France

Campus UMP: Ceci n’est pas un programme (mais un peu quand même)

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 04.09.2011 à 19 h 15

Au cas où cela vous aurait échappé, c’est toujours la crise. Contre le rasage gratis du PS, l’UMP appâte ceux qui veulent resigner pour 5 ans avec un pré-projet à zéro euro sur fond de discours de vérité… Dur dur.

Les coques iPhone siglées du logo UMP, au campus d'été de l'UMP à Marseille, le 4 septembre 2011. Slate/ Jean-Laurent Cassely

Les coques iPhone siglées du logo UMP, au campus d'été de l'UMP à Marseille, le 4 septembre 2011. Slate/ Jean-Laurent Cassely

Il y a au moins trois campus d’été de l’UMP qui se déroulent simultanément dans des dimensions parallèles. Le premier, à la tribune marseillaise, est fait d’appels à l’unité, de compliments mutuels et d’esprit de rassemblement derrière Nicolas Sarkozy.

Le deuxième campus, c’est celui des flux d’information et des commentaires, dans lequel dominent le bras de fer public entre le président et Jean-Pierre Raffarin, les sorties de Devedjian ou de Lucas…

Enfin le campus est aussi ce moment d’émulation militante et de convivialité qui réunit des jeunes et sert accessoirement d’arrière-plan pour les photos.

Parti pol. cherche son programme

Sur le stand merchandising, la coque iPhone siglée du logo UMP est à 8 euros, mais le programme pour 2012 ne vous coûtera rien. Reste une question politique d’importance: c’était quoi, au juste, le discours de Bruno Le Maire samedi après-midi au campus UMP de Marseille?

«Les premières grandes lignes du projet», a introduit le ministre de l’agriculture qui coordonne cette mission. Un avant-projet qui ne lie pas le candidat Sarkozy, lequel piochera et prendra ce que bon lui semble. D’ailleurs devant les journalistes, le responsable du projet a souhaité «qu’on laisse le président libre» pour 2012.

C’est une «boîte à outil», selon Henri Guaino croisé à l’entrée du hall. Lequel en a profité pour faire un cours de rattrapage sur l’esprit de la Vème République:

«La seule chose qui engage c’est ce que le candidat proposera aux Français

Le conseiller spécial du président remet ainsi les choses à leur place, et minimise l’importance des débats du jour. Vendredi matin, un journaliste avait rappelé à Jean-François Copé que le programme de l’université incluait aussi la présentation du projet UMP.

Le repérage de cet oubli provoquant l’hilarité dans la salle, le secrétaire général était forcé d’admettre: «Vous avez tout à fait raison»… Ambiance.

Le courage de la vérité, la vérité du courage…

Samedi, Le Maire voulait en tout cas livrer l’ébauche d’une vision de la société pour créer une dynamique en 2012. La fameuse phrase de Kennedy, qu’il paraphrase dans son discours, en donne la tonalité: «Arrêtons de nous demander ce que l’Etat peut faire pour nous, demandons-nous ce que nous pouvons faire pour la France».

Recentrage sur les fondamentaux: redéfinition du rôle et de la place de l’Etat, responsabilité et travail, la philosophie de la reconquête passe par des efforts, des droits assortis de leurs devoirs pour un pacte républicain refondé…

Sur le fond, le projet «à zéro euro pour le contribuable» présenté par le ministre de l’agriculture insiste sur la réduction de la dépense publique comme condition pour retrouver des marges de manœuvre dans les domaines de l’éducation (autonomie des établissements, fin du collège unique) de la justice et de la sécurité (remise en cause du caractère systématique de la remise de peine, ce qui a plu a Eric Ciotti).

En se fondant sur un «nouveau modèle de croissance»: baisse du coût du travail, appui aux PME et TPE, complété le lendemain par un appel de Jean-François Copé à l’innovation pour «aller chercher la croissance au-delà de nos frontières».

Reste que les deux pistes annoncées cette semaine dans L’Express, fiscalisation des allocations familiales et baisse des indemnités chômage des cadres, furent évoquées hier après-midi dans le cadre d’une prudente forme interrogative…

UMP austérité

«Au final, on mettra le curseur là où le veut ma famille politique», admettait plus tard un Bruno Le Maire conscient des limites de l’exercice. Puisque les propositions sont pour l’instant non contractuelles, on peut en revanche se pencher sur l’esprit du projet qui annonce la sobriété, l’austérité même dans laquelle l’UMP aborde la bataille.

Vérité et courage, mots forts qui retentissent à Marseille pour marquer la différence face à un PS qui se balade «la générosité en bandoulière et la main dans la poche du contribuable», déclare Le Maire.

«Cette gauche qui continue de mutiplier les promesses de dépenses supplémentaires: Emploi jeunes à gogo, allocation universelle pour les étudiants, triplement du budget de la Culture…», a poursuivi sur la même musique Jean-François Copé ce dimanche matin.

«Il faudra du courage» pour réduire le déficit sans augmenter les impôts, concluait devant les journalistes Bruno Le Maire. En clôture du campus, François Fillon enfonçait le clou:

«Plus que jamais, les Français doivent être conscients de leurs devoirs. Voilà la vérité

Génération pas indignée

Parallèlement, notre compréhension de ce qui se passe dans la tête d’un militant de l’UMP se précise au fil des jours. Ce que le Jeune Pop redoute plus que tout, le terme qui le fait bondir mais qu’il place dans une phrase sur trois, c’est «l’assistanat».

La gauche et «son discours lénifiant, anesthésiant pour la jeunesse» (Christian Jacob ce matin), les jeunes de droite n’en veulent pas. Un logement social, un emploi-jeune ou un RSA, ça c’est bon pour le jeune de gauche, qui pourra en plus bientôt fumer son hashich en toute légalité une fois qu’il aura pointé à ses 35 heures de glandouille en emploi para-public, le tout en attendant la retraite à 50 ans.

Le Jeune Pop est du genre responsable, réaliste et entreprenant. «On n’est pas une génération d’indignés», s’était enthousiasmée un peu plus tôt une responsable des Jeunes Pop à la tribune. «On est une génération responsable, et engagée».

La dette, le déficit, les réformes structurelles: le Jeune Pop n’a que ces mots à la bouche. Il vit la dette intimement, dort avec elle et au réveil, c’est à sa réduction qu’il aspire.

Se remémorant une précédente université d’été marseillaise, qui avait en 2006 porté chance au candidat Sarkozy, un jeune militant raconte: «C’est vrai que la situation était très différente. A l’époque, on était là pour faire rêver». C’était il y a longtemps déjà.

Texte et photos: Jean-Laurent Cassely

Jean-Laurent Cassely
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