Il faut supprimer le ministère de l'Education nationale
Pour que l'école retrouve son sens, il faut en finir avec ce qui symbolise les déchirements partisans dont elle n’a que faire et les influences démagogiques.
- Epreuve 2011 du bac philo au lycée Clemenceau de Nantes. REUTERS/Stephane Mahe -
Le métier d’enseignant est un nœud de paradoxes, toujours déchiré entre l’urgence du jour le jour, voire dans certains cas extrêmes de l’heure par heure, et le souci primordial de transmettre un savoir qui, lui, s’inscrit dans une temporalité bien plus ample, sans jamais, ou si rarement, de surcroît, voir les résultats de son travail.
Voici longtemps déjà que, en matière de politique éducative, nous n’avons pas rencontré de véritable vision, de perspective de long terme, venant ajouter au paradoxe, jusqu’au malaise. Et par vision il faut entendre, non pas bien sûr une direction idéologique toujours contestable, mais plutôt l’idée que l’école est un projet, élaboré en commun, qui tend vers l’approfondissement des savoirs, de la conscience et, par-dessus tout, de la liberté.
Néanmoins, en ces temps de (pré)campagne, l’on se prend à rêver, à espérer. Alors, que nous propose-t-on?
A gauche, une certitude au moins : l’éducation sera prioritaire dans la campagne. Il faut s’en réjouir. L’on revient, timidement si l’on excepte François Hollande, sur la suppression des postes; avec plus de conviction sur la question de la formation. Deux idées majeures semblent émerger, chez la plupart des candidats à la primaire socialiste: la nécessité d’assurer une plus grande continuité dans la succession des étapes de la scolarité (primaire, collège, lycée, université) et la refondation du temps scolaire, aussi bien pour les élèves que pour les enseignants.
La mascarade de la carte scolaire
Ce sont là des pistes intéressantes, notamment parce qu’elles se concentrent sur la question du temps, si souvent oubliée, si fondamentale pourtant. Mais, prudemment, attendons de voir qui sera finalement désigné l’homme ou la femme de la situation au moment d’affronter Nicolas Sarkozy, et de quelle façon son discours, alors, se modèlera.
Venues du gouvernement, depuis quatre ans, les solutions, comme souvent, sont de «bon sens»: moins de postes d’enseignants (66.000 suppressions depuis 2007, ce chiffre est toujours bon à rappeler); des internats d’excellence et, pour assurer la symétrie, leur exact envers, les ERS (établissement de réinsertion scolaire); côté pédagogie, pour le collège, l’accent mis avant tout sur le socle commun de connaissances et de compétences — ces dernières restant au fond le véritable enjeu du socle.
Il y eut aussi l’assouplissement de la carte scolaire, une belle mascarade qui permit à ceux qui contournaient le système de le faire plus sereinement, à ceux qui pensaient pouvoir inscrire leur enfant dans un collège ou un lycée d’élite de s’asseoir sur leurs illusions et à la ségrégation scolaire de s’aggraver. L’Inspection générale dès l’automne 2007 et la Cour des comptes en 2009 ont signalé que les conséquences de cette décision phare étaient à l’opposé exactement des objectifs affichés.
Des solutions de «bon sens» qui accentuent les problèmes
Qu’importe, on ne revient pas sur une mesure qui marche (pour qui et pour quoi faire, la question reste entière). N’oublions pas la disparition de la formation des enseignants, cachée sous l’appellation rassurante de «mastérisation». Face à tout cela, il faut une grande force morale pour ne pas céder à la tentation de voir enfin advenu le Croquemitaine qui hante les consciences enseignantes depuis des années: la destruction du service public d’éducation. Non que le système fût, avant ces réformes, en excellente santé, on le sait bien.
A ce sujet, il est intéressant de remarquer que les solutions de bon sens apportées depuis le début du quinquennat consistent généralement à accentuer les problèmes, bien réels, auxquels l’Education nationale est aujourd’hui confrontée. Il faut réaffirmer, nous dit-on par exemple, l’autorité des enseignants. Fort bien.
