France

L'UMP à Marseille: ensemble, c’est tout

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 03.09.2011 à 14 h 14

Pour sa première journée de campus d’été, l’UMP voulait faire mentir ce slogan relayé par les médias: Ensemble, c’est tout juste possible.

Jeunes Pop, le 2 septembre, à Marseille. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Jeunes Pop, le 2 septembre, à Marseille. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Qu’est-ce qu’un jeune populaire? Schématiquement, c’est un jeune de droite en deuxième année d’école d’ingé, de fac de droit ou d’école de commerce, qui ne craint pas de se déplacer dans Marseille avec un drapeau à l’effigie de son mouvement, ni de porter un sac UMP, encore moins d’arborer des imitations Ray-Ban à l‘effigie de son mouvement. Un jeune à l’aise dans ses bateaux, donc.

 Et un jeune pour qui la famille, la nation et la responsabilité face aux réformes sont des préoccupations majeures. C’est en tout cas l’enseignement d’une consultation interne dont quelques résultats ont été présentés lors de la journée inaugurale de l’édition 2011 du campus de l’UMP.

Les Jeunes Pop et leur animateur en chef Benjamin Lancar se sont donc installés à Marseille depuis vendredi matin, pour trois jours de débats et de fête. Arrivant au fil de la journée par fédération, ces mini-sarkozystes (certains ont à peine 16 ans) sont venus en nombre (on parle de 3.000 participants) pour faire mentir cette idée saugrenue selon laquelle le jeune serait par défaut à gauche...

Coup d’envoi de la campagne présidentielle à droite mais simple point d’étape sur le plan du projet élaboré par Bruno Le Maire, dont on parlera ce samedi à Marseille, ce campus pensé comme exceptionnel par sa durée et sa fréquentation fait l’objet de toutes les supputations journalistiques. L’idée, clairement, est d’essayer de rentabiliser le billet de TGV avec au moins une petite phrase assassine à ramener à Paris. Ou, à défaut, une gaffe d’un ténor de la majorité. Enfin quelque chose à se mettre sous la dent.

Mais l’UMP est ici pour montrer l’image d’un rassemblement, répète-t-on ici ou là. Belle formule, qui prend la guerre médiatique au sérieux au point de penser que l’image d’un rassemblement suffira à rassembler. La Rochelle a eu sa photo de famille, l’UMP aura la sienne. Dès vendredi matin, Jean-François Copé a tapé sur les doigts des journalistes:

«Le débat de fond va prévaloir pendant ces trois jours. Je sais que ça n’est pas la partie que vous préférez».

Mais où va-t-il chercher des idées pareilles? On ne s’intéresserait qu’aux mésententes entre Raffarin et Sarkozy? On n’aurait d’yeux que pour les dérapages à prévoir de la Droite populaire? Et les journalistes arpenteraient les stands du campus en quête d’une énième sortie solitaire d’un membre de la majorité ?

Heureusement, il y a le PS

Entre DSK qui devrait revenir très prochainement à Paris et Jean-Nöel Guérini convoqué chez le juge jeudi prochain, la machine à perdre tourne ces temps-ci à plein régime. Ça n’est pas pour déplaire à Copé, ni aux élus UMP marseillais. Muselier s’en est donné à cœur joie en dénonçant «un système politico-mafieux», Jean-Claude Gaudin gardant son habituelle réserve sur ces affaires qui touchent les élus socialistes de son fief.

Les jeunes Pop locaux n’ont pas la même pratique et se lâchent plus volontiers à la tribune : «Cela fait plus de deux ans que nous nous battons contre la pègre socialiste marseillaise», déclare l’un d’eux à la tribune.

Muselier répète à la suite de Copé que les deux premiers secrétaires successifs du PS devaient savoir ce qui se tramait dans leur fédération des Bouches-du-Rhône… Oui, vous savez, les deux derniers premiers secrétaires, François Hollande et Martine Aubry. Un tract circule dans la salle principale: il appelle à voter Montebourg aux primaires socialistes… L’homme est très populaire et l’UMP prend un malin plaisir à louer le courage et la clairvoyance d’un candidat concurrent qui n’a aucune chance de les déranger en 2012.

Le PS, cet ennemi commun qui rend possible «le petit miracle» qu’est l’UMP (Jean-François Copé). Rien n’excite la salle comme l’évocation de son concurrent pour 2012. «Qui peut croire que la France a besoin de François Hollande?» par Roger Karoutchi, est incontestablement la phrase qui a mis en délire la jeunesse de droite ce vendredi 2 septembre. Pourtant certains membres du parti de la majorité comme Patrick Devedjian ont critiqué ces attaques dirigées contre les primaires socialistes.

Mais après tout, pourquoi se priver, la tentation est si forte… Les jeunes militants ont à cœur de faire mentir l’idée que «la gauche est première sur le lol». En témoignent un certain nombre d’affiches ou de t-shirts parodiques qu’on croise régulièrement dans les allées du Parc Chanot.

L’UMP, ce petit miracle de diversité

«Voilà un certain nombre de mois qu’on veut caricaturer le débat», a fait mine de s’étonner Copé à la tribune. Il y aurait la Droite populaire contre les centristes et tout le monde en serait malheureux. Pour minimiser l’effet négatif des dissensions qui s’affichent dans la presse, le secrétaire général évoque un parti moderne où la liberté de parole est de mise pour chacun… Et dont il est le garant. La droitisation de l’UMP serait donc un mythe.

Et pourtant: «Trop libéral et trop conflictuel», avait taclé Dominique Bussereau dans Le Figaro à propos du discours du patron de l’UMP. «Inflexion trop libérale ou trop droitière », estimait pour sa part le député Damien Meslot dans Le Monde. L’exaspération des modérés est palpable depuis quelques mois, le sarkozyste niçois Estrosi se recentre sur le social et l’aile centriste du parti critique l’omniprésence de la Droite populaire.

Ça tombe bien, une opération centrisation et humanisme était programmée en début d’après-midi. Surfant sur le succès du président sur le front libyen, l’UMP a invité des jeunes tunisiens, libyens, ivoiriens et syriens à dialoguer à la tribune avec les jeunes militants du parti. Ça cause droits de l’homme, liberté et démocratie. «Vous êtes invités permanents de l’UMP», s’emporte Jean-François Copé. 

Pierre Méhaignerie introduit la table ronde sur les valeurs du parti et déroule son argumentaire: avec «la responsabilité des individus dans une société ouverte» comme valeur centrale, l’UMP redonne l’image d’un parti libéral moderne et modéré. Devant un auditoire de jeunes perplexes, il se lance alors dans l’explication de sa base doctrinale en invoquant la pensée politique de Tocqueville, Mounier et le personnalisme, Aron ou John Rawls et son concept d’inégalité efficace…

Patrick Ollier cite la conférence sur la nation d’Ernest Renan, Nora Berra met la diversité au cœur du projet du parti. Mais les jeunes n’étaient pas venus pour un cours magistral, et Lionnel Luca va les galvaniser en rappelant l’importance des héros nationaux de l’histoire de France «qu’on met aux oubliettes».

Roger Karoutchi fait un tabac en évoquant le risque d’un déclin de l’identité nationale, la grandeur de la France, déclenche enfin une standing ovation en s’en tenant aux fondamentaux de la défense de la République. L’applaudimètre ne laisse guère de place au doute, tout comme l’indifférence dans laquelle Henri Guaino est venu s’exprimer en clôture de cette journée: les jeunes militants ont envie d’entendre un discours décomplexé.

Jean-Laurent Cassely (à Marseille)

Jean-Laurent Cassely
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