Culture

Hadopi: Chère «Plume», oui, nous vivons une révolution culturelle

Jean-François Copé, mis à jour le 24.04.2009 à 13 h 19

Mais elle n'a aucun avenir si elle se fait contre les artistes!

Dans sa chronique publiée la semaine dernière, Jean-François Copé expliquait pourquoi Hadopi méritait «qu'on y repasse un peu de temps». En commentaire, «Plume» lui répondait longuement. Slate.fr a alors publié cette réponse sous forme de tribune: «Ce que nous vivons, Monsieur Copé, s'appelle une révolution culturelle». Le député UMP lui répond aujourd'hui.

Chère «Plume»,

Tout d'abord, je vous remercie d'avoir pris le temps de me répondre. Une tribune, des réactions, un vrai débat d'idées qui s'installe... c'est ça, la démocratie. Et c'est ça aussi, la révolution culturelle dont vous parlez dans votre réponse. Merci Internet sans lequel nous n'aurions sans doute pas eu la chance de débattre ensemble tous les deux!

Bien sûr, nous vivons une révolution culturelle. Nous sommes parfaitement d'accord sur ce point ! Tout comme nous deux trouvons sur la toile un public pour nos idées, de nombreux artistes trouvent le leur sur Myspace, Dailymotion, Deezer... Internet est un canal de diffusion extraordinaire pour la culture. Tous les artistes peuvent tenter leur chance. Et quand le talent est au rendez-vous, le succès peut aller très vite : diffusion très large des œuvres, accessibilité en un clic, visibilité 24 heures sur 24, coût réduit voire gratuité... Les amateurs en ligne vivent au rythme frénétique de nouvelles découvertes et de coups de cœur. Ils peuvent découvrir chaque jour de nouveaux artistes ou explorer les recoins oubliés du patrimoine artistique. L'apport à la création est gigantesque et il est hors de question de remettre cela en cause.

Mais ne nous trompons pas: une révolution sombre dans l'excès lorsqu'elle se contente de faire table rase du passé sans proposer un modèle alternatif cohérent. La révolution grâce à Internet, ce n'est pas seulement tourner une page. C'est aussi reconstruire un modèle juste et qui profite à tous, artistes et amateurs de culture. L'ambition d'Hadopi, c'est bien d'accompagner les bouleversements que connaît la création. Et non pas de s'ériger en ligne Maginot pour protéger un monde dépassé.

Chère «Plume», je vois deux points différents dans votre réaction.

Le premier porte sur l'inefficacité supposée de la loi Hadopi que vous estimez très facilement contournable. Vous m'expliquez  que les moyens techniques permettront toujours de contourner les régulations sur Internet, qu'il s'agisse de téléchargement d'œuvres comme de la multiplication de sites antisémites ou pédophiles. Je sais bien que les forces de l'ordre ont souvent un temps de retard sur les délinquants mais je ne me résigne pas à laisser s'instaurer une loi de la jungle sous ce prétexte étonnant. Un tel argument revient à nier le principe même de toute régulation. Sur Internet comme ailleurs. Je ne peux pas croire que cela soit votre point de vue. En tout cas, je ne me suis pas engagé en politique pour dire «C'est trop compliqué, ne faisons rien»...

La loi Hadopi n'est bien évidemment pas une loi définitive qui fixe pour l'éternité les règles relatives à la création sur Internet. Elle réaffirme des principes forts, elle définit une mécanique alliant pédagogie et sanction, et prévoit des outils pour la faire appliquer. Ils devront évidemment s'adapter au rythme des innovations et des usages. Gageons que le dispositif prévu aura une efficacité auprès d'une grande partie des internautes qui téléchargent parfois sans prendre conscience de la portée de leurs actes. « Donnons sa chance au produit » et prévoyons un rendez-vous d'évaluation quand la loi sera appliquée, quitte à corriger le dispositif s'il n'est pas assez efficace. Maintenant que la Constitution donne des pouvoirs d'évaluation et de contrôle renforcés au Parlement, croyez-bien que nous saurons en faire usage, notamment sur la loi Internet et Création.

Le deuxième point de votre réaction est une invitation à l'innovation.
Oui, il faut inventer un nouveau modèle économique pour la culture sur Internet. Sur ce point, je vous suis totalement et je vous assure qu'Hadopi s'inscrit dans la même perspective. Comme vous, je considère que le CD n'a à terme qu'un avenir marginal. Quant au téléchargement, il n'est peut-être qu'une étape avant la généralisation du streaming. Selon le bon vieux principe de la «destruction créatrice» chère à Schumpeter, avec Internet, les règles du jeu sont en train de changer.

Mon obsession est que le nouveau modèle en train de naître soit favorable à la diffusion de la culture tout en respectant le droit des auteurs. En aucun cas ce modèle ne peut se fonder sur le vol et la contrefaçon généralisés. La vérité est que le téléchargement illégal freine l'avènement de ce nouveau modèle économique: ils pénalisent ceux qui investissent et qui créent dans le respect du droit, au profit de quelques-uns qui exploitent le travail des autres sans jamais le rémunérer. Quittez cinq secondes la peau de l'amatrice de jazz pour vous mettre dans la peau de l'artiste pillé par le piratage.

Comprenez-vous la réaction de ces créateurs qui voient dans le rejet d'Hadopi «un mauvais coup pour la création et un bras d'honneur à tous les artistes, les cinéastes et les professionnels de la culture»?

Refusant la piraterie, d'autres acteurs innovent dans le respect des droits d'auteur et des créateurs. Vous citez Spotify, par exemple. Ces acteurs reposent des modèles économiques encore fragiles. La gratuité complète n'existe pas et il faut bien entendu trouver quelqu'un qui paie en dernier ressort. Lorsque le marché publicitaire est tendu, cela complique les choses... Ceci étant dit, j'ai confiance dans le talent des acteurs d'Internet: ils ont prouvé au cours des dernières années combien ils pouvaient révolutionner notre vie à force d'innovation. Ne décourageons pas ceux qui le font en respectant la loi.

Chère «Plume», je vous avoue qu'il aurait été beaucoup plus facile pour moi de dire que le piratage n'est pas grave et que tous les internautes ont le droit d'écouter de la musique ou de regarder des films gratuitement sans rien payer aux artistes. Certains ont fait ce choix, non sans démagogie. Ils se disent sans doute qu'il y a plus d'électeurs qui téléchargent illégalement que d'artistes spoliés. Parce que je suis comme vous fan de jazz, parce que comme vous, mon idéal est l'accès à la création musicale pour tous, j'ai justement choisi de soutenir la loi «Internet et Création». Au nom de la révolution culturelle en cours.

Si vous le souhaitez, je me tiens à votre disposition pour en parler en face-à-face. Internet c'est bien, mais rien de tel qu'une rencontre réelle pour un véritable échange!

Jean-François Copé

Image de une: «Record Store Day», au magasin Rough Trade de Londres, le 18 avril 2009. Luke MacGregor/REUTERS

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