Pour ce faire, on remplace une formation qui, sans être parfaite, avait au moins le mérite d’offrir une entrée progressive et en alternance dans un métier complexe, par deux ou trois demi-journées, organisées à la va-vite à la fin du mois d’août, de sensibilisation sur les difficultés qui ne manqueront pas de se présenter, agrémentées d’un DVD dispensant des conseils pratiques de bonne gestion de classe.
Comment mieux anéantir tout espoir d’asseoir une quelconque autorité, pour de jeunes enseignants qui, non seulement, n’ont aucune chance de savoir ce qu’ils viennent faire là mais perdent du même coup toute légitimité professionnelle puisqu’ils exercent un métier qui, manifestement, n’a pas besoin de s’apprendre?
S’est-on d’ailleurs jamais interrogé sur les causes profondes de la perte d’autorité des enseignants? Au-delà du mot d’ordre répété à l’envi, c’est l’ensemble de la société qui devrait se regarder dans ce miroir. Tout notre rapport au savoir, et à ceux qui l’incarnent, se joue dans cette problématique structurelle de l’école aujourd’hui.
Un métier qui ne s'apprend pas?
L’autorité est une notion compliquée: il ne s’agit pas de se faire obéir, il s’agit d’être reconnu et accepté, volontairement et non sous la contrainte, dans la légitimité de sa fonction. Marcel Gauchet, dans une excellente conversation avec Philippe Meirieu publiée par Le Monde du 3 septembre, résume parfaitement la contradiction qui nous habite désormais: «les enseignants sont là au nom d’une collectivité qui ne reconnaît pas le rôle qu’ils exercent».
La crise de l’autorité est donc avant tout une crise de la transmission, et nous trouvons là le signe d’une civilisation qui ne sait plus se définir. Le plus désolant est sans doute de constater que la crise est non pas combattue mais entretenue par ceux qui nous gouvernent.
Plutôt qu’un calcul machiavélique, j’ai tendance à y voir, naïvement, une négligence désinvolte et coupable, à l’image de cette confusion inquiétante dans les priorités qui semble déterminer nombre des décisions politiques actuelles. Or l’école doit être la priorité des priorités parce qu’en elle se dit ce que nous sommes, parce qu’elle cristallise notre passé et notre avenir.
Il ne suffit pas de l’annoncer à grand renfort de discours vibrants pour qu’elle le devienne, il faut la penser comme telle, il faut être convaincu que c’est ce rôle-là, avant tous ceux qu’on veut lui donner, qui est le sien. Au fond, au lieu de répéter qu’il est urgent de rétablir l’autorité des enseignants, c’est vers une réconciliation de la société avec son école, autrement dit avec elle-même, qu’il convient d’œuvrer. Comment, sinon, prétendre convaincre les élèves que l’école sert bien à quelque chose ou, plus exactement, qu’elle est absolument nécessaire ?
Aujourd’hui, sous le prétexte de donner sa chance à chacun, nous nous écartons d’une unification de la pensée éducative pour aller vers l’atomisation des parcours scolaires. Les dispositifs se multiplient (internats d’excellence, établissements de réinsertion scolaire — tout un programme—, établissements ECLAIR…); surtout, ils s’éloignent les uns des autres.
L'autonomie, une incantation vide de sens
On ne propose pas un parcours singularisé au sein d’un ensemble commun, où chacun puisse se reconnaître à la fois comme individu et comme partie intégrante d’une communauté volontaire de destins; on crée des bulles distinctes qui ne communiquent ni ne se rencontrent plus. Les incidents qui marquèrent les débuts des ERS, à la rentrée 2010, sont à cet égard assez éloquents.
L’autonomie des établissements, expérimentée dans le dispositif ECLAIR, nous est présentée comme la solution miracle à tous nos problèmes. La gauche, sur cette question, n’est d’ailleurs pas en reste. L’idée mérite considération. On pourrait imaginer, en allant au bout du raisonnement, généraliser la pratique des lycées autogérés: des équipes qui, animées d’une même ambition pédagogique, unissent leurs forces et réfléchissent ensemble au meilleur moyen de faire réussir les élèves dont elles ont la charge, tout en s’inscrivant dans un projet commun.
