Impossible n'est pas européen
La réponse d'Eric Le Boucher aux eurosceptiques.
- A Bruxelles, en août 2011. REUTERS/Francois Lenoir -
«On vous l'avait bien dit!» Les eurosceptiques retrouvent place à la tribune: la crise des dettes souveraines vient à l'appui de leur thèse d'une «impossibilité de l'euro». Ils redisent aujourd'hui haut et fort:
«Les pays de la zone euro ne constituent nullement une zone monétaire optimale. Les divergences affectant les taux de croissance, les rythmes d'inflation, la productivité du travail étaient trop importantes pour pouvoir s'accommoder d'une monnaie unique, sans intégration politique et fiscale, donc sans l'union de transferts honnie par les Allemands.»
Les marchés disent la même chose. Ils questionnent les gouvernements sur leur solidarité avec les Grecs ou les Portugais: les aidez-vous? Les aidez-vous assez pour qu'ils puissent honorer leurs créanciers? Et, depuis deux ans, la réponse des partenaires européens est insatisfaisante aux yeux des marchés qui, en clair, veulent un grand saut fédéral.
Tout tourne autour de cette «impossibilité»: l'euro ne peut fonctionner qu'avec du fédéralisme, mais les peuples, pas seulement les Allemands, refusent de céder de la souveraineté nationale. C'est l'impasse. La crise perdure et les eurosceptiques triomphent.
Est-ce vrai? Il faut noter que la victoire de ceux qui prédisent l'«éclatement inévitable» n'est pas acquise. La Grèce est toujours dans la zone euro et les responsables politiques disent être déterminés à ce qu'elle y reste.
Pas à pas, ils ont mis en place un dispositif à trois volets pour sauver la Grèce: une aide de deux fois 110 milliards d'euros (des prêts bonifiés), une coupe «volontaire» des dettes par les banques (pour éviter de devoir juridiquement parler de «défaut») de 21% et des mesures drastiques d'austérité.
Parallèlement, a été créé un mécanisme de sauvetage des pays endettés qui n'existait pas: le Fonds européen de stabilité financière qui va devenir permanent et sera renforcé, une fois voté par les Parlements des pays membres, singulièrement par le Bundestag, le 29 septembre. De son côté, la Banque centrale européenne a jeté aux orties son orthodoxie qui lui interdisait d'acheter des obligations d'Etat.
Ce que l'Europe s'interdisait
A chaque étape, l'Allemagne a rechigné, publié des textes annonçant qu'on courait au précipice, des responsables ont démissionné en cascade. Mais l'Allemagne a suivi.
Chemin faisant, l'Europe est désormais très loin de sa construction de départ, qui était appuyée sur trois interdits: pas de sauvetage d'un pays surendetté, pas d'union budgétaire, pas de défaut.
Le premier interdit a été renié ou, dit en termes plus diplomatiques, a été aménagé: il y a, non pas une aide, mais des prêts aidés.
Le deuxième est sur le point de l'être sous forme des eurobonds ou autres. Il faut que la Grèce trouve une spécialisation dans la zone euro qui lui assure une croissance et des emplois. C'est le point central. D'une façon ou d'une autre, il faut l'aider, l'austérité ne peut constituer la seule politique. Il s'agit d'un autre saut fédéral pas forcément immense.
J'admets que la solution n'est pas encore trouvée: en tout cas, il faudra que les salaires et les prix qui avaient trop monté dans les pays du Sud européen subissent une correction structurelle indispensable. La Grèce n'est pas seule concernée, tous les autres pays le sont, y compris la France, face à l'Allemagne.
S'il faut émettre un doute –en clair, dire que les eurosceptiques conservent un argument–, c'est bien celui de savoir si chaque pays de la zone euro peut trouver cette spécialisation et comment l'aider. Les eurosceptiques n'ont pas gagné, les europhiles conservent la main.
Quant au troisième interdit, le défaut, ce sont les événements qui commanderont. Les gouvernements préparent un plan d'un (vrai) défaut grec. Mais ils le laissent au réfrigérateur, en attendant le vote du Bundestag. Ensuite? On verra.
Les marchés qui sont convaincus que la Grèce ne pourra pas rembourser sa dette de 350 milliards (même réduite, coupée de 21%) repartiront à l'attaque. Dans ce cas, Jean-Claude Trichet, qui est celui qui a refusé d'aller au-delà du défaut «volontaire», devra avaler son chapeau. Mais la Grèce restera dans l'euro.
Cette crise des dettes souveraines s'étendra peut-être au Portugal, qu'il faudra «traiter» lui aussi. Ou à l'Italie, qui, trop grosse pour la seule Europe, nécessitera une alliance mondiale (une aide de la Fed?). Les Américains y ont intérêt.
La crise n'est pas finie. L'Union a montré une lenteur de réaction mais aussi une incroyable souplesse. Rien n'est joué: la zone euro refaite peut tenir. Impossible n'est pas européen.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Mis à jour le 17/09/2011 à 8h23
















































De la même manière, comment peut-on balancer froidement que la seule issue pour la Grèce est une sortie de l'Euro et un retour à la drachme immédiatement dévaluée massivement afin de favoriser les exportations et ré-enclencher la croissance ; seule question qu'ils omettent : quelles exportations ? car enfin, vous posez la bonne question, l'un des problèmes de la zone euro est l'absence de spécialisation des pays qui fait qu'au mieux ils se concurrencent entre eux, au pire ils organisent eux-même leur propre faillite.
Alors c'est vrai que votre article me paraît optimiste en particulier quand à l'évaluation de la volonté politique qui anime nos différents gouvernements. Ma lecture de la "crise grecque" est plutôt que ceux-ci ne font que réagir et qui plus est tardivement ce qui a pour effet d'attiser la méfiance des marchés.
Mais j'espère que vous avez raison et que la zone Euro sortira de la zone de turbulence, avec la Grèce à bord bien entendu.
Une autre est la marine marchande qui, elle aussi, assure 35% du PIB. Lors des négociations pour l'entrée de la Grèce dans l'UE, on a accordé à la Grèce une longue période d'exclusivité marine dans les eaux territoriales grecques. Cette exclusivité est maintenant périmée et l'énorme flotte grecque est en concurrence directe avec les Panama de ce monde.
Je suis un europhile convaincu et je pense comme ELB en tout ce qui concerne l'avancement de ce grand projet.
Mais, vivant en Grèce, je vois que l'entrée de ce pays dans l'Euro zone a été une erreur. Pour deux raisons très différentes l'une de l'autre.
Tout d'abord l'Euro a rendu la Grèce peu compétitive par rapport à ses voisins qui ont leurs monnaies faibles. Sans vouloir donner raison à des eurosceptiques, le fait est que des pays comme la Turquie et la Croatie ont un avantage monétaire considérable en ce qui concerne le tourisme.
Quand on n'est pas riche il faut pas faire semblant et fréquenter les clubs des riches.
La deuxième raison est aussi la conséquence de l'Euro mais pour des raisons moins respectables. La Grèce a bien profité des avantages financiers de l'Euro, notamment l'emprunt moins cher. Elle a emprunté trop – comme nous savons. Elle a été comme un fils à papa à qui les banques ne pouvaient pas – ou ne voulaient pas – dire non.
Si c'est argent avait été investi intelligemment le résultat aurait pu être agréable. C'est loin d'être le cas. J'ai assisté, par exemple, sur mon île à une quintuple-ment du nombre de voitures. J'ai un ami qui en a cinq...!
Pire, je conte sur mon île au moins 4 projets de BTP pour une valeur que j'estime à au moins 100M €. Pas forcément une mauvaise chose en soi, ces projets, sauf qu'aucun n'a abouti. L'argent nécessaire a du être détourné par les politiciens de sorte que les entrepreneurs et leurs amis politiciens ont plein les poches et les gens de l'île n'ont rien vu venir!
Mon île ne représente qu'environ 1% du PIB grec. 100M€ de projets non aboutis pour 1% de la population grecque - faites le calcul!
Les 'indignés' grecs ont raison d'en vouloir à leur politiciens et aux nantis, même si un trop grand nombre parmi eux, surtout les fonctionnaires, ont profité eux aussi sans dire un mot à la largesse de l'état.
Mais si je parle de la Grèce ainsi c'est pour apporter, peut-être paradoxalement, mon soutient au projet européen et à l'Euro. Ce n'était pas ces institutions qui ont fait défaut, ce sont ceux qui les ont abusés.
Les Grecs les ont abusés trop et vont en souffrir pendant au moins 10 ans.
Mais elles consomment la même pétrole que les nôtres - achètée avec une Euro fort....
Une autre spécialité qu'ont les Grecs et qui manque au nord de l'Europe est le soleil. Nous en avons à vendre.
Les Grecs commencent enfin à y penser pour générer de l'électricité à grande échelle. Je pleure quand je pense que l'agent spoilié sur des projets inutiles ou inachevés auraient pu être investi dans la photo-électricité.
Idem pour le vent qui souffle à 5 beauforts dehors pendant que je vous écrive ceci!
La BCE se met a imprimer des billets, l'Euro se devalue, l'epargne se devalue, le poids de la dette aussi (en tout cas la partie indexee a l'Euro). Les riches sont les grands perdants, les pays rigoureux paient plus chers que les pays les moins rigoureux. Ce n'est pas juste mais ca a le merite d'aplanir la situation. Et l'Europe continue de s'integrer.
ou
On sort de l'Euro, ce qui ne cree pas necessairement une crise comme tout le monde semble le penser. Le jour de l'annonce de la sortie de la Grece, l'Euro va monter plutot que descendre... Pourquoi tout le monde crie au desastre? Le desastre sera pour les sortants mais pas pour ceux qui restent. Cela va creer quelques scenari argentins en Europe et les banques vont souffrir mais pas sombrer.
donc
Vu ce qu'on a vu cette semaine, on s'oriente vers la premiere solution. Elle est plus belle que la deuxieme et elle retablit un peu la balance, meme si les allemands vont faire la grimace. A moins que les populismes prennent le dessus, dans ce cas au moins le tourisme va repartir et je serais le premier a y aller.