France

Un premier examen de primaire réussi

Thomas Legrand, mis à jour le 16.09.2011 à 15 h 14

Tout ce que l'on pouvait craindre de la primaire-machine-à-perdre n'a pas eu lieu. En particulier, les candidats socialistes se sont montrés responsables en matière de finances publiques. Si Nicolas Sarkozy a prévu d'axer sa campagne à ce niveau, il aura des adversaires crédibles.

Les candidats à la primaire socialiste, le 15 septembre 2011 sur le plateau de France 2. REUTERS

Les candidats à la primaire socialiste, le 15 septembre 2011 sur le plateau de France 2. REUTERS

Le premier débat de la primaire socialiste? Eh bien, c’était bien… Jeudi, entre les images du Président français visitant Tripoli libéré avec David Cameron et un débat politique de fond et de haute tenue entre les socialistes, nous avons vécu une belle journée pour la politique qui en connaît tant de sinistres et de désolantes.

Nicolas Sarkozy a été recueillir les fruits de son engagement en Libye –il y a certainement du calcul politicien dans le timing–, mais la réussite politique est avérée, le fruit politique est réel et bénéficie autant au président qu’à la France.

Soulignons l’effort qu’a manifesté Nicolas Sarkozy pour partager avec son homologue britannique les lauriers des la victoire allant à l’encontre de ce qui lui est reproché habituellement.

Dans le camp d’en face, et sur un tout autre registre, là encore, les socialistes ont contredit tout les commentaires automatiques sur la primaire machine à perdre, broyeuse de débat.

Tout ce que l’on pouvait craindre ne s’est pas produit.

Les six candidats ont réussi à se distinguer sans trop trahir le projet qu’ils ont en commun et sans se dénigrer.

Le tirage au sort qui définissait l’ordre de passage a mal fait les choses en propulsant Jean-Michel Baylet en seconde position. Le radical de gauche, tout en rondeur de notable du sud ouest est apparu comme une bizarrerie rescapée de la IVe République. Il semblait être un candidat à une sénatoriale pour radical franc-maçon égaré dans la présidentielle.

Soyons juste avec le maillon faible de la soirée, il aura au moins apporté, vers la fin, une voix discordante et un peu audacieuse sur la question de la dépénalisation des drogues douces.

Contre toute attente, ce débat ardu et sérieux a fait un carton d’audience… Le poids de la crise des finances publiques se faisait sentir sur le débat et si Nicolas Sarkozy a vraiment prévu d’axer sa campagne sur la dénonciation de l’irresponsabilité quasi génétique des socialistes, il va falloir sans doute qu’il trouve rapidement un autre angle d’attaque.

La prudence budgétaire

Les six candidats ont, jeudi soir, fait assaut de prudences budgétaires. Même Arnaud Montebourg, qui était le seul sur le plateau à refuser la contrainte du 3% de déficit en 2013, a veillé à ne pas faire de promesses d’augmentations généralisées de prestations et salaires.

En réalité la posture centre gauche, économe et rigoureuse –ce positionnement politique qui faisait le succès de Dominique Strauss-Kahn dans les sondages et qui fait maintenant celui de François Hollande– a été validé par le ton général du débat.

De ce point de vue, et alors que personne n’a fait de grosse gaffe ni de coup d’éclat, le rapport de force actuel (pour peu qu’il soit bien mesuré) ne devrait pas être bouleversé par l’émission de jeudi soir.

Les différences, sur le nucléaire, la nécessité ou non de promettre un retour à l’équilibre budgétaire au-delà des 3% de déficit, ou l’efficacité du contrat de générations, ont été soulignés par François Hollande et Martine Aubry, les deux favoris.

Ça n’a jamais mal tourné et surtout, à aucun moment l’un des candidats ne s’est attaqué à la capacité d’un autre à pouvoir être le président ou la présidente de la République.

Ségolène Royal avait subi cette critique fondamentale il y a quatre ans. L’ensemble des candidats donnait vraiment l’impression de pouvoir se retrouver sur une tribune, uni derrière le vainqueur de leur compétition dans trois semaines.

C’était sans doute leur plus belle réussite collective.

Nicolas Sarkozy en Libye et le débat de qualité jeudi soir… il ne faut pas oublier de souligner ce qui est positif en politique… alors ne mégotons pas.

Thomas Legrand

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