Elections, mode d'emploi
Le chômage sera le principal ennemi des présidents sortants en 2012: Nicolas Sarkozy comme Barack Obama.
- Lors du discours sur l'emploi d'Obama le 5 septembre 2011. Jason Reed / Reuters -
S’il est une des rares constantes en science politique, c’est que, dans toute démocratie, une majorité sortante a le plus grand mal à se faire réélire quand l’emploi diminue. Le chômage sera donc le principal ennemi de Barack Obama dans un an, comme il sera, dans quelques mois, celui de Nicolas Sarkozy.
Les faits sont terribles: plus de 17% des Américains en âge de travailler sont au chômage. Plus de 22,7 millions d’Européens, soit 10% de la population active, le sont aussi, dont 5,1 millions âgés de moins de 25 ans, soit 20% d’entre eux. Ce taux atteint même 21% en Espagne et même de 46% pour les jeunes espagnols. En France, le taux de chômage dépasse les 10%; celui des jeunes dépasse les 23% et atteint même les 40% dans les quartiers défavorisés.
Le président Sarkozy a raison de dire qu’on ne résoudra pas ce problème à coup de dépenses budgétaires supplémentaires; et même si une hausse des impôts est inévitable, l’heure est au meilleur usage des dépenses publiques et non à leur augmentation. Il a aussi raison de rappeler que le chômage est structurel et qu’il faudra du temps, beaucoup de temps, pour le régler.
On peut d’avantage mettre en doute son discours selon lequel l’actuelle bonne tenue de la natalité serait un ennemi de l’emploi. D’abord, parce que la natalité d’aujourd’hui ne créera des demandeurs d’emploi que dans 20 ans au moins. Ensuite parce que la croissance de la population augmente la demande, et donc la croissance économique. Enfin, parce que la croissance de la population active (il entre chaque année sur le marché du travail 140.000 personnes de plus qu’il n’en sort en France, à la différence de l’Allemagne) permet de financer les retraites et donc de ne pas les faire peser sur la compétitivité du pays.
Il est urgent de faire de l’emploi le thème majeur de la campagne électorale. Et pour cela, de rappeler, cinq évidences:
- 1. La flexibilité du travail ne garantit pas l’emploi (comme le montre l’exemple espagnol, où plus du tiers des salariés sont en CDD);
- 2. Le chômage n’est pas une fatalité en temps de crise, comme le montre les Pays-Bas (qui n’ont que 4,3% de la population active sans emploi), et, à un moindre degré, l’Allemagne;
- 3. La réduction de la durée du travail est bonne pour l’emploi: les Pays-Bas ont la plus faible durée du travail annualisée d’Europe, et l’Allemagne a développé le temps partiel au lieu de licencier;
- 4. La préparation à la reconversion des chômeurs de longue durée, pratiquée massivement aux Pays-Bas, est essentielle pour lutter contre l’éloignement du marché du travail. Or, la France comme l’Espagne, les Etats-Unis et bien d’autres pays, a mis l’accent sur la flexibilité, et pas du tout sur la sécurité. Et il ne faudrait surtout pas, sous prétexte d’économies budgétaires, renoncer à l’urgence de la formation des chômeurs et de l’aide à leur réinsertion, qui peut se faire à budget constant. Sinon, on passera en Europe, et en particulier en France, à une situation où, comme aux Etats-Unis, des millions de gens seront définitivement inemployables: le taux de chômage doublera;
- 5. En particulier, toutes les expériences montrent qu’aider les gens sans emploi à créer des entreprises, ce qu’une proportion notable d’entre eux peut faire, coûte moins cher que les allocations chômage.
Le chômage n’est pas une fatalité. Encore faut-il faire de chaque homme, de chaque femme, la vraie priorité de la politique.
Jacques Attali
Cet article a été également publié par L'Express
Mis à jour le 06/09/2011 à 8h09


















































A cet égard il faut faire feu de tout bois : durée hebdomadaire du travail, congés maternités, parentaux, sabbatiques, et bien entendu âge de la retraite.
D'accord aussi sur le fait que la "flexibilité" en matière d'embauche et de licenciements est d'autant plus nuisible qu'elle dispense les employeurs de se montrer flexibles sur la durée du travail.
Par contre je vois mal comment la formation et l’aide à la réinsertion des chômeurs peut se faire à budget constant quand le nombre de chômeurs augmente : le budget constant n'est possible que si on a préalablement pris soin d'empêcher le nombre de chômeurs d'augmenter en réduisant la durée du travail.
Le point 5 me paraît plus discutable, et cela pour deux raisons : "aider les gens sans emploi à créer des entreprises, ce qu’une proportion notable d’entre eux peut faire, coûte moins cher que les allocations chômage"
Ce constat peut en effet avoir été complètement biaisé par deux redoutables effets de substitution :
-premièrement ce modèle économique ressemble à s'y méprendre à celui de l'activation des dépenses passives d'indemnisation du chômage.
Un modèle économique qui ne marche que pour les chômeurs indemnisés, et surtout qui ne marche qu'à condition qu'il y ait aussi beaucoup de chômeurs non indemnisés.
Subventionner l'embauche des chômeurs indemnisés et des RMIstes n'a de sens que s'il y a un grand nombre de chômeurs non indemnisés sur le marché du travail, de sorte qu'on trouve du travail beaucoup plus rapidement quand on peut les doubler dans la file d'attente.
A défaut le chômeur indemnisé ne trouverait pas de travail plus vite (puisque les autres, indemnisés aussi, donneraient droit à la même subvention) et il ne serait plus possible de financer la subvention versée à l'employeur grâce à l'économie réalisée sur la durée d'indemnisation.
Comment les créateurs d'entreprises au chômage indemnisé pourraient ils ne pas nuire à leurs concurrents créateurs d'entreprises au chômage non indemnisé, s'ils bénéficient d'aides auxquelles les seconds ne peuvent pas prétendre ?
Si tous les créateurs d'entreprise (indemnisés ou non par Pôle Emploi) avaient droit aux mêmes aides, ou si tous les chômeurs avaient droit à la même indemnisation (et donc aux aides qui vont avec) aider les gens sans emploi à créer des entreprises coûterait-il toujours moins cher que de les indemniser ? J'en doute fort.
-deuxièmement, l'autre terme de la substitution peut très bien être occupé par un chef d'entreprise en place, et non pas par un créateur d'entreprise qui n'a pas droit à l'indemnisation du chômage.
C'est ainsi que beaucoup de jeunes, aidés par leurs familles, montent des commerces alors même qu'ils savent bien qu'il y en a déjà trop du même type dans la rue, que cela va forcément se terminer mal pour quelqu'un. Mais ils le font quand même parce qu'ils n'en peuvent plus de rester au chômage depuis des années.
Au plan macroéconomique il faut se poser la question : au final tout cela fait-il vraiment un chef d'entreprise en plus, un chômeur en moins ?
Ceux qui pensent que oui sont appelés supply-siders.
Les autres pensent que la consommation est limitée par la profondeur du porte-monnaie du consommateur et qu'il ne sert à rien de lui donner plus de choix si on ne veux pas lui donner d'argent pour qu'il puisse acheter plus.
En ne qui concerne la natalité :
"On peut d’avantage mettre en doute son discours selon lequel l’actuelle bonne tenue de la natalité serait un ennemi de l’emploi. D’abord, parce que la natalité d’aujourd’hui ne créera des demandeurs d’emploi que dans 20 ans au moins"
C'est une évidence, mais cela ne change rien au fait que la France est lourdement handicapée par la natalité qu'elle connaissait il y a 20 ans, et qui était déjà beaucoup plus forte que chez ces voisins.
"Enfin, parce que la croissance de la population active (il entre chaque année sur le marché du travail 140.000 personnes de plus qu’il n’en sort en France, à la différence de l’Allemagne) permet de financer les retraites et donc de ne pas les faire peser sur la compétitivité du pays."
Hélas non ! Ce phénomène économique par ailleurs parfaitement authentique ne se manifeste qu'en période de plein emploi. Il faut vraiment avoir été élevé au biberon de la propagande nataliste comme le peuple français pour en parler comme s'il était encore d'actualité.
La croissance de la population active ne finance rien du tout depuis déjà plus de 35 ans et cela durera encore aussi longtemps que la chômage n'aura pas été complètement résorbé.
Quand on a déjà 6 ou 7 millions de chômeurs, 140.000 actifs de plus ou de moins ne peuvent faire que 140.000 chômeurs en plus ou en moins, et non pas un centime de cotisation retraite en plus ou en moins.
Le cas de figure où une variation de la population active pourrait avoir un effet sur les recettes des caisses de retraite est celui où le chômage aurait complètement disparu et où il resterait encore des postes à pourvoir qui ne trouvent pas preneur par manque de population active !
Autant parler de la récolte des fraises sur la planète Krypton dans la 7ème dimension.
Nous sommes tellement loin de ce cas de figure !
Voici donc l’évidence manquante, qui me semble l’essentielle de la liste, à mon avis:
6. Réduire le cout du travail, tout en augmentant les salaires, par un transfert des charges sociales sur la TVA permettrait à la fois d’augmenter la demande et la compétitivité, qui sont les deux moteurs essentiels de l’emploi.