La tragédie du Sri Lanka
- Des réfugiés fuyant la zone des combats STR New / Reuters -
Qui écrira jamais la tragédie des tamouls du Sri Lanka pris en otages des derniers combats que se livrent sur une étroite bande de terre au bord de l'océan, l'armée sri lankaise et ce qui reste des Tigres tamouls du LTTE (Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul).
Par dizaines de milliers, harassés, hébétés, certains blessés, portant qui un enfant, qui un vieillard sur ses épaules, les tamouls fuient comme ils peuvent. Plus de 100 000 ont quitté la soi disant zone neutre où serait réfugié l'état-major du LTTE ces quatre derniers jours et plus de 10 000 dont près de 5 000 blessés ont été évacués par voie maritime par le Comité International de la Croix Rouge. Cet exode massif laisse encore entre 15 et 20 000 personnes à la merci des combats qui se déroulent selon les sources gouvernementales dans un périmètre de plus en plus restreint. Au moins 6 500 civils auraient selon un document de l'ONU été tués et 14 000 blessés ces trois derniers mois. L'armée n'annonce plus ses pertes mais selon des sources militaires celles-ci se comptent par milliers.
Les appels aux cessez le feu de l'Onu laisse sourd le gouvernement qui voit poindre une victoire militaire à un conflit vieux de trente ans et qui a fait plus de 70 000 morts alors que de son côté le LTTE refuse tout appel à la reddition. Le gouvernement se sait dans cette lutte soutenue par l'immense majorité de la population cinghalaise (74% de la population principalement bouddhiste). L'armée qui il y a quelques années avait un problème de désertions a maintenant trop de recrues.
D'autre part les Tigres tamouls qui se battent depuis 1983 pour une patrie indépendante pour la minorité tamoule de l'île ont toujours profité des périodes de cessez le feu pour se renforcer et le gouvernement ne veut cette fois prendre aucun risque.
Depuis la recrudescence des combats et l'anéantissement progressif du LTTE, le gouvernement accuse non sans raison les Tigres d'utiliser les civils sous leurs contrôle comme boucliers humains. De son côté et par crainte d'infiltrations de combattants, il garde les tamouls dans des camps qui s'apparentent à des camps de détention.
Quasiment depuis son origine, le conflit qui oppose l'armée sri lankaise composée dans son immense majorité de soldats cinghalais aux tigres du LTTE qui prétendent se battre au nom de la minorité tamoule (18% de la population, hindous ou chrétiens) se déroule sans témoins. L'accès aux zones de guerre a été restreint par les deux parties qui se sont livrées chacune à de graves abus quant au respect des Droits de l'Homme.
Guérilla dirigée sans partage et d'une main de fer par Velupillai Prabhakaran, le LTTE qui possédait une armée, une marine et quelques avions légers n'a jamais montré la moindre considération pour les Droits de l'Homme et s'est distingué très vite en institutionnalisant les commando suicides -les tigres noirs- comme moyen opérationnel et en envoyant des milliers d'enfants soldats en première ligne.
Dans sa lutte contre le LTTE, le gouvernement a de son côté trop souvent assimilé tout tamoul à un combattant potentiel condamnant la communauté pour les actions du LTTE.
L'indignation de la diaspora tamoule et les manifestations qu'elle organise dans les différentes capitales internationales pour forcer un cessez le feu sonneraient plus juste si celle-ci n'avait pas largement contribué par ses dons financiers à l'entretien et au développement des capacités militaires du LTTE sans jamais s'interroger sur le comportement de la guérilla. Alors qu'une victoire militaire se dessine pour le gouvernement, les tamouls dont les voix modératrices auraient pu être utiles à la recherche d'une solution politique ont tous été tués par le LTTE qui se voulait le seul représentant d'une communauté qui mérite le droit de choisir ses représentants.
La victoire des armes restera toutefois pour le gouvernement inutile si celle-ci n'est pas très vite suivie par l'ébauche d'une solution politique de nature à convaincre les tamouls du Sri Lanka qu'ils sont des citoyens à part égales avec les cinghalais et les musulmans (7% de la population). Au delà de l'aide annoncée pour alléger les souffrances immédiates de la communauté tamoule, le besoin de l'heure est de convaincre les faucons du gouvernement qui seront galvanisés par leur victoire de la nécessité d'élaborer un nouveau partage de pouvoir qui satisfasse toutes les communautés.
Françoise Chipaux
Photo: Des réfugiés fuyant la zone des combats STR New / Reuters
Mis à jour le 11/05/2009 à 9h07












































Profitant de ses succès militaires contre les séparatistes tamouls, le président a renforcé son emprise politique sur le pays. Pour beaucoup d'observateurs, ses méthodes autocratiques ne présagent rien de bon.
http://is.gd/nzHR
Courrier International n°954 - février 2009
Peu nous importe en fait les origines politiques de ce conflit, peu nous importe les dizaines de milliers de morts, de déplacés, de civils massacrés, d'enfants, de jeunes, de vieux, de femmes, tous condamnés, peu nous importe qu'ils s'entretuent...
