Life

Conducteurs alcooliques, votre fin est proche!

Hugues Serraf, mis à jour le 26.09.2011 à 6 h 59

Avec l’introduction des éthylotest anti-démarrage obligatoires, il faudra vraiment choisir entre boire ou conduire. Mais pas tout de suite…

Drunk / petercastleton via FlickrCC License by

Drunk / petercastleton via FlickrCC License by

» Vroum! Retrouvez toutes les chroniques auto d'Hugues Serraf

Avis aux amateurs de conduite sous l’emprise de boissons alcoolisées: en vertu du décret n° 2011-1048 du 5 septembre 2011 publié le 8 septembre et complétant la fameuse LOPPSI II du 14 mars 2011nemo censetur legem ignorare»), tout conducteur déjà condamné pour avoir pris le volant bourré devra désormais circuler dans une auto équipée d’un «éthylotest anti-démarrage» (EAD).

Un bidule dans lequel on souffle et qui autorise ou pas la voiture à démarrer, quoi…

C’est une bonne idée, l’alcool étant l’une des deux causes majeures, avec la vitesse, de mortalité routière. C’est une tellement bonne idée, en fait, que les autocars transportant des enfants sont d’ores et déjà soumis à une obligation similaire.

On ne sait toutefois pas encore combien de petites vies ont été sauvées grâce à cette mesure, puisqu’elle ne date que de janvier dernier et ne concerne que les véhicules acquis depuis lors. Pour autant, les parents qui se débarrassent de leurs gosses l’été en les envoyant en colo (c’est mon cas) apprécient l’attention.

Ben oui, si on les envoie en colo, c’est pour s’en débarrasser temporairement, pas définitivement enfin!

Une voiture avec un EAD? Vous rigolez?

Dans le cas des conducteurs de voitures particulières, il y a tout de même un léger hic (si j’ose dire à propos de nos concitoyens gros buveurs): les voitures équipées d’un tel dispositif, ça n’existe tout simplement pas sur le marché français. On en recense bien une poignée en Suède ou en Australie, pays où l’on prend la sécurité routière aussi sérieusement que l’entretien de sa cirrhose mais, en France, pas la queue d’un modèle fourni avec un EAD…

La preuve par l’exemple :

― Allô monsieur Volvo [concessionnaire à Marseille], avez-vous des voitures équipées d’EAD en série? Ou peut-être le proposez-vous en option?

― Hum, attendez-voir… Je crois que ça existe sur certaines S80, mais c’est bien la première fois qu’on me demande un truc pareil… Je vérifie dans mon ordi… Ah ben non, on n’a pas ça. On l’aura un jour, c’est écrit là, mais autrement, non, y a pas…

― Merci monsieur Volvo!

― Allô monsieur Renault [concessionnaire à Paris], avez-vous des modèles équipés d’EAD en série, ou proposez-vous ça en option?

― EAD? C’est quoi donc?

― Oh c’est un truc qui vient juste d’être rendu obligatoire pour les conducteurs alcooliques…

― Ah ben non, on n’a pas ça et je ne crois pas avoir entendu parler d’une marque qui en proposerait. Mais essayez-les constructeurs suédois comme Volvo: qui sait, ils sont très branchés sécurité ces gens-là…

― Euh, oui… Merci monsieur Renault !

1.400 euros pour les gentils, 1.280 pour les méchants

Pierre Mercier-Guyon, qui n’est pas suédois mais responsable des services techniques chez Alcolock France (OK, il pourrait être l’un et l’autre mais qu’est-ce que ça change, hein?), n’est pas surpris par cette carence chez les concessionnaires. Son entreprise fabrique en effet le must de l’EAD et en propose elle-même l’installation sur des véhicules existants via un réseau de professionnels agréés:

«En fait, il est trop tôt pour que ces matériels soient présents en série, même si ça commence à se voir sur du très haut-de-gamme. Si un automobiliste est volontaire et a simplement envie de s’équiper à titre préventif, ça coûte 1.400 euros. C’est alors un système tout simple: vous soufflez dans l’embout, vous êtes en-dessous du seuil légal et vous démarrez. Dans le cas contraire, la voiture ne bouge pas…»

Ah, c’est un peu cher, mais ça n’est pas mal pour les gens qui, connaissant leurs faiblesses, prennent leurs responsabilités avant d’y être forcés par la loi. Mais comment les choses se passent-elles pour les déjà condamnés:

― Ah là c’est un peu moins cher: 1.280 euros

― Quoi, c’est moins cher pour les méchants que pour les gentils?

― Si on veut. En fait, les gens condamnés qui entrent dans le programme judiciaire permettant de reprendre le volant malgré une première condamnation pour conduite en état d’ébriété doivent aussi suivre des stages auprès d’organismes de prévention comme OGAM… C’est très encadré et très contrôlé. Ils peuvent même louer l’appareil pour une durée fixée par le juge et ça leur coûte alors 130 euros par mois…

― Très contrôlé, très contrôlé… Il va bien se trouver un hacker pour expliquer sur le Web comment trafiquer les données…

― Sur le Web, on trouve de tout. Mais l’idée, c’est que les données soient expédiées directement à la justice depuis le véhicule et qu’il n’y ait pas d’interventions extérieures possible…

― Comment ça, «l’idée»? La loi a été votée, les décrets d’application signés et il y a encore des doutes sur la manière dont les choses vont se faire?

― Bien sûr: le décret qui vient d’être signé, il dit juste ce que l’on va faire. Maintenant, il faut attendre le décret qui dit comment on va le faire et ça, c’est pas pour tout de suite…

Hum, c’est compliqué de faire avancer le schmilblick. Mais bon, c’est lancé, les jours des conducteurs alcoolos sont comptés et, si ça se trouve, d’ici à ce que le décret d’après le décret arrive, on aura aussi les voitures qui vont avec. Garçon, un demi!

Hugues Serraf

Hugues Serraf
Hugues Serraf (165 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte