France

Des Guérini à la mafia, des ordures pas très légales

Slate.fr, mis à jour le 08.09.2011 à 20 h 14

Le président PS du conseil général des Bouches-du-Rhône a été mis en examen dans le cadre d’une affaire concernant des marchés publics, notamment ceux de ramassage des déchets. Ce n'est pas la première fois que les ordures se retrouvent dans des affaires de société.

Des membres de la sécurité civile ramassent les ordures à Marseille, au 9e jour de grève des éboueurs de la ville, le 20 octobre 2010. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Des membres de la sécurité civile ramassent les ordures à Marseille, au 9e jour de grève des éboueurs de la ville, le 20 octobre 2010. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Le président PS du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, a été convoqué le 8 septembre par le juge d’instruction Charles Duchaine. Il a été mis en examen pour association de malfaiteurs (c’est-à-dire le fait de préparer à plusieurs la commission d’infractions graves), prise illégale d'intérêt et trafic d'influence, dans le cadre d’une affaire sur des marchés publics présumés frauduleux, notamment dans le domaine du ramassage des déchets. Son frère Alexandre a déjà été mis en examen puis incarcéré entre décembre 2010 et mai 2011 pour cette même affaire.

Cette histoire de poubelle remonte à 2004 explique L'Express: cette année-là, la Smae, société de traitement des ordures d’Alexandre Guérini, remporte le marché pour exploiter –et étendre– une décharge à La Ciotat, pour le compte de l’agglomération d’Aubagne. Le maire UMP de La Ciotat s’y oppose, et le conseil général (dirigé par Jean-Noël Guérini) préempte alors le terrain d’extension prévu, soi-disant pour préserver son paysage et milieu naturel.

Sauf que le conseil général vote le même jour une subvention à Aubagne dédiée à l’extension de la décharge sur ce même terrain.

Deux ans plus tard, la préfecture des Bouches-du-Rhône cède le terrain à Aubagne (ce qui fait les affaires d’Alexandre Guérini), après une commission permanente à laquelle a pris part Jean-Noël Guérini.

En 2005, une autre histoire de déchetterie occupe les frères, durant laquelle Jean-Noël Guérini passe des coups de fils et demande des services à d’autres élus pour régler «les problèmes» de son frère.

Quand le juge Charles Duchaine ouvre son dossier en avril 2009, il ne faut que deux semaines avant qu’arrive sur son bureau la retranscription d’une conversation entre les deux frères:

Jean-Noël - ... Il me dit bon, il me dit, l'enquête préliminaire sera ouverte. A mon avis, ça doit être pour les décharges, Alex.

Alexandre - Hé, qu'est-ce que tu veux que ce soit?

Jean-Noël - Hum, mais de toute façon au bout de trois ans y a prescription, ils peuvent rien faire (...)

Alexandre - Ouais, dis-moi... Euh... Demande le service que c'est quand même.

Jean-Noël - Oui, oui, demain, hein.

Alexandre - Avec précision, bien sûr, demain.

Les poubelles de l'illégalité

Ce n’est pas la première fois que les ordures se retrouvent au milieu d’affaires pas très légales. A Naples, par exemple, comme l’expliquait notre grand frère Slate.com en 2008, c'est la mafia qui cherche en permanence un secteur facile d’entrée et qui rapporte.

Pourquoi la mafia aime-t-elle tant les ordures? L’avantage du monopole sur le ramassage des déchets, c’est qu'il est légal et que les contrats publics rapportent gros (même si l’argent du racket de poubelles n’est pas grand-chose à côté de celui de la drogue ou du jeu). Il ne vous faut qu’un camion et quelques costauds pour vous faire de l’argent et il n’y a aucun risque que la demande diminue, c’est donc bien plus simple à gérer qu’un casino ou même une épicerie.

Cet amour pour les poubelles se retrouve un peu partout dans le monde. Dans certaines zones de Taiwan, des gangs creusent des berges, vendent les graviers à des entreprises de construction puis remplissent les trous avec les ordures qu’ils ont collectées. Les chefs du crime organisé géorgien se sont lancés [PDF] dans le transport des déchets quand il a été privatisé dans la ville de Tbilisi. A New York, la Cosa Nostra a plus ou moins contrôlé le ramassage des ordures des années 1950 jusqu’aux années 1990, lorsque Rudy Giuliani y a mis fin en devenant maire.

Cécile Dehesdin

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