France

Un accident «industriel», peut-être, mais «nucléaire» aussi

Gilles Bridier, mis à jour le 13.09.2011 à 12 h 32

Qualifié d’«industriel» par les autorités, l’accident au centre de traitement de déchets radioactifs Centraco est à porter au discrédit de la filière nucléaire.

Le site de Marcoule, en juillet 2009. REUTERS/Sebastien Nogier

Le site de Marcoule, en juillet 2009. REUTERS/Sebastien Nogier

Depuis la tragédie de Fukushima, la sensibilité des opinions publiques au nucléaire est extrême. Rien de ce qui touche à cette industrie ne doit être banalisé, ce qui implique une culture de la sûreté sans faille. Aussi bien dans les centrales que dans les installations de traitement de déchets radioactifs, comme à l’usine Centraco sur le site de Marcoule dans le Gard où un four d’incinération de ces déchets a explosé, causant un mort et quatre blessés dont un grave.

Des précédents, et des retours d’expérience

Les accidents braquent de plus en plus les populations contre ce mode de production d’énergie qui, en France, assure les trois quarts des besoins en électricité. Ils n’affectent pas tous le fonctionnement des centrales, comme à l’occasion des inondations qui, en 1999 à cause de la tempête dévastatrice de fin d’année, avait conduit à l’arrêt de la centrale du Blayais, en Gironde, systèmes de sécurité hors service. 

Moins grave, à l’été 2008, à la centrale du Tricastin: des rejets toxiques avaient placé les populations en alerte, à cause d’un manque de transparence qui avait entaché la crédibilité des opérations. Mais il y eut d’autres incidents, en France.

La vigilance prise en défaut

Pour l’explosion survenue à Centraco, centre nucléaire de traitement et de conditionnement des déchets faiblement radioactifs, Eric Besson, ministre de l’Industrie et de l’Energie, qualifie l’accident d’«industriel» et non de nucléaire. L’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) précise que «cet accident ne comporte pas d’enjeu radiologique ni d’action de protection des populations». Qu’importe: dès l’instant où un problème affecte la filière nucléaire, les craintes s’expriment. La vigilance active, absolument impérative pour que l’activité nucléaire conserve son crédit, a été prise en défaut. La culture de la sûreté a été défaillante.

La gestion des déchets radioactifs est bien sûr dans le collimateur. Dans un sondage Eurobaromètre réalisé en 2005 par la Commission européenne, quatre Français sur cinq (trois Européens sur cinq) estimaient être mal informés sur ces déchets, et les jugeaient tous dangereux –même si, en réalité, leur dangerosité est très variable.

Une échelle de la dangerosité des déchets

L’industrie nucléaire classe les déchets  radioactifs en cinq catégories. Pour 90%, ce sont des déchets qui présentent une faible radioactivité. La première catégorie (TFA, pour très faible radioactivité), la plus importante, affiche un taux de radioactivité proche du niveau naturel, qu’ils perdent au bout de 30 ans; certains pays ne considèrent pas ces déchets, constitués principalement de gravats et de ferrailles, comme radioactifs.

Les déchets dont le rayonnement est qualifié de faible ou moyen ont une durée de vie dite courte (FMA-VC) ou longue (FMA-VL), de l’ordre de 300 ans à plusieurs milliers d’années. Bien sûr, l’intensité de leur rayonnement est décroissante. Les premiers sont constitués d’outils et d’équipements légers utilisés dans les centrales, les seconds proviennent d’installations aujourd’hui considérées comme désuètes.

Les déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) sont issus de la production d’électricité et perdent de leur intensité avec le temps, mais la radioactivité peut subsister pendant des milliers voire des centaines de milliers d’années.

Les déchets à haute activité (HA) proviennent des combustibles utilisés dans les réacteurs nucléaires. Ils ont une haute intensité de rayonnement et dégagent de la chaleur pendant plusieurs siècles voire plusieurs millénaires mais ne représentent que 3% à 5% du combustible utilisé dans les centrales et 1% du total des déchets. Leur retraitement est effectué à l’usine de recyclage de La Hague et les résidus doivent être enfouis à 500 mètres sous terre.   

La crédibilité en question

Le centre de traitement de Centraco fonctionne depuis une douzaine d’années. On peut penser que la plus grande partie de son activité porte sur le traitement de déchets FMA-VC, outils et équipements de faible radioactivité provenant des sites nucléaires. Leur incinération est effectuée dans un four où la température est portée à 1.600°C.

C’est l’explosion de ce four qui a causé l’accident du 12 septembre. Il reste maintenant à établir les causes de cette explosion. Défaut de maintenance? Chaleur excessive? Dispositif de sécurité défaillant? Même explicable, l’accident industriel est insupportable. Dans la filière nucléaire, il est intolérable.

Lorsqu’un accident survient, dans un établissement de l’Hexagone ou d’un autre pays, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et les exploitants analysent les dysfonctionnements pour que les retours d’expérience servent à renforcer les dispositifs de sécurité dans tous les pays.

Car le risque zéro n’existe pas: il faut savoir en revanche le gérer au plus juste. Et surtout, anticiper les situations pour que l’accident ne survienne pas, sans laisser de place à l’approximation ou même à l’erreur humaine.

Mais sans l’assurance que cette règle n’est absolument jamais transgressée, les populations ne cautionneront plus le recours au nucléaire. Même si l’accident à Centraco n’est heureusement pas à classer au rang des catastrophes, c’est malgré tout un coup porté à la crédibilité de la filière.

Gilles Bridier

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Journaliste
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