Bien sûr, ce n’est pas vraiment cela qu’on nous propose. Le recrutement des équipes enseignantes, dans le cadre du dispositif ECLAIR, se fait à la discrétion du chef d’établissement, transformé pour l’occasion en DRH. Or les chefs d’établissement sont aujourd’hui, surtout, des administrateurs et apparaissent trop souvent, aux yeux de leurs équipes, comme de simples courroies de transmission des exigences du pouvoir, sans grand sens critique. L’autonomie, dans ces conditions, n’est qu’une incantation vide de sens.
En réalité, il faudrait aller bien plus loin. Permettons-nous un rêve sans doute fou. Militons pour l’indépendance des instances éducatives. Sortons la question scolaire, non de la politique où elle a toute sa place, mais des débats idéologiques. Supprimons, autrement dit, le ministère de l’Education nationale, et remplaçons-le par une institution préservée des changements de pouvoir et, car les décisions sont trop souvent déterminées exclusivement par elles, des considérations purement économiques, seul moyen de replacer véritablement l’école dans le temps long qui est le sien.
Réconcilier les enseignants et la société
A l’inverse, on nous ressasse depuis plusieurs années la nécessité d’une «économie de la connaissance», sans voir toute l’absurdité de l’expression. La mise en avant de l’acquisition de «compétences» va dans ce sens, transformant l’école en vaste centre de formation d’apprentis. Et l’on perd peu à peu de vue qu’un agir libre et conscient repose d’abord sur une connaissance acquise pour elle-même.
La visée du savoir doit être humaniste, et ne jamais se compromettre dans l’immédiateté économique. A vrai dire, même si l’on veut, un très court instant, adopter le point de vue des économistes de la connaissance, c’est à cette condition seule que le savoir est réellement efficace, quand il peut accéder à une entière liberté créatrice. Affirmons donc, sans retour en arrière, l’école dans son rôle de terreau culturel indépendant.
Pour réussir une telle révolution, nous devrions être capables, bien entendu, de reposer ensemble les principes fondamentaux qui doivent gouverner notre projet scolaire, d’élaborer un compromis, condition nécessaire, quoique difficile, à toute bonne politique, à la fois ambitieux et ouvert. Redonnons aux enseignants l’assurance - car elle leur manque aujourd’hui cruellement — de remplir une mission acceptée par la société dont ils sont chargés de transmettre les valeurs essentielles. Cette dernière y puisera en retour une représentation d’elle-même plus sereine car profondément assumée.
Au lieu de laisser l’école la proie des déchirements partisans dont elle n’a que faire et qui brouillent durablement sa vocation intrinsèque, laissons-la être ce qu’elle doit, un lieu de réflexion libre où chacun et tous peuvent participer et se reconnaître, un lieu où se construit, loin des influences démagogiques, l’identité individuelle et collective.
Sophie Audoubert
Mis à jour le 13/09/2011 à 14h52















































Supprimons donc tous ces ministères et cette administration bouffie, cet état castrateur. Mais redonnons lui un rôle de régulateur impartial, de libérateur, de donneur de chances, d'impulseur.
Je crois que l'école devrait servir à former des citoyens qui auront à prendre part à la vie de la cité (enfin de la France). Le risque avec un tel programme c'est effectivement de former des citoyens qui auront envie de prendre part à la vie de la cité. Actuellement j'ai plus l'impression que l'école sert juste à former de futurs travailleurs. Ne devrait-ce pas être le rôle des entreprises ?
Quelle que soit la réponse, il faudra faire avec les spécificités françaises comme par l'exemple l'égalitarisme forcené qui nous ronge. Cet égalitarisme conduit à considérer tous les enfants comme identiques or il y en a qui sont doués et d'autres moins, des intellectuels et des manuels, des scientifiques et des littéraires, etc. L'autre spécificité est l'extrême centralisation avec des décisions qui ne peuvent venir que d'en haut, le corollaire étant l'absence d'autonomie au niveau local.
Bref, à quoi sert l'école ? (ou à quoi devrait-elle servir ?)
Tout le monde sait que les programmes scolaires français sont trop chargés. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi. On a l'impression que la durée des cours est détérminée plutôt pour arranger les enseignants que pour aider les étudiants.
