Monde

La tragédie du Sri Lanka

Françoise Chipaux, mis à jour le 11.05.2009 à 9 h 07

Qui écrira jamais la tragédie des tamouls du Sri Lanka pris en otages des derniers combats que se livrent sur une étroite bande de terre au bord de l'océan, l'armée sri lankaise et ce qui reste des Tigres tamouls du LTTE (Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul).

Par dizaines de milliers, harassés, hébétés, certains blessés, portant qui un enfant, qui un vieillard sur ses épaules, les tamouls fuient comme ils peuvent. Plus de 100 000 ont quitté la soi disant zone neutre où serait réfugié l'état-major du LTTE ces quatre derniers jours et plus de 10 000 dont près de 5 000 blessés ont été évacués par voie maritime par le Comité International de la Croix Rouge. Cet exode massif laisse encore entre 15 et 20 000 personnes à la merci des combats qui se déroulent selon les sources gouvernementales dans un périmètre de plus en plus restreint. Au moins 6 500 civils auraient selon un document de l'ONU été tués et 14 000 blessés ces trois derniers mois. L'armée n'annonce plus  ses pertes mais selon des sources militaires celles-ci se comptent par milliers.

Les appels aux cessez le feu de l'Onu laisse sourd le gouvernement qui voit poindre une victoire militaire à un conflit vieux de trente ans et qui a fait plus de 70 000 morts alors que de son côté le LTTE refuse tout appel à la reddition. Le gouvernement se sait dans cette lutte soutenue par l'immense majorité de la population cinghalaise (74% de la population principalement bouddhiste). L'armée qui il y a quelques années avait un problème de désertions a maintenant trop de recrues.

D'autre part les Tigres tamouls qui se battent depuis 1983 pour une patrie indépendante pour la minorité tamoule de l'île ont toujours profité des périodes de cessez le feu pour se renforcer et le gouvernement ne veut cette fois prendre aucun risque.

Depuis la recrudescence des combats et l'anéantissement progressif du LTTE, le gouvernement accuse non sans raison les Tigres d'utiliser les civils sous leurs contrôle comme boucliers humains. De son côté et par crainte d'infiltrations de combattants, il garde les tamouls dans des camps qui s'apparentent à des camps de détention.

Quasiment depuis son origine, le conflit qui oppose l'armée sri lankaise composée dans son immense majorité de soldats cinghalais aux tigres du LTTE qui prétendent se battre au nom de la minorité tamoule (18% de la population, hindous ou chrétiens) se déroule sans témoins. L'accès aux zones de guerre a été restreint par les deux parties qui se sont livrées chacune à de graves abus quant au respect des Droits de l'Homme.

Guérilla dirigée sans partage et d'une main de fer par Velupillai Prabhakaran, le LTTE qui possédait une armée, une marine et quelques avions légers n'a jamais montré la moindre considération pour les Droits de l'Homme et s'est distingué très vite en institutionnalisant les commando suicides -les tigres noirs- comme moyen opérationnel et en envoyant des milliers d'enfants soldats en première ligne.

Dans sa lutte contre le LTTE, le gouvernement a de son côté trop souvent assimilé tout tamoul à un combattant potentiel condamnant la communauté pour les actions du LTTE.

L'indignation de la diaspora tamoule et les manifestations qu'elle organise dans les différentes capitales internationales pour forcer un cessez le feu sonneraient plus juste si celle-ci n'avait pas largement contribué par ses dons financiers à l'entretien et au développement des capacités militaires du LTTE sans jamais s'interroger sur le comportement de la guérilla. Alors qu'une victoire militaire se dessine pour le gouvernement, les tamouls dont les voix modératrices auraient pu être utiles à la recherche d'une solution politique ont tous été tués par le LTTE qui se voulait le seul représentant d'une communauté qui mérite le droit de choisir ses représentants.

La victoire des armes restera toutefois pour le gouvernement inutile si celle-ci n'est pas très vite suivie par l'ébauche d'une solution politique de nature à convaincre les tamouls du Sri Lanka qu'ils sont des citoyens à part égales avec les cinghalais et les musulmans (7% de la population). Au delà de l'aide annoncée pour alléger les souffrances immédiates de la communauté tamoule, le besoin de l'heure est de convaincre les faucons du gouvernement qui seront galvanisés par leur victoire de la nécessité d'élaborer un nouveau partage de pouvoir qui satisfasse toutes les communautés.

Françoise Chipaux

Photo: Des réfugiés fuyant la zone des combats  STR New / Reuters

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