Israël-Turquie: condamnés à s'entendre
Entre la Turquie qui estime son honneur bafoué et Israël qui a pour principe intangible de ne jamais s'excuser quand sa sécurité est en jeu, l'impasse semble totale. Mais quand la raison finira par reprendre le dessus, les deux pays ne pourront que s'entendre.
- Sous-marin israélien de la classe Dolphin / REUTERS -
La brouille entre Israël et la Turquie semble avoir atteint un point de non retour. Pour autant, le conflit entre les deux pays ne devrait pas s’éterniser. Les intérêts communs stratégiques et économiques sont trop grands. Au-delà des invectives, des menaces populistes et des mouvements d’humeur, les protagonistes reviendront à de meilleurs sentiments, poussés en cela par leurs armées respectives. Israël et la Turquie ont besoin l’un de l’autre et ils n’ont pas de politique de rechange à court terme
L’honneur perdu
Lorsque les hommes trinquent en portant un toast, ils formulent un vœu ou un souhait. En France, on souhaite la «bonne santé», en Israël, la vie, «lehaïm» et en Turquie on entrechoque son verre «à ton honneur». Le conflit avec Israël est d’abord pour les Turcs une affaire d’honneur et leur mauvaise humeur n’est ni stratégique, ni politique. Elle est plus futile... et plus profonde. Les Turcs n’ont pas apprécié que le rapport de l’ONU n’ait pas cru devoir condamner le blocus de Gaza par Israël, rendant ainsi légale l’interception de la flottille turc en 2010.
Certes la force excessive dles commandos, qui ont fait neuf morts, a été condamnée. Mais les Turcs ont estimé leur honneur atteint parce que l’ONU a souligné qu’ils n’avaient rien fait pour empêcher la violence sur le navire Mavi Marmara. Les Israéliens avaient donc eu raison d’intervenir. Tayyip Erdogan a justifié sa décision d’expulser l’ambassadeur israélien pour venger son honneur. L’incident aurait pu être clos si le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait laissé les diplomates trouver une formule capable de sauver l’honneur des deux parties.
Mais les Israéliens ont toujours peur d’un précédent qui les entrainerait à être contraints à des excuses à chacune de leurs opérations. En revanche, le ministre de la défense Ehud Barak, qui est très proche des militaires turcs, était partisan d’adresser ses regrets à la Turquie. Les nationalistes de la coalition s’étaient opposés à toute action qui aurait pu être considérée comme un aveu de faiblesse. Ils ne souhaitaient pas désavouer une armée qui avait agi aux ordres du pouvoir politique.
Coopération militaire
Les industries militaires israéliennes ont tout à perdre de suspendre les fournitures d’armes à un gros client. En 2009, Israël talonnait la France comme cinquième exportateur d’armes du monde à une différence de quelques millions de dollars. Le ministre Hervé Morin s’était inquiété de perdre cette place au profit d’Israël. Mais en 2010, Israël a été rétrogradé à la septième place en raison de ses mauvais résultats dus en grande partie à la diminution des ventes à la Turquie.
Les dirigeants industriels, qui ont les yeux fixés sur le carnet de commande, n’ont pas autant de susceptibilité que les diplomates. Ils étaient prêts à envoyer sur place une délégation qui aurait transmis une formule d’excuses agréés par les deux parties. Mais c’était sans compter sur l’intransigeance israélienne qui a fait dire à un dirigeant: «Ils peuvent aller en enfer. Ils comprendront ainsi ce que signifie le respect du droit maritime international quand notre Marine navigue dans les eaux internationales de la Méditerranée.»
Les militaires israéliens ont gardé d’excellents liens avec l’armée turque qui souffre de ne pas disposer de matériel suffisant. Ils sont intervenus auprès d’eux pour qu’ils arbitrent la situation mais, en attendant, ils refusent de signer de nouvelles commandes, de drones en particulier dont la première tranche de livraison a été livrée. Le gouvernement israélien a voulu montrer sa capacité de nuisance en encourageant les kurdes, armés, financés et entrainés par des officiers de Tsahal, à réchauffer la frontière avec l’Irak.
Matériel militaire israélien
Israël a diffusé sa haute technologie dans le cadre des liens étroits entre les deux armées. L’armée turque est entièrement équipée de matériel israélo-américain et il est inconcevable de changer de fournisseur à court terme. Elle peut encore tenir quelques mois mais les pièces de rechange viendront à manquer et affaibliront une armée puissante. La baisse de qualité de l’armée turque pourraient alors se retourner contre les politiques qui seront accusés d’avoir affaibli l’ossature du régime.