Il y aurait du pétrole au Sri Lanka, pas que je sache;
Y aurait-il présence de matières premières vitales, à priori, non!
Le Sri Lanka serait-il position géographique stratégique ? non,
Des gisements de diamants ou d'or à foison ? que nenni,
Bref, le Sri Lanka, tout le monde s'en fout !
Que fait l'ONU ? Elle constate. Que font les grandes ONG, elles condamnent. Que font les grandes puissances, elles regardent...
Le Sri Lanka, vital pour la stabilité du monde, encore moins. En clair, le Sri Lanka n'est pas un enjeu politique suffisamment important pour que le reste de la communauté internationale s'en préoccupe et intervienne. Donc, qu'ils continuent à s'entretuer, qu'ils meurent, tout le monde s'en fout !
Sur ce, cordialement et bon dimanche,
felicitation pour votre article, bien construit et balance, evitant les surencheres pseudo-humanitaires
Je voudrais preciser quelques points:
- desole pour le CourrierInternationnal, je n'ai pas eu acces a l'article, mais il semble prendre pour cible la famille Rajapaske et repeter le leitmotiv du leader de l'opposition UNP. Ca demande une analyse un peu longue, je vais abreger un peu. En 2002 l'UNP a gagne les elections parlementaires mais pas la presidence. Le leader de l'UNP, Ranil Wickremasinghe a guide par les peace makers norvegien et cherchant a s'appuyer sur la communaute internationnale, signe avec le LTTE un cessez-le feu(CFA) donnant la part trop belle au LTTE entre autre 30 % du pays, 60% des cotes.
les pourparlers de paix ont ete rompu par le LTTE assez vite (2003) qui a viole le CFA 3500 fois quand le gouvernement de Ranil le violait 160 fois. Ca n'a pas surpris grand monde ici.
On comprend facilement que la majorite Sinhala (74 %) est lache l'UNP. Mahinda Rajapakse a ete elu, aide aussi par la consigne imperative impose aux tamils du Nord et Est par le LTTE.
Rajapakse a ete elu en Novembre 2005 sur des promesses de developpement et sur la promesse de renegocier le CFA.
- depuis l'UNP et son leader ont perdu 15 elections, la derniere en date; Samedi 25 Avril 2009, celle de la Western Province ( Colombo) fief traditionnel de l'UNP .
- l'engrenage de la guerre Eelam IV etait annonce des Novembre 2004 par Prabhakaran, retarde par le tsunami du 26 Decembre 2004 ou leurs bases de l'Est avaient ete balayees par la catastrophe. Mais redemarer avant meme l'election de Rajapakse.
- la defection du leader LTTE Karuna a affaibli le LTTE, mais la fausse paix du CFA, malgres des gains theoriques, territoriaux et politiques a oblige le LTTE a se comporter en force conventionnelle. Rassurez-vous sans abandonner le terrorisme. Et la apres avoir declencher la guerre le LTTE n'a tout simplement pas fait le poids.
- la question bien sur est pourquoi un tel manque de realisme de la part de Prabhakaran, leader intelligent et cynique ? Mon point de vue et je ne suis pas le seul, et c'est ce qui rendait tant de gens sceptiques sur les chances d'aboutir a une paix, c'est que c'etait une question de survie physique pour Prabhakaran et son staff. Sans un territoire arme, police, par le LTTE de nombreux tamils ( dont Karuna qui a eut un de ses freres tue par le LTTE) auraient voulu le tuer, plus des Indiens de Tamil Nadu et d'ailleurs, plus les Sinhala et quelques autres.
- et cette logique de survie personnelle a tout prix et bien ce qui a cree cette gigantesque catastrophe, une de plus pour les civils tamils.
Les appels des Nations Unies, Hilary Clinton, Gordon Brown, etc... a la suite des sempiternelles condamnations des attentats LTTE couronnees par des appels a la reprise du processus de paix par les 2 parties sont frappes de la meme derision. En ne prenant pas clairement partie pour un gouvernement legalement elu contre une guerilla terroriste, en acceptant Prabhakaran comme seul representant des communautes tamiles, et elle sont au moins 4, tres diverses d'origine et d'aspiration, la communaute internationnale a suivi les mots d'ordre des organisations pro-LTTE de la diaspora, nourries par des rapports peu verifiables des ONG dont pour beaucoup le role est plus que douteux.
La tragedie touche a sa fin. La France, l'Angleterre, le Canada, les USA, l'Australie et d'autres ne peuvent dicter la fin du scenario mais ils auront a amener un peu de raison dans leurs communautes tamils.
Et accorder un peu de credit au president elu du Sri Lanka. Je pense qu'il sait tres bien ou il veut amener son pays.