Monde

Grippe aviaire : non, le H5N1 n’est pas mort

Jean-Yves Nau, mis à jour le 03.09.2011 à 9 h 24

Un nouveau virus mutant vient d’apparaître en Chine et au Vietnam. Si la FAO redoute «des risques imprévisibles pour la santé humaine», l'OIE est plus mesurée.

Marché aux oiseaux de Hong Kong, en novembre 2010. REUTERS/Tyrone Siu

Marché aux oiseaux de Hong Kong, en novembre 2010. REUTERS/Tyrone Siu

Nouvelle alerte sur le front de la grippe aviaire avec l’apparition d’une nouvelle souche virale et une mise en garde solennelle de l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Tout d’abord ne pas confondre. On se souvient qu’en 2009 on avait découvert le «H1N1», nouveau virus grippal apparu au Mexique.

Très contagieux dans l’espèce humaine, il fut à l’origine de bien des frayeurs laissant redouter une pandémie hautement meurtrière. Ce ne fut heureusement pas le cas en dépit de sa diffusion pandémique. Les projecteurs sont aujourd’hui braqués sur un autre virus grippal infectant préférentiellement les oiseaux: le «H5N1», responsable de la  grippe aviaire (ou «peste aviaire» ou «grippe du poulet»). Ce virus est apparu pour la première fois fin 2003 dans le sud-est de l’Asie. Il a, depuis, conduit à l’abattage préventif de plus de 400 millions de volailles d’élevage et causé près de 20 milliards de dollars de dommages économiques.

Les H5N1 est aussi susceptible, dans des circonstances exceptionnelles, de se transmettre à l’homme lorsque ce dernier est au contact étroit de volailles infectées. Il est alors hautement pathogène, tuant plus d’une fois sur deux: le bilan officiel de l’OMS fait ainsi état de 565 personnes infectées dont 331 sont décédées des suites de cette contamination virale.

Le dernier décès a été recensé au début du mois d’août au Cambodge où ont été enregistrés huit cas d'infection humaine cette année, tous mortels. C’est cette dangerosité qui, à compter de 2006, avait conduit à la mise en œuvre d’une série de mesures préventives spectaculaires dans des pays européens, dont la France, qui n’étaient pas directement touchés par cette épizootie. 

Les effets positifs d'une politique volontariste

Pouvant être véhiculé à l’échelon planétaire par des oiseaux sauvages migrateurs (ainsi que par le commerce international des poussins), le H1N1 a progressivement contaminé les élevages de volailles dans nombreux pays. En 2006, on recensait plus de soixante pays touchés.

Toutefois sur les conseils réitérés de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et de la FAO des mesures drastiques et efficaces de lutte (surveillance vétérinaire, destruction des élevages de volailles potentiellement contaminés et indemnisation immédiate des éleveurs, campagnes de vaccination des volailles) ont pu être été mises en œuvre soutenues par un financement international. Cette lutte fut notamment menée avec succès dans des pays démunis où les volailles représentent une part essentielle des apports protéiques.

Grâce à cette politique volontariste, la plupart des pays touchés ont pu redevenir indemnes de l’épizootie. Aujourd’hui le virus continue toutefois à sévir de manière endémique dans six pays à forte densité de populations humaine et aviaire: la Chine, l’Egypte, l’Inde, l’Indonésie et le Vietnam ainsi, pour partie, que le Bangladesh.

Les explications du Dr Bernard Vallat, directeur général de l’OIE, à Slate :

«Ces pays mettent en œuvre des campagnes de vaccination préventive efficace contre l’infection des volailles. Mais pour des raisons techniques, économiques et vétérinaires ces vaccinations ne concernent en pratique que les grands élevages et pas les volailles élevées à l’échelle domestique. Cette situation fait que le virus H5N1 peut continuer à circuler au sein des populations aviaires, interdisant de ce fait l’obtention de l’éradication de la maladie. Dans ce contexte on peut toujours craindre, du fait de la modification perpétuelle de son patrimoine génétique, l’émergence d’une nouvelle souche du virus H5N1.»

C’est précisément ce qui vient de se produire: l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) vient de dire toute son inquiétude après la découverte de l'apparition, en Chine et au Vietnam, d'une nouvelle souche virale. Cette dernière, dénommée «H5N1 - 2.3.2.1.», peut contourner les défenses immunitaires induites par les vaccins vétérinaires existants.

H5N1 2.3.2.1. reperée au Vietnam

Selon la FAO, cette nouvelle souche est d’ores et déjà présente dans la plus grande partie du nord et du centre du Vietnam où les campagnes de vaccination printanières n’avaient pas été menées. Et toujours selon la FAO, la circulation du virus au Vietnam menace désormais  directement le Cambodge, la Thaïlande et la Malaisie ainsi que la péninsule coréenne et le Japon. Il faut aussi à nouveau compter avec la possible transmission internationale du nouveau virus via les oiseaux migrateurs. La FAO évoque pour sa part «des risques imprévisibles pour la santé humaine».

Les responsables de l’OIE ont choisi d’adopter une politique de communication a priori moins catastrophique. Ils recommandent certes à tous les pays de maintenir «une surveillance active des populations d'oiseaux». Mais ils indiquent aussi qu’un des laboratoires de référence de l’organisation, situé à Harbin, en Chine,  a mis au point une nouvelle souche vaccinale qui, d'après les tests expérimentaux, protège les volailles de l’infection contre le «H5N1 2.3.2.1.» Ce vaccin est en cours d’enregistrement et de production industrielle dans plusieurs pays et pourra être utilisé dès qu’il sera disponible.

«Ces derniers éléments démontrent que face à cette réalité épidémiologique et infectieuse qu’est la grippe aviaire il ne faut jamais baisser la garde, souligne le Dr Vallat. Des efforts considérables ont pu être accomplis dans de très nombreux pays depuis 2003 grâce à une série de mesures parfaitement codifiées et à un soutien international. Pour autant force est de constater que plusieurs pays ne sont toujours pas parvenus à obtenir l’éradication. Et l’expérience montre que cet objectif ne peut pas être atteint sans la mise en place de services vétérinaires publics pleinement efficaces.»

Jean-Yves Nau

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Journaliste
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