Au moment où le gouvernement d’Erdogan cherche à éliminer progressivement les militaires qui lui font de l’ombre, il peut difficilement affaiblir les capacités d'une armée qui a déjà été décapitée puisqu’une grande partie des officiers a été placée d’office à la retraite. L’ancien chef de la police militaire, Necdet Özel, a été nommé au poste de chef de l’état-major. Les officiers du commandement supérieur des forces armées voient d’un mauvais œil la promotion de nombreux officiers proches du courant islamique. Il doit donc composer.
Les Israéliens comptent sur la vieille garde militaire pour modérer les politiques. Erdogan a voulu prendre le leadership des pays arabes mais il a été contré par l’Arabie saoudite. Il a cherché à offrir aux révolutions arabes son modèle fondé sur un régime démocratique contrôlé par une armée forte mais sa seule réussite a été de consolider la lutte contre l’ennemi sioniste.
Les Américains qui tiennent à la réconciliation entre Israël et la Turquie refusent de se substituer au fournisseur défaillant dans une volonté de pression sur les Turcs. La suspension des contrats de défense pénalise aussi l’aviation israélienne qui entrainait ses pilotes dans le ciel turc, à la frontière avec la Syrie et l’Iran. Elle ne dispose plus du droit d’espionnage des frontières de l’Iran et des moyens de communications qui permettaient d’avoir l’œil et l’oreille sur toutes les usines nucléaires iraniennes.
Printemps arabe
Les menaces du ministre turc des Affaires étrangères, Davutoglu, d’étendre le printemps arabe contre Israël a inquiété les autorités américaines qui considèrent que le ministre est allé trop loin : «On dirait que Ankara menace d'attiser les populations palestiniennes et arabes israéliens contre le gouvernement israélien et l'armée. Si c'est ce que M. Davutoglu a voulu dire, la Turquie prend le risque que le président Obama et les gouvernements européens interdisent sa participation dans les opérations de l'Otan au Moyen-Orient.» Les puissances occidentales ont même menacé de voter une résolution de condamnation contre la Turquie si elle persistait à organiser la révolte arabe aux portes d’Israël. Elles conseillent en revanche de mieux canaliser l'insurrection syrienne qui déborde sur la Turquie.
Les Américains sont convaincus que la Turquie «bluffe» car elle n’a pas les moyens économiques pour s’attaquer à Israël. Elle exporte vers Israël du matériel ménager qui fait tourner ses usines de montage et de l’eau de moins en moins nécessaire depuis la mise en place d’usines de dessalement d’eau de mer. Elle a vu le tourisme israélien se réduire à 10% de son volume habituel. Elle donne l’impression d’user de rhétorique anti israélienne pour masquer ses difficultés économiques internes. Les Etats-Unis font pression sur la Turquie pour rétablir les liens privilégiés qui garantissaient l’hégémonie de ses deux alliés dans la région et ils ne sont pas prêts à se substituer à Israël pour la fourniture d’armes.
Economie en berne
Les analystes économiques occidentaux ont démonté la fausse croissance du PIB turc à 11% qui a été gonflée artificiellement par la politique de crédit à bas taux de sa Banque Centrale, au point de risquer à court terme de créer une bulle. La Turquie subit en fait une crise profonde qui la fait rejoindre la Grèce et le Portugal avec une balance commerciale qui s’effondre et une monnaie dévaluée. Le premier ministre Erdogan doit faire face à une crise économique en plus de la crise interne liée à la démission en masse des dizaines de généraux qui ont protesté contre l’emprisonnement de leurs collègues accusés de complot.
Les occidentaux s'interrogent sur la capacité d’Erdogan à gouverner et se demandent si son temps à la tête du gouvernement n’est pas compté. Ils craignent qu’il suscite une aventure militaire entre les forces navales turques et Israël pour détourner l’attention sur les difficultés économiques du pays. La volonté des Turcs de réchauffer le front maritime avec les Israéliens est un jeu dangereux car la marine turque ne peut pas rivaliser avec la technologie de pointe des missiles et du brouillage électronique israéliens. Par ailleurs les sous-marins Dolfin, en provenance d’Allemagne, donnent à Israël la suprématie maritime.
