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Que risque-t-on à faire l'amour dans un avion?

Brian Palmer

Et comment est censé réagir l'équipage de bord?

Un avion au-dessus de Brasilia, le 8 septembre 2011. REUTERS/Ueslei Marcelino

Un avion au-dessus de Brasilia, le 8 septembre 2011. REUTERS/Ueslei Marcelino

Un couple qui passait un peu trop de temps à «s'envoyer en l'air» dans les toilettes d’un avion Frontier Airlines a déclenché une alerte de sécurité le jour du 10e anniversaire des attentats du 11-Septembre.

Quand des passagers ont signalé qu’ils s’attardaient dans les toilettes curieusement longtemps, l’équipage a alerté le capitaine et les autorités ont envoyé deux bombardiers pour escorter l’avion jusqu’à Detroit. En temps normal, quand faire appel à une escorte militaire est considéré un doigt excessif, que sont supposés faire les membres d’équipage face à un couple qui tente de rejoindre le mile-high club [le club de ceux qui s’envoient en l’air en altitude]?

Ils sont censés frapper à la porte, s’enquérir poliment de la situation, et s’introduire si c’est nécessaire. Les compagnies aériennes ne prévoient pas de consigne particulière lors de la formation des équipages, mais de nos jours, peu d’hôtesses ou de stewards tolèrent les galipettes à bord. Ils interdisent à des adultes non-handicapés d’entrer à plusieurs dans les toilettes.

Toquer avant de paniquer

Si les passagers qui font la queue suggèrent qu’il est peut-être en train de se passer quelque chose d’inconvenant au petit coin, l’hôtesse doit toquer à la porte et demander si tout va bien. Si elle n’obtient pas de réponse, elle a les moyens de déverrouiller et d’ouvrir la porte des toilettes (le cafouillage du 11 septembre dernier est inhabituel car les hôtesses ont pour habitude d’ouvrir les toilettes et de les vérifier avant de prévenir le capitaine d’une alerte de sécurité).

Certains passagers excités ne se donnent même pas la peine d’aller jusqu’aux toilettes, ce qui oblige les hôtesses à leur tapoter l’épaule et à leur demander de cesser de jouer à la bête à deux dos sur leurs sièges.

Il existe une exception flagrante à ce protocole. Richard Branson, président de Virgin Atlantic, assure que ses employés ne sont pas du genre à «taper dans la porte quand un couple se glisse aux toilettes». La compagnie aérienne a même été jusqu’à installer dans certains avions des lits doubles munis de rideaux, pour «un vol plus intime».

Mais les bouffonneries de Branson lui ont attiré des ennuis. Les critiques l'ont taxé de sexisme, et les membres d’équipages américains l’accusent de se soucier davantage de son image de marque que d’arrêter des terroristes susceptibles d’assembler une bombe dans les toilettes.

Légendes urbaines du mile-high club

L’attitude de Branson nous ramène aux années 1960 et 1970, quand non seulement les hôtesses regardaient volontiers ailleurs, mais qu’elles allaient parfois jusqu’à en rire avec les passagers post-coïtus. Une légende qui circule chez les membres d’équipage raconte que les hôtesses félicitaient parfois les couples sortant des toilettes en leur offrant un verre de champagne et une cigarette pour les féliciter de leur entrée au mile-high club.

Si on n’en est plus à ce niveau de tolérance, il est vrai que les hôtesses sont restées relativement permissives pendant plusieurs décennies. Les passagers d’humeur trop coquine pouvaient parfois se voir refuser de l’alcool mais avaient rarement à affronter des conséquences plus graves. Dans un récit datant de 1999, Elliott Neal Hester, un steward, explique que «La plupart de mes collègues... tolèrent et même rient de l’audace de certains passagers. Tant que cela ne mène pas à des débordements».

La panique sécuritaire qui a suivi les attentats du 11-Septembre semble avoir forcé le high mile club à entrer en clandestinité. À présent, les hôtesses interrompent presque systématiquement les rendez-vous galants aux toilettes ou les romances côté hublot.

Les candidats à la fornication aérienne n’ont pas à redouter de poursuites judiciaires tant qu’ils arrêtent quand on le leur demande. (En revanche, ils feraient bien de se faire du souci pour leur santé. Le magazine Health recense les toilettes d’avion parmi les 12 endroits les plus infestés de microbes que l’on est susceptible de fréquenter dans une journée).

Seule une poignée de passagers pris en flagrant délit de fornication en plein vol a été livrée à la police. En septembre 2006, Carl Persing et Dawn Sewell ont ignoré plusieurs demandes d’arrêter de se livrer à des pratiques sexuelles orales en cabine. Selon une déclaration officielle du FBI, Persing «a été vu le visage collé sur la zone vaginale de Sewell. Sewell souriait».

Le couple s’était mal conduit après qu’on leur avait refusé de l’alcool, et Persing avait promis à une hôtesse de l’air qu’il ne «se tiendrait pas tranquille». En 1999, un couple britannique a été poursuivi après s’être enivré en classe affaires d’un vol American Airlines et avoir ignoré les requêtes d’arrêter de se tripoter. Mais le plus souvent, le sexe en avion reste impuni.

Brian Palmer

Traduit par Bérengère Viennot

L’Explication remercie Jaclyn Dumonceaux de la Travel Academy, Veda Shook de l’Association of Flight Attendants et Kelly Skyles de l’Association of Professional Flight Attendants.

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