La programmation pour les enfants: et pourquoi pas le code en LV3 ?
Alors que l’informatique est omniprésente et que l’initiation –même superficielle– à la programmation semble plus nécessaire que jamais, son enseignement se raréfie et les salles de classe se vident petit à petit.
- Zoe, en octobre 2007. REUTERS/Shannon Stapleton -
Des mots, des conjonctions, des signes de ponctuation et des symboles mathématiques s’imbriquant dans un ordre mystérieux: voilà ce que voit un néophyte confronté à des lignes de code. Ce néophyte, c’est moi, c’est peut-être vous, c’est en tout cas la majeure partie de la population qui n’a pas été mise dans la confidence.
Pourtant, les bases de la programmation informatique ont bel et bien été enseignées dans les lycées français. Le Plan Informatique pour Tous, présenté en 1985 par Laurent Fabius, alors Premier ministre, a équipé les écoles en matériel offrant aux élèves –et avant eux à leurs enseignants– un premier contact avec les ordinateurs. Dans les cartons: des grosses machines, des langages de programmation spécialement conçus pour les débutants comme BASIC et Logo, et des logiciels éducatifs.
Aujourd’hui, alors qu’il existe une vaste typologie de langages, que l’informatique est omniprésente et que l’initiation –même superficielle– à la programmation semble plus nécessaire que jamais, son enseignement se raréfie et les salles de classe se vident petit à petit.
Back to Basic
L’informatique personnelle est un pur produit issu des grandes utopies de cette Amérique des années 60-70, celle qui croyait qu’à défaut de pouvoir avoir une quelconque influence sur le monde tel qu’il était – corrompu, figé et perdu – il convenait d’en créer de nouveaux.
L’ordinateur était une réponse, tout comme le furent les drogues, les communautés hippies, les rêves de colonies spatiales et de n’importe quel environnement réel ou virtuel qui offrait un territoire vierge pour tout recommencer.
Machine à penser et outil à tout faire, l’ordinateur est envisagé comme un moyen de connaissance et d’interaction. Il exécute les ordres donnés dans une syntaxe à l’impératif premièrement conçue pour être lue par d’autres individus.
Pourtant son utilisation reste ardue: alors que certains comme Douglas Engelbart souhaite qu’il reste un instrument pour virtuose, d’autres comme Alan Kay ont tout fait pour le rendre accessible au plus grand nombre en créant des langages simples «orientés objet» tels que Smalltalk afin que même les enfants puissent les manipuler. Mais en planchant sur Smalltalk, Kay n’avait pas vraiment prévu que son langage pour les petits engendrerait le C++, un des joujoux fétiches des véritables initiés.
Situation paradoxale
L’emploi des machines et des langages ont un peu vrillé les intentions de ceux qui les ont premièrement imaginés. Grâce à l’apparition des interfaces graphiques, rendant l’interaction avec la machine bien moins fastidieuse, et celle des logiciels facilitant la vie en apportant un panel de solutions pour une tâche précise – comme le traitement de texte ou la mise en page — l’informatique personnelle commence sa véritable conquête des ménages et des bureaux.
Alors que l’emploi de l’ordinateur se répand massivement, la programmation est délaissée par la majorité de ses nouveaux utilisateurs qui n’ont pas le besoin de communiquer avec le cœur de la machine.
Le logiciel, privilégiant le dialogue de surface, réduit paradoxalement le potentiel d’empowerment – comme on dit aux Etats-Unis – des individus qui devaient originellement pouvoir employer l’ensemble de la force de calcul de l’ordinateur pour développer leur créativité et pourvoir à leur propres besoins.
Dans une interview donnée au magazine Known Users en novembre 1987, Bill Atkinson programmeur de talent au service d’Apple constatait déjà que «le rêve de Macintosh n’était pas complet car les individus ne pouvaient avoir accès à la totalité du pouvoir d’un ordinateur personnel. Ils ne pouvaient utiliser que du pouvoir en boîte.»
Quiproquo, clichés and co.
C’est alors que l’on s’est mis à produire des ordinateurs prêts à l’emploi et à enseigner dans des boites: petit à petit, les cours d’informatique ont cessé d’apprendre la programmation pour enseigner la maîtrise de logiciels de base.
