Un champion de golf peut-il gagner sans caddie?

Billy Foster, le caddie de Lee Westwood, au championnat PGA en août 2011. REUTER

Billy Foster, le caddie de Lee Westwood, au championnat PGA en août 2011. REUTERS/John Amis

A quoi sert celui que l'on voit sur les greens porter le matériel du pro?

Moins de trois semaines après avoir été congédié par le roi du green, Tiger Woods, le caddie Steve Williams a accompagné son nouvel employeur, Adam Scott, vers la victoire du WGC-Bridgestone Invitational. Une fois la petite balle blanche logée dans le dernier trou, Steve Williams n’a pas tardé à se féliciter d’avoir joué un rôle déterminant dans la victoire de Scott. Ce qui lui a valu les critiques de bon nombre de golfeurs, qui estimaient qu’il volait la vedette à Adam Scott. Le caddie peut-il contribuer de manière cruciale au succès d’un golfeur?

C’est possible, si tant est que le golfeur lui offre cette chance. Pour une poignée de golfeurs professionnels, le caddie doit se cantonner aux trois bonnes vieilles règles du métier: «show up, keep up, and shut up» (être présent, suivre et se taire). Aujourd’hui, cependant, la plupart des joueurs de golf attendent de celui qui porte leurs clubs (également désigné sous le terme «loopers» dans le milieu) qu’il s’approprie les paramètres du parcours durant les jours qui précèdent le tournoi.

Le rôle du caddie

Le caddie utilise parfois un télémètre laser pour mesurer les distances entre les tees et les obstacles naturels ou un niveau pour établir un levé topographique des greens. Bien que ces instruments soient interdits pendant le déroulement du tournoi, ils sont devenus de précieux outils de préparation. Selon la configuration de certains greens, il est difficile de bien évaluer, à l’œil nu, la surface de putting. Ce qui fait que la plupart des golfeurs se fient en grande partie aux mesures effectuées par leur caddie avant le jour J.

Les caddies compétents font bien plus que se servir d’un télémètre, ce sont de véritables coachs et psychologues du sport, à l’instar des hommes de coin à la boxe. Leur rôle consiste, entre autres, à choisir soigneusement les clubs et à faire une lecture correcte du green, afin que le golfeur n’ait pas à se poser mille questions quand il se trouve devant la balle. Une légère hésitation ou un infime abaissement des épaules peut ruiner un coup!

Un caddie qui accompagne un joueur de golf depuis de nombreuses années sait aussi combien de temps laisser bouder le golfeur après un coup raté… Et quand lui «donner un coup de fouet» pour qu’il reste concentré à chacun des plus de 200 swings nécessaires pour remporter un tournoi. Les plus grands caddies rappellent constamment à leur golfeur de bien faire attention à ne pas reproduire les erreurs commises sur un trou lors des tours précédents. Le tandem échange: il y a bien sûr les fameuses tapes dans la main et autres accolades viriles.

Difficile d’être un caddie-star

En dépit de ces contributions, peu de spécialistes du golf pensent que le bon caddie peut faire d’un joueur de golf médiocre un concurrent sérieux. Car au bout du compte, c’est surtout la qualité des coups du joueur qui comptent. De la même façon, un champion ne devient pas subitement un tocard parce qu’il a changé de caddie et que ce dernier est un traînard. Bien souvent, un seul coup peut déterminer l’issue d’un tournoi, si bien que les golfeurs ont tendance à garder leur caddie si le courant passe bien. (Pour un parcours spécialement complexe, il arrive qu’un golfeur engage un caddie habitué à ce terrain précis – quelqu’un qui étudie, depuis des années ou des décennies, ses particularités.)

Il est extrêmement difficile de dissocier le talent d’un caddie et celui de son patron, c’est pourquoi le métier recèle peu de stars. Le Temple de la renommée du golf (World Golf Hall of Fame), fondé en 1974, n’a jamais distingué un caddie pour ses exploits. Qu’importe, la Professional Caddies Association (l’Association des caddies professionnels) a lancé son propre Hall of Fame en 1999. Il regroupe aujourd’hui 97 membres, au premier rang desquels Adolphos Hull, dit «Golf Ball», qui a travaillé avec Raymond Floyd, et «Squeaky» («grinçant»), alias Jeff Medlin. (Les caddies ont très souvent des surnoms.) Dans la plupart des cas, le seul critère objectif d’excellence d’un caddie est sa longue durée de collaboration avec un seul et même golfeur accompli.

Bruce Edwards, qui a fait équipe avec le golfeur Tom Watson pendant 28 ans, fait partie des rares caddies à avoir, pour ainsi dire, conquis les amateurs de golf. En 2003, il a aidé Watson à réaliser un magnifique premier tour à l’US Open, avec une carte de 65, alors qu’il souffrait visiblement de la maladie de Charcot. Bruce Edwards est décédé à peine 10 mois plus tard.

Pour la plupart des caddies, la renommée est un but difficilement accessible. En revanche, quand ils ont la chance d’évoluer aux côtés d’un golfeur professionnel brillant, le salaire est assez intéressant. Les caddies empochent entre 800 et 1.000 dollars [550 à 700 euros environ] par semaine, plus une prime de 5 à 15% des gains en tournoi de leur patron, en fonction du classement de ce dernier. Au plus fort de son succès auprès de Tiger Woods, Steve Williams a gagné plus d’un million de dollars [700.000 euros] par an, sans compter quelques très généreux cadeaux que Woods lui a offerts.

Comment devenir caddie?

Si ce métier vous attire, la Professional Caddies Association propose une formation en ligne. Et il arrive qu’un golfeur cherche à se faire recommander quelqu’un. Mais sachez qu’il est difficile d’évoluer auprès des grands maîtres du golf: les pointures de ce sport choisissent souvent d’embaucher un camarade de la fac ou un ami proche.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

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