Economie

Les PME victimes de la crise bancaire

Gilles Bridier, mis à jour le 13.09.2011 à 10 h 34

Après avoir affaibli les Etats, la crise de la dette souveraine met à mal les banques. Face au risque grandissant d'un durcissement des conditions de crédit, le financement de l’économie en général et surtout celui des PME est en danger.

Devant le siège de la Société Générale à La Défense Benoit Tessier / Reuters

Devant le siège de la Société Générale à La Défense Benoit Tessier / Reuters

Sous la pression de la crise de la dette dont les effets ravageurs ont été révélés au cours de l’été,  les banques devraient restreindre l’accès au crédit. Le risque d’une dégradation de certaines d’entre elles (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole) à cause de leur exposition à la dette grecque, en renforce la menace. Déjà, elles se montrent plus sélectives, notamment envers la clientèle des PME réputée pour les exposer aux plus gros risques. Ainsi, les relations entre les chefs de petites entreprises et leurs banquiers pourraient se tendre à nouveau. «Les stress-tests menés auprès des banques en avril et mai ont été satisfaisants, mais l’actualité a changé. On n’est pas dans la même situation qu’en septembre 2008, mais le risque d’un resserrement du crédit existe pour les mois qui viennent», commente Jean-François Roubaud, président de la CGPME. Avec, comme effet collatéral, une augmentation des défaillances d’entreprises lorsque les banques ne les soutiennent plus, et une aggravation du chômage puisque les PME constituent, en France, le vivier de  l’emploi.

Au départ, la solvabilité des banques face à la dette des Etats en question

Mais quel rapport entre la dette souveraine des Etats et la trésorerie d’une PME bretonne ou auvergnate? Cette dette publique est portée par les banques, qui ont prêté de l’argent aux Etats dont la solvabilité pose aujourd’hui problème (l’Irlande et la Grèce, mais aussi le Portugal ou l’Espagne et d’autres) . Si des Etats ne peuvent rembourser leurs créances auprès des banques, ils placent ces établissements dans des situations où ceux-ci – faute de ressources -pourraient ne pas honorer leurs propres engagements auprès d’autres banques. On est alors dans une crise de liquidités: l’argent ne circule plus.

Le sujet n’est pas nouveau. Pour y faire face, une solution: contraindre les banques à augmenter leurs fonds propres, pour qu’elles puissent honorer leurs échéances même en cas de défaillance d’un Etat, afin que le système ne soit pas asséché. C’est d’ailleurs l’objet du ratio bancaire Bâle III pour obliger les établissements financiers à renforcer ces fonds propres. Pour conservatrice qu’elle soit, la mesure aura un coût élevé pour les établissements financiers: 84 milliards d’euros d’ici à 2015, et 460 milliards d’ici à 2019 d’après les calculs de la Commission européenne.

La sécurité a un coût, répercuté sur le financement de l’économie

Les banques, bien sûr, renâclent. Elles dénoncent un durcissement des règles prudentielles qui pourraient pénaliser le financement de l’économie au moment où certaines, en plus, risquent de devoir  accepter des taux plus élevés pour emprunter sur le marché financier.  Mais à la Commission européenne, on n’apprécie guère ces mouvements d’humeur, rappelant que les contribuables ont été obligés de venir au secours des banquiers à cause de leur imprudence dans la crise des «subprimes». Michel Barnier, Commissaire européen au marché intérieur, en charge de la régulation financière, n’en démord pas: «Je ne suis pas impressionné par les campagnes de lobbying successives.» L'Union européenne mettra en œuvre  «l'accord de Bâle en respectant pleinement son niveau d'ambition et son équilibre», insiste–t-il.

Il n’est pas le seul à vouloir contraindre les banques à élargir le filet de sécurité. Depuis son entrée en fonction au FMI, Christine Lagarde, directrice générale, a changé de ton. Elle ne cherche plus à rassurer, mais elle souligne les fragilités du système. A une réunion de banquiers centraux à la fin du mois d’août, elle a estimé que la stabilité financière ne pouvait être obtenue qu’au prix d’un relèvement «urgent» des fonds propres des banques européennes de 200 milliards de dollars. Cette déclaration a déclenché une levée de boucliers chez les banquiers européens. La Réserve fédérale américaine avait déjà tiré le signal d’alarme lorsque, à la mi-août, elle avait demandé aux filiales américaines des banques européennes de renforcer leurs matelas de liquidités, émettant par là des doutes sur la solvabilité des maisons mères.

Les entreprises, toujours fragiles, dans le collimateur

Or, tous ces milliards à affecter aux fonds propres, il va bien falloir les trouver quelque part. Et une fois sécurisés, ils ne pourront plus servir à alimenter l’économie. Qui pourrait en pâtir? La clientèle qui présente le plus de risques. Et quelle est-elle? D’après ce qu’ont toujours affirmé les banquiers, c’est la clientèle des PME. Ce qui, au regard des faits, n’est pas vérifié: les banques n’ont besoin de personne pour se mettre en danger, la crise des «subprimes» en a fait la démonstration. Et s’agissant des PME, elles n’ont jamais fait courir autant de risques à autant de banques que les banques elles-mêmes. Mais il est des certitudes qui ont la vie dure. Alors, à nouveau, les petites et moyennes entreprises sont dans l’œil du cyclone.

Pourtant, le nombre de défaillances de PME a reculé: 3,5% de moins au premier semestre 2011, d’après la Coface. Insuffisant toutefois pour revenir au niveau d’avant 2008: le nombre de faillites sur six mois reste encore supérieur de 9% à l’étiage d’avant crise, ce qui est d’autant plus pénalisant que le nombre des créations d’entreprises a reculé de près de 20% au premier semestre. Dans ces conditions, le soutien bancaire est plus que jamais nécessaire pour relancer le maintien ou la création des entreprises, avec les emplois qui les accompagnent. Lorsque ce soutien fait défaut, les PME peuvent toujours se tourner vers Oseo qui les assiste pour innover et se développer. L’établissement public peut aussi intervenir pour renforcer des fonds propres ou fournir une assistance à la création. Mais il ne peut être partout.

Trouver de nouveaux filets de sécurité

Les banques ont un rôle à jouer dans le financement de l’économie, en prenant en compte les spécificités des petites entreprises. Et pas seulement en inventant des montages financiers (LBO) destinés à créer de la valeur: ces effets de levier font avant tout le bonheur des financiers qui ne se soucient pas de l’avenir des entreprises ainsi démembrées. Ils sont nombreux les chefs d’entreprises qui regrettent d’avoir céder aux sirènes d’investisseurs qui ont mis leur PME sur les genoux après en avoir tiré une rentabilité maximum.

Pour que les banques ne ferment pas le robinet du crédit, condamnant les PME les plus fragiles, le Centre des jeunes dirigeants (CJD) réclame, dans son Panorama des PME rendu public le 30 août, une garantie bancaire publique via Oseo ou la Caisse des dépôts qui sécurise les prêts aux entreprises. C’est bien que le problème existe. Il se pose notamment pour investir dans l’innovation, d’où sortiront les emplois de demain. Car les PME prennent des risques, et même plus que les grandes entreprises qui ne consacrent que 2,6% de leur chiffre d’affaires à la recherche alors que l’effort des PME atteint 6,8%, selon le CJD. Certes, elles peuvent avoir accès au crédit impôt recherche. Mais il profite à 80% aux grandes entreprises, alors que les petites et moyennes entreprises ont créé 82% des emplois au cours des vingt dernières années. Cherchez l’erreur!

Gilles Bridier

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte