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Au mentribus, au ventribus... le putter long est-il des nôtres?

Yannick Cochennec, mis à jour le 17.09.2011 à 8 h 22

La série de victoires par des golfeurs utilisant ces drôles de club met le golf pro en émoi.

Zach Johnson et Adam Scott (à droite), regardent Justin Rose putter au cours du

Zach Johnson et Adam Scott (à droite), regardent Justin Rose putter au cours du second tour du British Open en 2011. REUTERS/Eddie Keogh

Le monde plutôt conservateur du golf a été pris d’un hoquet lors de trois dimanches consécutifs du mois d’août qui ont fini par ébranler quelques-unes de ses certitudes. Adam Scott, Keegan Bradley et Webb Simpson ont été ces semeurs de doute en remportant chacun à leur tour trois tournois du circuit américain, respectivement à Akron (Ohio), Atlanta (Géorgie) et Greensboro (Caroline du Nord). L’Australien et les deux Américains ont gagné dans des conditions tout à fait régulières, mais avec dans la main un outil réprouvé par la morale de nombreux golfeurs : le long putter.

Dans le cas de Scott, il s’agit d’un vrai long putter qui lui arrive au menton quand il est à l’adresse au putting. Bradley et Simpson utilisent, eux, un belly putter, c’est-à-dire que la longueur du club va du sol jusqu’au ventre du joueur. Keegan Bradley est même entré dans l’histoire du jeu en devenant le premier joueur muni d’un long putter à triompher lors d’un tournoi du Grand Chelem, le PGA Championship, disputé à Atlanta.

C’est ce dernier succès qui a heurté et mis en émoi de nombreux puristes qui n’avaient jamais trop bronché jusque-là dans la mesure où le «pire», dans leur esprit, avait été évité. Mais voilà que les longs putters étendent leur emprise et leur empire jusqu’aux quatre tournois sacrés du jeu! Alors haro soudain sur les longs putters!

Relativement inconnu il y a quelques semaines, Simpson ne s’est pas arrêté là en s’imposant à nouveau à Boston début septembre. Comble de l’ «horreur» : lors de cette même épreuve de Boston, Phil Mickelson, triple vainqueur du Masters et idole du public américain, s’est mis également en tête d’adopter à son tour un belly putter à la fureur de certains de ses admirateurs ulcérés à l’idée de le voir user de cette «facilité» pour améliorer son putting.

Stabilité

En golf, le putter, le club utilisé sur le green pour terminer un trou, ne peut pas être plus court que 18 pouces (45,7cm), mais il n’y a pas de limitation maximale en ce qui le concerne alors que les autres clubs ne peuvent pas, eux, excéder 48 pouces (1,22m). Où est le problème? Alors que les putters normaux, qui ont souvent une taille standard de 35 pouces (89cm), mettent en contact le club et les deux seules mains, les longs putters offrent, eux, un élément supplémentaire de stabilité.

Le belly putter — celui de Bradley mesure 46 pouces ¾ (1,19m)— permet ainsi au joueur de coller son club à son ventre quand les plus longs putters -celui de Scott a une taille de 49 pouces (1,25m)- trouvent de leur côté un point d’appui au niveau de la poitrine ou du menton. Or tous les golfeurs le savent, les points les plus précieux se perdent la plupart du temps sur les greens en raison de la fébrilité qui peut vous saisir à quelques centimètres du trou.

Sang froid et adresse font alors la différence par le biais des mains qui doivent rester sûres. Evidemment, avec les longs putters, ce facteur stress et cette habileté sont en partie minorés grâce à l’équilibre résultant de l’élément de stabilité donné notamment par un «ancrage» dans le ventre.

Pour de nombreux observateurs, au-delà du manque d’esthétisme des longs putters avec des grips souvent bizarres, c’est un avantage offert à certains joueurs au détriment des autres.

Yips

Mickelson, dont le putting a souvent été une faiblesse surtout lorsque la balle est très proche du trou, a vu dans le belly putter la solution à ses problèmes. D’où l’adoption d’un club que son manufacturier a copié sur celui de Keegan Bradley. Classé 10e à Boston pour ses grands débuts avec son nouveau joujou, le Californien avait bien l’intention de poursuivre sa période d’essai, même s’il n’avait pas été forcément plus convaincant que d’habitude au putting. Mais il est persuadé qu’il détient là le remède pour guérir de cette maladie «honteuse» et connue du golfeur appelée yips qui s’attaque aux joueurs sur les putts très courts.

Le cas d’Adam Scott est intéressant à analyser. Il y a deux ans, il n’était plus que l’ombre du joueur prometteur qu’il avait été. Selon lui, tout son jeu fonctionnait à merveille, à l’exception de son putting défaillant. En 2010, sur le circuit du PGA Tour, ses statistiques au putting le plaçaient au 136e rang dans cette spécialité. En février dernier, poussé par son entraîneur, il a donc opté pour le long putter et les résultats se sont fait sensiblement sentir au moins au niveau de sa perception et de sa confiance. «Aujourd’hui, quand je vais putter, je sais au moins à quoi m’attendre», a-t-il souligné en admettant qu’il avait été longtemps philosophiquement réfractaire au long putter.

Sur les putts les plus courts (de moins de 3m), le champion d’Adélaïde était répertorié 34e début septembre, un vrai progrès en ce qui le concerne. Fait du hasard ou pas: depuis février, il a engrangé les très bons résultats. Vainqueur à Akron, il a aussi terminé 2e du prestigieux Masters d’Augusta.

Le «problème» des longs putters n’est évidemment pas nouveau. Ils ne viennent pas de sortir des sacs des joueurs. Ils ont commencé à apparaître dans les années 80 de manière sporadique, Mark Lye devenant le premier à l’employer régulièrement sur le PGA Tour en 1989, année de la victoire d’Orville Moody à l’US Open senior toujours avec un long putter. En 1991, à Miami, Rocco Mediate devint le premier joueur à s’imposer sur le PGA Tour avec un long putter.

Remède au mal de dos

Le Senior Tour, le circuit des vieilles gloires, qu’il soit américain ou européen, est un eldorado pour les fabricants de longs putters. Car si les longs putters se sont aussi répandus c’est parce qu’ils sont un remède au mal de dos, fléau inévitable du golf à cause de la nécessité de se pencher si souvent.

Grâce à leur longueur, ils ménagent la colonne vertébrale en permettant de se tenir plus droit. L’Allemand Bernhard Langer, ancien n°1 mondial accablé de soucis dorsaux et souvent très fébrile lorsqu’il avait à jouer des putts très courts, est devenu l’un des adeptes les plus fervents et les plus reconnus du long putter, dûment homologué il y a 25 ans.

Mais la récente petite épidémie de victoires a vivement relancé le débat sur la pertinence des longs putters. Le Gecko EuroPro Tour, un mini circuit en Espagne, vient ainsi de les interdire en arguant que l’avantage prétendument donné par ces clubs allait à l’encontre de l’esprit du jeu. Le Royal and Ancient et l’USGA, garants des règles du jeu, campent, eux, sur leurs positions. Pour le moment. Ces institutions déclarent en substance qu’il serait dommage d’exclure de la compétition des joueurs utilisant des longs putters pour des raisons médicales.

Sans oublier que de nombreux jeunes joueurs débutent aujourd’hui le golf avec des longs putters, comme Webb Simpson. En les interdisant, ce serait presque exclure de facto du circuit professionnel quelques-uns de ses meilleurs éléments actuels.

Yannick Cochennec

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