n'imaginez pas.
Ne mettez pas de telles idées dans la tête des gens.
Il ne faudrait JAMAIS au simple nom d'une Ethique, Moralité, Religion ou Philosophie, s'opposer aux libertés individuelles.
Sinon je vous imposerai beaucoup d'interdits sur votre propre corps au nom du bouddhisme.
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On restreint les libertés dans le cadre de Loi, pour un but pratique, pour la protection d'autrui. La loi ne doit pas être décidée par une éthique.
Ainsi, le terme de "loi bio-éthique" est fâcheux.
A quand une formation universitaire pour ce "nouveau"
plus vieux job du monde ? Une filière professionnelle
ne doit-elle pas se structurer ? Une option au bac ?
Encore un peu de pub et il ya aura la queue pour s'incrire !
En temps de crise, avec les mutations de la société,
le développement des services à la personne
est un des axes les plus encouragés.
Il y a même un statut (autoentrepreneur)
récemment adapté à ce genre d'activité.
Polemployeusement.