A cela on pourrait demander : que faites-vous de votre temps entre les heures de classe moyenne (18 heures) et les 35 heures légales de travail? (oui, je sais, les corrigés, la préparation etc. Mais pendant 17 heures...?) Les autres professions en font-ils autant?
Et puis pourquoi les stages de formation de enseignants en exercise (très importants et nécessaires) ont-ils lieu pendant les périodes de scolarité et non pas pendant les 20 semaines de vacances?
Il y a apparemment 3M d'illetrés en France. A un moment qu'on parle d'imposer une semaine de 'travaux d'utilité public' aux bénéficiaires du RSA, ne serait-il pas juste de demander au moins 4 semaines (rémunérées bien sûr) aux enseignants de cours en faveur de ces citoyens - et d'ailleurs à l'ensemble de la population qui en demande?
Eh bien cette proposition pourrait vous être adressée également M. Wright car visiblement vous ne savez pas ce qu'est la réalité du métier d'enseignant.
Ma femme est enseignante. Elle passe 21h par semaine devant ses élèves. Elle en passe au moins le double à son domicile pour préparer ses cours, corriger ses copies, rédiger ses bulletins, échanger avec ses collègues d'autres matières pour coordonner leurs cours respectifs, organiser des sorties pour intéresser les élèves, etc.
Lorsque ma femme est devant ses élèves elle exerce un métier qui ne laisse pas de temps mort ni de possibilité de se reposer : elle est en représentation devant des élèves qui aimeraient sans doute faire autre chose que d'être en classe. Elle doit redoubler d'efforts pour les intéresser. Elle ne peut se permettre d'avoir un passage à vide comme peuvent l'avoir bon nombre de salariés qui travaillent à un bureau, passage à vide qui se règle à la machine à café. Physiquement, enchainer une journée de 7h de cours devant des élèves est épuisant.
Et même après ces journées épuisantes, tous les soirs, après ses cours, ma femme travaille et ce jusqu'à minuit. Tous les week ends elle travaille également. Toutes ses demi-journées sont prises par ses cours. Elle travaille durant toutes les vacances même si elle n'est pas physiquement devant ses élèves.
Elle travaille beaucoup plus que durant les 17h où elle n'est pas devant ses élèves.
Si on fait un calcul assez simple du nombre d'heures travaillées et qu'on lisse cette charge de travail sur une année, on se rend très vite compte que les 20 semaines de congés sont virtuelles. Il s'agit plutôt d'une annualisation du temps de travail et ne sont en rien un avantage acquis qui serait indû.
Le genre de proposition poujadiste qui consiste à demander aux profs de travailler encore plus, de rendre à la société les journées de non présence devant les élèves (qui ne sont pas des journées non travaillées, nuance!) sont particulièrement fatigantes par leur ignorance crasse de la réalité du terrain.
J'ai travaillé 15 ans dans l'enseignement et j'ai géré plusieurs établissements (pas dans l'Education Nationale).
Mes établissements respectent soigneusement et sans difficulté particulière la convention collective qui demande un ratio FAF/préparation de 70/30 pendant 45 semaines par an.
Nos locaux sont ouverts 12h par jour et aujourd'hui nous formons 20000 stagiaires par an.
Nous formons essentiellement des adults ce qui peut minimiser les problèmes de comportement évoqués dans cet article. Mais l'écart entre les pratiques de l'Education Nationale et la Formation Continue ne s'explique pas seulement par l'âge des élèves.
Si vous passez réellement "le triple des 17h" par semaine plus les W/E en corrigés et préparation" et 35h/semaine hors la période de scolarité, il y a quelque chose qui ne vas pas dans vos méthodes pédagogiques!
Vous travaillez quelques 70 heures par semaine à cause des "préparations, corrections, travail personnel" etc.? Alors comment fait-on dans les autres pays? Ont-ils des armes secrètes qu'on interdit en France?
Comment prétendre qu'un prof qui, dans le cadre de sa mission légitime, donne pour au moins une partie de ses classes le même cours tous les ans et à des classes qui se ressemblent en termes d'âge chaque année, passe 3 X 17h par semaine en préparation et al?
Je peux comprendre qu'un enseignant nouveau a plus de travail de préparation qu'un ancien. Mais c'est la même chose pour des médecins, des juristes, des électriciens et des plombiers!
Je comprends aussi que l'enseignement des jeunes comportent des fonctions et des interventions qui sont absentes (souvent mais pas toujours) de la Formation Continue.
Mais prétendre qu'on travaille jour et nuit même pendant les W/E et les vacances est très peu plausible. Dans tous les cas c'est très loin d'être l'expérience des enseignants EN que je connais personnellement.
Au minimum, c'est une indication que les méthodes pédagogiques utilisées sont vétustes et inadaptées.
Les réactions qui vont jusqu'à l'accusation de Poujadism illustrent bien l'hystérie qui régne dans le corps des enseignants en France concernant leur emploi du temps. Pour cause!
Par ailleurs, est-ce que vos intervenants sont tenus d'appliquer un programme décidé en haut lieu qui change à intervalle régulier ? Je ne suis pas sûr que ce soit le cas non plus.
Comment expliquer qu'un prof doivent préparer ses cours tous les ans ? Ceci est dû aux choses suivantes : - les profs n'ont pas toujours les mêmes niveaux d'années en années - les programmes changent régulièrement - les profs adaptent leurs cours en fonction de leurs classes (niveau, progression, difficultés éventuelles rencontrées par les élèves, etc.) - les profs tout simplement actualisent leurs cours : vous viendrait-il à l'idée d'enseigner un cours rigoureusement de la même façon en 1991 et en 2001 sous prétexte que vous enseignez à une classe de même niveau ? Une telle idée ferait bondir n'importe qui ! On ne peut pas décemment demander à des enseignants d'actualiser leurs cours pour être en phase avec la société et leur domaine et, dans le même temps, se demander pourquoi ils passent du temps à préparer leurs cours !
Mettre en ligne des cours ou apprendre à maîtriser l'usage d'un Tableau blanc interactif sont des activités qui prennent du temps à un enseignant, et ne me paraissent pas exactement correspondre à votre idée de pédagogie vétuste et inadaptée !
Les enseignants ne comptent pas leurs heures et travaillent y compris tard le soir n'est peut-être pas plausible à vos yeux mais ceci correspond bel et bien à la réalité que ma femme vit et ça, vous ne pouvez le nier. Et dans mon entourage, beaucoup d'enseignants sont dans ce cas et beaucoup de conjoints d'enseignants (y compris des ingénieurs) avouent travailler moins que leur conjoint enseignant.
Faisons un calcul simple : le décret de 1950 qui a instauré les 18h de présentiel des enseignants partait du principe qu'une heure devant les élèves exigeait 1h30 de travail. Le temps de travail d'un professeur est dès lors de 45h/semaine, soit 10h de plus que le nombre d'heures de travail légal hebdomadaire. 45h/semaine représente 1440h de travail par an soit l'équivalent de 41 semaines de travail à 35h. Où sont les prétendues 20 semaines de congés des profs ?
Peut-être M. Wright prenez-vous pour référence le milieu anglo-saxon où les profs n'ont pour mission que d'appliquer un programme qui a été décidé et rédigé par d'autres. Pas besoin de temps pour préparer ses cours, la voila l'arme secrète de certains autres pays !
Et je maintiens mon accusation de poujadisme : il est consternant d'entendre à longueur de temps les gens montrer du doigt les vacances scolaires des enseignants et les traiter de parias alors qu'ils ont une charge de travail énorme. C'est faire usage de raccourcis simplistes qui ne correspondent en rien à la réalité des faits.
Pour plus d'informations je vous invite à lire cet article qui démonte les prétendus avantages des enseignants : http://www.politique.net/2008052001-les-privileges-des-profs.htm
Car la situation est très disparate selon les matières : Un prof de philo ou de français passe effectivement beaucoup de temps en correction de copie. Un prof de math va beaucoup plus vite. Et ne parlons pas du prof de sport....
Au delà de l'efficacité de l’éducation nationale, je pense pour ma part que préparer les générations futures à affronter l'avenir ( et pas uniquement trouver un premier boulot, ce qui reste indispensable) nécessite une stratégie partagée par la nation... et une ambition pour l’éducation nationale...
PS: les commentaires sur la quantité d'heures réellement travaillées me font toujours autant sourire... comme si la quantité avait une quelconque valeur pour les élèves ... préparer soigneusement un cours est bien... et inutile si les élèves n'écoutent pas... si la transmission de fonctionne pas... Dans les autres professions, ont parle de valeur pour le client...