Le Premier ministre israélien est convaincu qu’il devra réviser sa position vis-à-vis des Turcs dans l’intérêt de son propre pays tandis que la Turquie attend le geste qui débloquera la situation et qui lui confèrera à nouveau son honneur. Benjamin Netanyahou vient d’affirmer vouloir une amélioration des relations avec la Turquie: «Nous respectons le peuple turc et ses traditions, et nous voulons vraiment une amélioration de nos relations». Cette déclaration a été faite symboliquement devant des militaires de la marine israélienne à Haïfa. Il a fait l'éloge des membres du commando qui a participé à l'arraisonnement du Mavi Marmara, le 31 mai dernier: «La notion de justice est le plus important atout stratégique d'Israël et c'est en son nom que je vous dis que le peuple d'Israël, qui vous a envoyés pour cette mission, est fier de vous, nous sommes fiers de vous». Le premier ministre semble préparer l’opinion publique à une réconciliation qui ne porterait pas atteinte au moral de l’armée et qui ne discréditerait pas la Marine. Tsahal n’attend que cette décision.
Jacques Benillouche
Mis à jour le 14/09/2011 à 1h51

















































Depuis le 'printemps arabe', on sent bien que le gouvernement israélien ne sait plus sur quel pied danser. Et c'était le but d'Obama qui, à mon avis, a lâché ses agents CIA dans tous les pays voisins d'Israël pour provoquer les 'indignés'.
Obama n'a pas oublié la gifle qu'il avait reçu concernant les colonies et Israël aura de la chance quand, à l'ONU, les USA opposeront probablement leur veto encore une fois (une dernière fois?) à la demande de reconnaissance par l'ONU de la Palestine.
Israël, lui, n'oublie rien. Mais comme les Bourbons d'antan, il n'apprend rien non plus.
En voyant la paille dans l'oeil du voisin vous faites semblant de ne pas voir la poutre dans le votre.
Le premier ministre turc s'est debattu durant son premier mandant a sortir la Turquie de la crise la plus grave de l'histoire du pays en 2002 cela malgre "l'elite kemaliste" : la bureaucratie, la bourgeoisie d'Istamboul et militaire.
La bureaucratie l'a empeche de faire les reformes et les privatisations imperatifs pour sortir le pays de la crise economique.
La bourgeoisie d'Istamboul, qui s'est enrichi avec les marches publics, et ayant perdu enormement d'argent et d'influence, voyait arriver derriere Erdogan la masse de petits entrepreneurs dynamique d'Anatolie - ceux qui l'on porte au pouvoir, se sont mis a denigre la politique de l'AKP. Mais leurs efforts se sont averes vains, l'AKP avait la majorite au parlement et Erdogan tenait son parti d'une poigne de fer.
Les militaires ont tente de l'arrete en le menacant de coup d'etat lors de l'election du president Abdullah Gul alors vice-premier ministre, mais cela a mobilise la population encore plus pour l'AKP. Et maintenant, les generaux putschistes sont entendu par la justice dans le cadre de l'affaire Ergenekon.
Durant les huits ans de pouvoir d'Erdogan, la Turquie a eu une croissance quasi chinoise, le PIB par hab. est passe de 3000 $ a presque 12000 $, l'inflation a ete ramene de presque 50 % a ~ 6 %annuel.
Dire maintenant que la Turquie est dans la meme situation que la Grece ou le Portugal est un non-sens, ces pays sont sous perfusions des institution financieres, qui subissent une serieuse recession et qui ne semble pas se resorbe malgre tout les efforts.
La Turquie a eu une croissance de 10 % durant le 1er semestre 2010, la dette correspond a ~ 40 % du PIB. Le seul point noir dans ce tableau est la balance commercial, du fait que la Turquie importe d'hydrocarbure.
La conjoncture actuelle est inquietante, mais pas plus pour la Turquie que pour Israel ou tout autre pays.
Les generaux demissionnaires ou mis a la retraite ont ete vite remplace par d'autres sans probleme. L'alternative au materiel militaire israelien existe : contrairement a ce qui est ecrit dans cet article, les USA, ne serait-ce que pour resorber un peu leur balance commercial extremememt deficitaire, mais aussi pour des raisons strategiques.
L'évolution de Erdogan et les purges faites dans l'armée turque font plutôt pencher pour une "poutinisation" de la Turquie et l'hypothèse de Fitback paraît très plausible justement à cause du "printemps arabe".
J'étais sur la ligne de J Benillouche jusqu'à l'attaque de l'ambassade israélienne au Caire parce que je pensais que les peuples arabes avaient pris conscience de s'être fait manipuler par les dictateurs qui, en insuflant la haine du voisin juif, les détournaient de la réalité de leur misère quotidienne. Aujourd'hui je suis plus interrogatif ...
Il n'y a pas plus sûr signe de bêtise que quand quelqu'un ne sait plus distinguer entre ses amis et ses ennemis. Il finit avec beaucoup d'ennemis et très peu d'amis. Réfléchissez.
