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La vasectomie, c'est pour les Tata

Hugues Serraf, mis à jour le 14.09.2011 à 11 h 22

En Inde, on vous offre une auto contre une vasectomie. De quoi faire gamberger Frédéric Lefebvre, pour qui plus de bébés c’est surtout plus de chômage…

Chaîne de montage de la Tata Nano Amit Dave / Reuters

Chaîne de montage de la Tata Nano Amit Dave / Reuters

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La voiture est certainement, puisqu’il est interdit de se promener dans les rues un revolver à la ceinture en dehors du Texas et de la Sicile, le signe extérieur de virilité le plus prisé des machos. Plus elle est grosse, mieux c’est.

En Inde, où les pouvoirs publics ne savent plus quoi inventer pour freiner une démographie turbo-chargée, c’est tout le contraire: la bagnole y sera bientôt le symbole de l’absence totale de capacité à procréer. Les autorités du Rajasthan, qui avaient déjà l’habitude de proposer tout un tas de cadeaux en contrepartie d’une vasectomie volontaire (une opération consistant à ligaturer les canaux déférents pour bloquer l’émission de spermatozoïdes), qu’il s’agisse de grille-pain, de postes de radio ou de mixers à légumes, vont en effet offrir des Tata Nano aux disciples de Malthus.

Il faut dire que l’Inde, avec son 1,2 milliard d’habitants (près de 18% de la population mondiale) et son sous-équipement automobile notoire (15 véhicules pour 1.000 contre 575 en France), est le laboratoire idéal pour une expérience de ce genre.

Une Nano contre une vaso

Bon, avouons qu’une Tata Nano, ce n’est pas exactement la même chose qu’un Hummer pour partir à la chasse aux filles vénales. Et sans doute les candidats à ce troc étrange ne sont-ils pas, à la base, les plus richement dotés en testostérone: cette minuscule voiture aux allures d’œuf à la coque et au moteur de mobylette, surtout connue pour être la moins chère au monde (1.500 euros), n’a jamais été marketée comme la revanche indienne sur les berlines allemandes qui font vibrer les yuppies de Bangalore, la Silicon Valley locale.

N’empêche: une auto contre une vaso, c’est un pas conceptuel qu’il fallait franchir pour éroder un peu plus le pouvoir de séduction du moteur à explosion chez les jeunes générations. Surtout une auto baptisée Tata, soit dit en passant mais sans le moindre mauvais esprit

Le constructeur indien, pour autant, refuse d’être associé de près ou de loin à cette affaire. Interrogé par le New York Times, un porte-parole de la marque préfère y voir une «initiative gouvernementale ou privée», dont il ne pense pas qu’elle ait été présentée comme «soutenue» par un groupe par ailleurs propriétaire de Land Rover ―une marque particulièrement populaire auprès des hommes qui en ont dans le pantalon.

Notez que l’on aurait tort de se moquer trop rapidement des responsables politiques du sous-continent qui se débrouillent comme ils peuvent pour juguler une natalité galopante. Après tout, ils font surtout preuve de créativité et la créativité, c’est justement ce qui manque aux nôtres à l’heure de résoudre les grands problèmes structurels de la société.

Frédéric Lefebvre, qui attribuait récemment un taux de chômage français supérieur à celui des voisins à la propension que nous avons à nous reproduire sans nous préoccuper du déficit de l’Unedic, pourrait d’ailleurs s’en inspirer au moment de rédiger son prochain ouvrage de propositions iconoclastes pour l’avenir de la France.

Et Peugeot venant tout juste de confirmer son projet de construire une nouvelle usine dans l’Etat du Gujarat, nos vasectomisés à nous pourront se voir proposer de rouler avec un lion rugissant plutôt qu’avec une Tata, ce qui devrait être plus facile à vendre...

Hugues Serraf

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