Le principal défaut des essais sur l’Éducation, c'est que l'auteur considère en général que la situation est la même quelle que soit la région de France, quel que soit l'âge des élèves, quelle que soit la filière (général ou professionnel), quelle que soit la discipline enseignée.
Un exemple: je suis professeur d'EPS en Aquitaine, "à la campagne". Mon quotidien, pour avoir exercé ailleurs, n'a rien à voir avec celui des grandes agglomérations, en particulier dans les quartiers pauvres.
Je sais aussi que dans ma discipline, le temps de préparation (qui existe, ne le nions pas) n'est pas aussi important que pour un prof de langues vivantes dans un lycée général (ce n'est qu'un exemple, que personne n'en prenne ombrage).
En conclusion, pour (mal) paraphraser Pierre Bourdieu, pour qui "la Jeunesse n'est qu'un mot", on peut dire que l'Education Nationale n'est qu'un mot. Ce mot sonnera différemment selon que vous êtes: ancien cancre ou ancien élève brillant, professeur vous-même ou en concurrence intéressée avec l'EN (M.Wright par exemple), ingénieur scandalisé par la "faible compétence" scientifique des profs de sciences, dans une banlieue pauvre, dans un pays de Cocagne où l'école ressemble, rassurante, à celle des gravures d'antan...
Mais où sont les intellectuels dans ce débat (je parle des intellectuels désintéressés, pas des professionnels de l'éducation, qui sont toujours soupçonnés de partialité) ?
Acceptons que les enseignants qui se sont exprimés avec tant de ardeur, pour ne pas dire rancune, ont raison.
Le fait démeure qu'un système qui exigerait 70 heures de travail par semaine (y compris pendant les vacances semble-t-il...)de la part des professeurs, qui offrent 40 jours de scolarité de moins que la moyenne des pays de l'OCDE, qui emploie quelques 900 000 enseignants pour 10M d'élèves mais voit souvent des classes de 30 élèves (faites le calcul...)et qui affiche trop souvent des résultats médiocres, ce système-là est pour le moins inefficace.
Je serais curieux de savoir si certaines méthodes modernes d'enseignement comme l'enseignement assisté par ordinateur, cours à distance sur Internet, auto-contrôl sur ordinateur (pour dispenser à l'enseignant la tâche des corrigés, au moins en partie)et bien d'autres, sont utilisées fréquemment par l'EN.
Si oui, j'aimerais bien avoir les commentaires des enseignants les concernant. Sinon pourquoi pas?
Nous vivons dans un monde ou les jeunes sont plus "computer literate" que leurs parents (et souvent leurs profs). Les études montrent que l'élement de jeu, souvent présent avec des logiciels bien conçus, améliore considérablement l'apprentissage.
Vu les besoins en termes de formation à tous les niveaux aujourd'hui il n'est plus possible de compter sur des méthodes dévéloppées.... il y a un siècle.
Effectivement, où sont les intellectuels - désintéressés ou non - dans ce débat?
*corriger des copies ? Oui *remplir des bulletins ? Oui et comment! *rencontrer des parents d'élèves ? Non mais leurs entreprises et les Fonds de Formation si. *assister à des conseils de classe ? A leur équivalent oui * organiser des sorties extra-scolaires ? Oui selon la matière comme dans l'EN
Une question : sur l'ensemble du temps de travail que vous attribuez à un enseignant (1440h par an) ces activités représentent quel % du totale?
Je demande des précisions car dans vos propos on trouve pas mal de contradictions : aussi vos semblez dire qu'un enseignant en EN doit appliquer un programme décidé en haut lieu (sujet à des modifications certes, ce qui est normale dans une société qui évolue).
Mais plus tard vous dites que 'l'arme secrète' des Anglo-saxons est que “les profs n'ont pour mission que d'appliquer un programme qui a été décidé et rédigé par d'autres. Pas besoin de temps pour préparer ses cours....” Allez comprendre.
Passons sur le petit dard franco-français concernant le monde anglo-saxon (venant d'un farouche adversaire de Poujade c'est pas mal), pensez-vous vraiment que les problèmes et les solutions trouvés dans d'autres pays sont si différents de ceux de la France. Et si oui pourquoi?
Par ailleurs vous demandez avec raison « vous viendrait-il à l'idée d'enseigner un cours rigoureusement de la même façon en 1991 et en 2001 sous prétexte que vous enseignez à une classe de même niveau ?” (Réponse : évidemment non!).
Mais plus tard vous nous informez que “le décret de 1950 qui a instauré les 18h de présent des enseignants partait du principe qu'une heure devant les élèves exigeait 1h30 de travail de préparation.... »
Et c'est là où se trouve précisément mon propos de base : pensez-vous vraiment que ce qui était nécessaire dans les années 50 est aussi valable aujourd'hui avec les progrès techniques en communication que tout le monde connait?
Car dans les autres pays aussi, pour reprendre vos propos :
*les profs n'ont pas toujours les mêmes niveaux d'années en années *les programmes changent régulièrement *les profs adaptent leurs cours en fonction de leurs classes (niveau, progression, difficultés éventuelles rencontrées par les élèves, etc.) *les profs tout simplement actualisent leurs cours :
Mais ils le font pendant 40 jours de scolarité en moyenne de plus qu'en France. Pourquoi et comment?
Le problème n'est d'ailleurs pas dans les moyens. Et certainement pas que dans les méthodes.
C'est juste que l'école actuelle a toujours pour objectif d'amener l'ensemble des élèves au bac (qu'il soit généraliste ou techno).
Ça marchait très bien autrefois car la sélection faisait que les meilleurs seulement pouvait y accéder, les autres se contentant du certificat de fin d'étude, ou accédant à la vie professionnelle sans diplôme.
Aujourd'hui, tout le monde sait pertinemment qu'il y a en seconde, première et terminale un pourcentage de jeune qui n'ont rien à y faire et que l'on maintient par idéologie.
Le problème des jeunes qui restent à l'école alors qu'ils n'ont rien à y faire, c'est qu'ils n'auraient rien à faire dehors non plus : il n'y a pas de travail ! Les rares emplois qui ne sont pas attribués au piston sont réservés aux chômeurs indemnisés, c'est à dire aux vieux (pas de RSA avant 25 ans, sauf pour ceux qui ont déjà eux-mêmes des enfants)
Vous êtes donc si pressé de les voir rien faire dehors plutôt qu'à l'intérieur, vous trouvez qu'il n'y a pas assez de jeunes qui traînent dehors ou mendient sur les trottoirs ?
Pourquoi croyez vous que les parents veulent absolument que leurs enfants restent le plus longtemps possible dans des lycées où ils s'ennuient ?
Quand il y avait du travail (avant 1974) les parents ne se comportaient pas du tout de cette façon : "Si tu n'a pas de bonnes notes, tu vas à l'usine ! Comme cela tu toucheras un salaire et tu ne coûteras plus rien à tes parents"
Et je vous jure (vous n'êtes pas obligé de me croire, puisque de toute façon selon toute vraisemblance nous n'auront plus jamais l'occasion de le vérifier) que si le plein emploi revenait, les parents tiendraient à nouveau le même langage.
Pourquoi croyez vous que la droite aussi s'est ralliée à l'objectif de 80 % de bacheliers pour une classe d'âge ? La droite n'a pourtant pas changé d'idéologie, elle a toujours été contre la démocratisation des études.
Ce n'est pas l'idéologie, mais la réalité qui a changé : là ou on pouvait autrefois choisir entre les études et le travail, il faut maintenant choisir entre les études et le chômage non indemnisé.
Cessons d'accuser l'idéologie à tort et à travers pour nous voiler la face et posons nous les vrais questions :
-comment peut-on accepter que le départ en retraite des vieux soit sans cesse retardé pendant que les jeunes crèvent en attendant que les places se libèrent enfin ? -comment peut-on accepter que les jeunes chômeurs n'aient droit à aucun indemnisation, pas même au RSA ? -si tous les chômeurs, quels que soient leur âge et leur ancienneté, pouvaient prétendre à une indemnisation (décente, sinon cela ne changerait rien) le gouvernement serait il aussi pressé d'empêcher les vieux de prendre leur retraite ?