France

Se préparer au pire, pour l’éviter

Jacques Attali, mis à jour le 12.09.2011 à 7 h 35

Il faut regarder la réalité en face. La crise bancaire et des finances publiques pourrait nous mener à l’effondrement du système financier, à une grande dépression et à un chômage généralisé.

Une fissure au Tate Modern, à Londres, en 2007. REUTERS/Luke MacGregor

Une fissure au Tate Modern, à Londres, en 2007. REUTERS/Luke MacGregor

Il serait temps, en France, de se préparer au double choc à venir de la crise bancaire et de la crise des finances publiques. Il vient. Il sera là bientôt. Et personne ne réfléchit assez au scénario du pire; comme s’il suffisait,  pour le conjurer, de ne pas y penser.

 Voici ce que serait son déroulement, en dix étapes:

1. La Grèce,  n'ayant plus les moyens de financer ses déficits, arrête de rembourser  ses créanciers, de servir une partie de  ses retraites, de  payer une partie de ses fonctionnaires.  Toutes les banques lui ayant prêtées et    toutes les entreprises qui  lui vendent  des armes et autres produits de première nécessité subissent des pertes  .  La Grèce ne sort pas alors pour autant de la zone euro : aucun traité ne l’y contraint, ni même ne le rend possible ; de plus,  nul ne peut  forcer les Grecs  à convertir les euros qu’ils détiennent en une drachme de moindre valeur.    

2. Pour  renflouer ce pays,  l’eurozone refuse alors  d’utiliser les maigres ressources du Fonds de stabilisation Européen, et de créer des  eurobonds, ( qui n'ont de sens qu'avec  une fiscalité européenne, pour les rembourser, et un contrôle  européen des déficits des budgets nationaux , pour éviter d’en faire un mauvais usage) .

3. Faute d’instruments financiers européens  suffisants, les autres pays de l’Union abandonnent  la Grèce  à son sort.   

4. Les marchés, c'est-à-dire pour l’essentiel les prêteurs d’Asie et du Moyen-Orient, s’inquiètent de cet abandon et font payer de plus en plus cher leurs capitaux au Portugal, à l’Espagne, à  l'Italie .

5. La crise s’étend à la France, quand on réalise que sa situation financière n’est même pas aussi bonne que celle de l’Italie, (dont le budget, hors service de la dette, est en excédent, à la différence de celui de la France), et quand on mesure que ses  banques et compagnies d’assurances  portent une large part de la dette publique des pays périphériques  et détiennent  encore massivement des actifs toxiques,  sans valeur aujourd’hui.

6. Pour éviter l’effondrement  de ces banques,  on cherche des  actionnaires, privés ou publics.  En vain: il  faut trouver, pour les seules banques françaises, l’équivalent de 7% du PIB.  

7. En panique, la Banque Centrale Européenne  consent alors un financement  massif à ces banques, réglant une nouvelle fois un problème de solvabilité en fournissant de la liquidité.   

8. Horrifiée de ce laxisme, l 'Allemagne  sort alors  de l'euro et crée un «euro+», selon un plan déjà bien préparé qui, selon une banque suisse,  coûte à chaque citoyen allemand entre 6 et 8000 euros la 1ère année, puis 3500 à 4500 annuels.  

9. L’explosion de l’Euro révèle alors aux marchés que les banques anglo-saxonnes ne vont pas mieux , parce qu’elles ne se sont pas débarrassées, elles non plus,  de leurs produits toxiques et parce que la bulle immobilière n’est plus là pour faire illusion.

10. C’est alors l’effondrement  du système financier occidental, une grande dépression, un chômage généralisé, et à terme,  la remise en cause, même, de la démocratie.

On n'exorcise pas une telle tragédie en refusant  d’y réfléchir. Et puisque les gouvernements ne semblent  pas prêts  à agir sérieusement pour l’éviter,  pourquoi ne pas demander au Parlement européen de se réunir en session extraordinaire,  de se déclarer «Assemblée constituante», votant la mise en place d’un véritable fédéralisme budgétaire, dont dépend la survie de  tout ce que nous avons construit, depuis que l’Europe a renoncé à la barbarie. Il n’y a pas si longtemps.  

Jacques Attali

Cet article a également été publié par L'Express

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