Et maintenant il semblerait que quand le monde entier (y compris l'allié USA) parle de colonies on se trompe car il s'agit en réalité des territoires israéliens....
Selon cette logique la Dordogne appartient à ses colons anglais! Réfléchissez.
Erdogan se rattache à une tradition anti-juive. Son mentor politique, Necmettin Erbakan était un antisémite. Dès qu’il est devenu Premier ministre en 2003, Erdogan a adopté une politique hostile à l’égard d’Israël. En mars 2004, Erdogan a qualifié Israël « d’Etat terroriste » après l’élimination d’Ahmed Yassin. En février 2006, il a accueilli le chef du Hamas Khaled Mashal à Ankara. En janvier 2009, il a humilié publiquement Shimon Peres à la Conférence de Davos. En octobre 2009, la télévision d’Etat turque a diffusé une fiction par épisodes montrant des soldats israéliens assassinant volontairement des enfants palestiniens. En novembre 2009, Erdogan a déclaré qu’il préfèrerait rencontrer le président soudanais Omar al-Bashir que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. En mars 2010, Erdogan a proclamé que le Mont du Temple, Hébron et le Tombeau de Rachel à Bethlehem n’avait jamais été des sites juifs. Alors que la haine d’Erdogan pour Israël est authentique, ses éclats publiques contre Israël sont opportunistes. Ces éclats sont la manière la plus facile pour lui d’être acclamé comme un héros par les islamistes aussi bien en Turquie et dans le monde entier. Le gouvernement israélien a pris la bonne décision en refusant de se comporter comme un « Etat dhimmi ».
Le souhaitent-ils vraiment en dehors de quelques protestations vertueuses?
Sont-ils, par exemple, prêts à condamner les colonies illégales en Cisjordanie et sinon pourquoi? Sont-ils inquiets de l'inactivité du premier ministre Natanyahou depuis deux ans, préférant compter plutôt sur la défaite d'Obama en 2012?
Comment expliquent-ils la mise en cause quasi mondiale de l'attitude du gouvernement israélien même chez les gens aussi modérés et bien informés que les Scandinaves, les Canadiens sans parler de la France et la Grande Bretagne qui vont certainement voter oui cette semaine à l'ONU.
Sommes-nous tous des antisémites?
Le fait est que seul le veto américain (dont on peut se demander comment il aurait été obtenu 6 mois avant une élection...) empêcherait la reconnaissance de l'État palestinien.
Si mon pays était condamné de la sorte aux yeux du monde entier, je me poserais beaucoup de questions.
Est-ce que les Akry et les Tartempion de ce monde se les posent?
Je connais l'histoire de la région plus que vous ne pensiez et j'apprécie sa complexité. Il y a certainement du tort - des grands torts même - des deux côtés.
Mais aujourd'hui le monde s'attend à des actes positifs. Israël détient toutes les cartes militaires et économiques de la zone contestée (et un allié, un seul, puissant). Rien ne l'empêche, par exemple, de déclarer unilatéralement sa reconnaissance de l'état palestinien.
Son refus de le faire, ou même de permettre des negociations en mettant fin à la colonisation, est en partie dû à des gens qui partagent vos idées bornées que vous exprimez avec violence dans vos commentaires.
C'est triste et vous deviez en avoir honte car les citoyens arabes et israéliens de la région méritent mieux.
Aucun pays ne peut prétendre éternellement que le monde a tort et que lui seul a raison. Ecoutez donc, et réfléchissez.
Tout comme dans trop de pays arabes.
L'important pour nous autres démocrates est d'essayer de calmer les hystéries fascistes et d'ouvrir la parole aux gens plus modérés. Pour ce faire des observations très équilibrés sont nécessaires.
Par exemple, vous avez raison d'évoquer les crimes antisémites dans la région et ailleurs. Mais il y a eu des crimes de guerre aussi commises par les Israéliens en 1947 et depuis. L'attaque meurtrière sur Gaza en était un – dont l'ampleur était motivée autant pour des raisons électorales en Israël et pour rétablir le prestige du Tsahal après son échec ailleurs que pour des raisons (justifiés) de sécurité.
Refuser de voir l'ensemble du tableau n'avance rien.
Israël, par sa culture religieuse mais aussi à cause d'une longue histoire de persécution, a tendance toujours à vouloir interpréter le présent en tournant vers le passé. C'est compréhensible. Mais le présent appartient autant à l'avenir qu'au passé.
D'autant plus que (je pense que vous seriez d'accord) les plus grands criminels antisémites n'étaient pas arabes mais européens....
Continuons le débat.