Le code a été tout simplement boudé, jugé à la fois peu formateur et trop complexe pour gamins qui seraient certainement et majoritairement embauchés dans le tertiaire ainsi que pour leurs enseignants qui n’y entendait pas un mot ni une ligne. On a formé les futurs travailleurs de la «société informationnelle» avec Office, oubliant qu’elle se structure sur des mécaniques computationnelles.
Lassés d’avoir bouffé des slides de PowerPoint et des tableurs Excel dans leurs jeunes années, les étudiants se sont détournés peu à peu de l’étude de l’informatique confondant, bien malgré eux, l’apprentissage d’applications qu’ils trouvent généralement inintéressantes et celui des sciences computationnelles dont ils ne comprennent même pas l’intitulé.
La programmation, considérée a priori et à tort comme ennuyeuse, ne pouvait alors qu’intéresser les geeks, ces types à qui l’ont n’a pas envie de ressembler car ils portent tous des tee-shirts ringards, avec des MANCHOTS ou des sigles de groupes de métal norvégiens en logo, qu’ils tâchent de pizza lors de sessions nocturnes de code.
Désintérêt et délocalisation
Pour les programmeurs et les enseignants, ces confusions et clichés sont les principaux responsables du désintérêt des étudiants pour ces sciences, induisant une chute remarquable du nombre d’inscrits dans leur matière. Dans une interview, Steve Furber, professeur renommé, donne des chiffres: en huit ans, moitié moins d’étudiants anglais ont opté pour cet enseignement en A-level.
Il déplore cette perte non seulement pour les élèves mais aussi pour le pays:
«On fait beaucoup d’esbroufe sur la délocalisation d’activités telles que la création de logiciel, mais ce qui n’est pas clair dans cette histoire c’est où est la charrue et où sont les bœufs. Est-ce que les entreprises délocalisent par ce que cela leur coûte moins cher et dans ce cas nous perdons des emplois sur le territoire, ou bien le font-elles parce qu’elle ne peuvent tout simplement pas recruter ici si bien qu’elles à se mettent rechercher des gens compétents ailleurs?».
En effet, de nombreuses entreprises délocalisent certaines de leurs activités de programmation vers des pays tel l’Inde, la Russie, la Turquie, qui offrent une formation solide et spécifique à des étudiants qui deviendront des employés aux exigences salariales moins élevées.
Quand bien même les étudiants se sentent concernés par l’étude de la programmation, ils ne trouvent pas forcément les formations qui leur permettront d’avoir les compétences nécessaires pour mener les projets toujours plus complexes des industries digitales.
«Un cours a besoin d’être populaire pour faire économiquement sens. On pourrait croire que les universités détectent les besoins des industries et s’assureraient qu’ils occupent une place centrale dans l’enseignement, mais malheureusement ce n’est pas comme cela que ça se passe», explique Saint John Walker - Manager pour les jeux-vidéo chez Skillset - qui craint que les universités s’inquiètent plus de remplir leurs amphis que de préparer leurs étudiants à la vie active.
Une machine à penser
Entourés d’objets digitaux, les bambins d’aujourd’hui n’ont que des compétences logicielles et aucune connaissance en programmation. Partant de ce postulat, les membres du LifeLong Kindergarten du MIT ont développé un langage appelé Scratch, dérivant de SmallTalk.
S’inscrivant
dans les traces de Kay, Scratch ambitionne de contribuer au
développement psychologique des bambins en favorisant la pensée
créative, le raisonnement systémique et le partage des productions –
histoires, jeux, animations et simulations – en ligne avec d’autres
membres de la communauté.
Il
y a aujourd’hui toute une batterie de langages créés spécialement pour
les enfants. Scratch n’est pas le seul langage à disposition, bien qu’il
soit le plus diffusé. Il en existe de tous types et pour plusieurs âges: les 6-10 ans peuvent aussi commencer à bidouiller sur Squeeze, Logo
ou Alice, les 10-15 ans sur Phrogram ou GreenFoot puis continuer leur apprentissage à l’adolescence sur les langages «d’adultes» comme Python, C, C++ ou Java.
L’ordinateur
est de nouveau perçu comme une machine à penser et à faire penser: la
programmation enseignerait ludiquement la rigueur réflexive et
syntaxique, car l’ordinateur n’a pas la subtilité de tolérer l’erreur,
tout en inculquant de manière presque intuitive les principes
fondamentaux des mathématiques grâce à une visualisation immédiate des
commandes.
Dans un article datant de 2006 magnifiquement intitulée Why Johnny can’t code?, le scientifique et auteur de SF explique que la méconnaissance du code et son accès difficile même pour les élèves les plus motivés est «un problème pour la nation et pour la civilisation» américaines. Aux Etats-Unis, les anciens manuels scolaires de mathématiques proposaient aux enfants de tester les équations sur BASIC afin de voir sur l’écran se former une pensée abstraite, et c’est cela que Cornad Wolfram tente de remettre au goût du jour avec ses cours.
Programmer ou être programmé
«Aucun de nous ne souhaite forcer ses enfants à embrasser la carrière de programmeur, mais nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il est important de les familiariser avec ce qui est, sans aucun doute, le plus puissant outil dont nous disposons». Ces affirmations sont légions sur les forums de parents. Car mettre en place des petits mondes permettrait aussi de comprendre celui des grands.
Dans son dernier livre intitulé Program Or Be Programmed, l’essayiste Douglas Rushkoff voit dans la programmation une des rares opportunités qu’a eues l’être humain – après l’invention de l’écriture et celle de l’imprimerie – de pouvoir agir sur l’environnement tout en le créant par le texte.
La programmation deviendrait alors nécessaire car elle permet aux individus d’accéder à la connaissance qui permet a fortiori le choix et la liberté. En comprenant comment les systèmes sont conçus on découvre qu’ils ne préexistent pas en eux-mêmes et que l’on peut décider de les accepter ou de s’en détourner. Les interfaces sont des univers conçus par d’autres, toujours à dessein.
Bien qu’il soit aujourd’hui tout aussi facile, si ce n’est plus, de programmer qu’avant, nos bécanes et nos usages encouragent la simple consommation d’applications. Jamais il n’y a eu autant de jeunes manipulant des ordis, des tablettes ou des smartphones, et si peu d’entre eux comprennent quelque chose à leur fonctionnement intrinsèque. La génération des bidouilleurs a laissé place à celle des consommateurs, qui achètent des produits dont on ne voit pas les vis/vices.
Une fois encore le fameux et fumeux concept de Digital Natives prend du plomb dans l’aile et celui de «Digital Illiterates» devient de plus en plus pertinent. Car l’initiation à la programmation, sa compréhension et sa pratique – ne serait-ce que minime – scinde ces «Digital Natives» qui utilisent tous l’informatique quotidiennement en deux groupes distincts: d’un côté ceux qui lisent et écrivent grâce à la machine (chat/word/blog/réseaux sociaux) et ceux qui en plus savent écrire à la machine (programmation).
Stéphanie Vidal
Mis à jour le 04/09/2011 à 16h01













































A vrai dire l'informatique est très mal enseignée. Une cours de collège basique sur le fonctionnement de l'ordinateur changerait peut être les choses (le fonctionnement, pas son utilisation. C'est à dire ses composants, leur raison d'être, expliquer que Windows n'est pas la seule alternative et les différences entre les OS). Le problème c'est que les prof n'en savent souvent pas plus que les élèves, ce domaine s'est développé trop vite. Mes cours de programmation web par exemple, le prof était bien a la rue, pas du tout en rapport avec les technologies actuelles...
Par contre je ne comprend pas le délire sur Smalltalk, c'est un langage de haute volée, l'un des plus abstraits et difficile à appréhender, il n'est quasiment jamais enseigné. Vraiment un mauvais exemple pour l'article.
enfin un article informatique écrit par quelqu'un qui s'y connait et qui ne cherche pas l'esbroufe (c'est très rare de la part des journalistes "soit-disant" spécialistes de l'informatique).
Ceci étant dit, revenons à l'article ; le point de vue est intéressant mais pas forcément vrai, en effet il suffit de voir la quantité "astronomique" de programmes gratuit (freeware, open-source, libre) et de "sharewares" pour s'en convaincre (ne parlons pas des logiciels payant). Cela prouve que des millions de gens "codent" et donc connaissent ou apprennent la programmation (souvent en faisant un programme d'ailleurs (leur premier)).
Peut on dire d'une personne qu'elle programme quand elle fait des macros pour ses logiciels "bureautique", quand une autre écrit un "script" de 5 lignes pour remplacer une tâche rébarbative ? Je pense que oui.
C'est de quel école ? : Digital Arts and Humanities.
Merci pour l'article et toutes les information qu'il apporte, c'est du très bon boulot !
Dans quelle espèce de domaine de la vie peut-on autant avoir besoin de la programmation informatique pour vouloir y accorder autant d’importance ? Les domaines de la vie amoureuse, amicale, intellectuelle, ou professionnelle ? Aucun. Personne n’a besoin de la programmation pour « développer sa créativité », « accéder à la connaissance », ou avoir « le choix et la liberté ». L’informatique n’a pas tant de pouvoir.
Où est le pouvoir ? Dans la communication. Au lieu d’apprendre aux enfants à programmer, il serait préférable de les faire participer à des activités collectives, comme le sport, où il pourra, en plus de se renforcer physiquement, se faire des amis et développer une qualité trop rare aujourd’hui : la sociabilité, ou compétence sociale, utile dans tous les domaines de la vie, de l’amical au professionnel. Apprenez-lui l’anglais, et il aura accès à des personnes et des connaissances du monde entier. Enfin, apprenez-lui à séduire, et il s’épanouira dans la vie avec une personne de qualité à ses côtés.
Grâce à ce pouvoir, il aura un solide réseau social, utile lorsqu’il s’agit de trouver l’amour ou un honnête garagiste. Il rencontra de nombreuses personnes intéressantes, avec des points de vue différents et des connaissances propres. Il vivra d’innombrables expériences qui lui feront mûrir et grandir plus vite que jamais. Et bien sûr il trouvera des partenaires sexuels hors du commun.
L’école devrait enseigner cela plutôt que la programmation informatique, qui, vraiment, est sans intérêt pour le plus grand nombre.
Voilà :)
Presque personne ! L'ouvrier de l'automobile doit diriger un bras robotisé pour inserer la pièce ad-hoc au bon endroit, de même dans l'espace, les centrales nucléaires, les égouts (les robots inspecteurs des égouts ...).
Je m'enerve toujours contre les gens qui pretendent se servir d'un ordinateur mais qui râlent dès qu'il s'agit de faire une tâche sophistiquée ou que la machine "buggue". "Il fait pas se que je veux !"
Sais-tu t'en servir ? Sais-tu lui demander correctement ?
Nopus vivons peut-être une époque de repli sur soi, d'égoïsme, avec des problèmes sociaux et de communication, certes. Mais l'informatique façonnera le monde de demain et est donc indispensable à apprendre aujourd'hui !
- l'école devrait enseigner (mieux) le savoir-être, les langues étrangères et apprendre au gens à communiquer et à "décrypter" les média et créativité etc. BIEN SUR !
mais ce n'est pas TOUT. A vous lire, nous formerions une génération de communiquants et de marketeux jolis, sociables, capables de trouver "des partenaires sexuels hors du commun" mais incapable de produire quoi que ce soit. Certe, communiquer et faire l'amour est très très écologique ! Finalement, de parfait digitals illiterates, simples UTILISATEURS des réseaux sociaux tel que le décrit si bien l'article.
ALors qui seront les "gnomes" qui produiront et programmeront pour ces jolis "elfes" qui ne pensent qu'à communiquer et fleureter. Ailleurs (en Asie sans doûte). Ne vous plaignez pas des délocalisations alors ...
L'école c'est aussi la transmissions de SAVOIR et de SAVOIR-FAIRE. Sans doûte est-ce plus barbant, cela demande-t-il plus d'attention et de persévérance mais en a besoin AUSSI. Et il faut quelque fois se salir un peu les main pour PRODUITE quelque chose.
ET pendant que l'on y est, il faudrait fortement réhabiliter le travail manuel aussi.
Pour revenir à la programmation, une initiation est nécessaire mais il faut détacher cette initiation à la programmation de tout cadre mathématique (vieille lubie française) et la rendre pratique et attractive.
Un ingé en télécom
En tant qu'informaticien, j'ai eu de nombreuses fois des clients m'expliquant que le programme que j'avais fait était bien mais qu'ils avaient trouvé un bug pour telle ou telle manipulation. La raison en est la plupart du temps qu'un fonctionnement qui leur semble "normal" me semble à moi "anormal" (et réciproquement). La solution n'est pas de transformer ces utilisateurs en programmeurs pour qu'ils pensent comme moi et que ce soit ma "normalité" qui gagne mais bien à moi de refaire un programme plus adapté aux utilisateurs qu'ils sont.
Si je reprends un vieil exemple, avoir à cliquer sur le bouton "démarrer" pour arrêter une machine n'a de sens que dans la tête d'un informaticien. Pour tous les autres, c'est un contresens.
Résistez, bonnes gens, ne vous laissez pas imposer une logique qui n'est pas la votre par des programmeurs ! Faites valoir vos droits à avoir un outil (informatique) qui vous vous convienne plutôt que celui qui plait à son créateur!
Je ne cherche pas à faire que nous soyons tous programmeurs. Je souhaite que nous ayons une approche correcte de l'informatique.
Nous avons un outil. Si nous ne savons pas nous en servir, il ne faut pas en attendre grand chose. (Appliquez ce raisonnement chez vous : si vous mettez vos fringues pêle-mêle dans la machine à laver et lancez un programme "soft à 30°", 90 % sortirons propres. Néamoins vos pulls en laine seront... dans un drôle d'état. Vous ne pourrez alors incriminez la machine.)
Je préconise juste que nous sachions vaguement ce qu'est internet (un réseau d'ordinateurs), le web, le mail. Savoir faire le distinguo. Montrer les différents OS. La plupart des gens pensent "bogossdu 78@hotmail.fr" quand on parle d'adresse internet, ce qui est une double erreur.
J’ai voulu montrer que malgré tous les superlatifs de l’article, non, la programmation ne semble pas « plus nécessaire que jamais », et qu’il y avait plein d’autres choses beaucoup plus prioritaires à enseigner aux enfants, notamment et par exemple la sociabilité, qui est pour le coup, pour moi, « le plus puissant outil dont nous disposons ».
Je ne sais pas exactement jusqu’à quel âge est-on un enfant, mais parlons de l’école, disons jusqu’au lycée. Qu’il y a-t-il de plus important à enseigner, et qui ne l’est pas du tout ou pas suffisamment de mon point de vue aujourd’hui, que la programmation ? J’ai déjà cité la sociabilité, mais je pourrais aussi rajouter le droit et les institutions politiques, l’économie et l’entreprenariat, l’analyse de l’actualité et la philosophie, le bricolage, la nutrition et le sport, la self-defense et les premiers secours, l’art, et l’apprentissage de la conduite automobile. Bien sûr, tout dépend ensuite de la vision que l’on a de l’école, mais pour moi l’école, jusqu’au lycée, doit permettre à chaque individu qui en sort, à sa majorité civil, de pouvoir comprendre le monde et savoir faire face à ses difficultés. Bref, des têtes bien faites et bien pleines. S’il y a quelque chose à améliorer dans les matières enseignées à l’école, ça ne passe pas par un ajout ou une augmentation des cours ayant pour sujet la programmation informatique.
Tout autant que les calculs différentiels, les pôles économiques du Brésil, ou le latin, la programmation ne sert pas dans la vie de tous les jours de la majorité. Combien de fois au cours d’une vie a-t-on réellement besoin de savoir de telles choses ? Presque jamais, sinon jamais.
En revanche, avec des citoyens ayant des têtes bien faites et bien pleines, peut-être que le peuple arrêtera de se faire « entuber » par les discours des politiques. Même si la seule rationalité ne suffit pas à expliquer pourquoi on vote pour untel ou untel, je pense que le pays s’en porterait beaucoup mieux, que ce soit au niveau des délocalisations ou de la crise actuelle !
La programmation, ok, mais pendant son temps libre en dehors de l’école pour les passionnés, ou à l’université pour ceux qui veulent y faire carrière. C’est à l’université, j’entends par là tout ce qui se situe après le bac, de former les gens à un métier. L’école, elle, doit les former, c’est sans doute trop lui en demander mais peu importe, à la vie !
Voilà :)
Grâce aux actions conjointes de l'association Enseignement Public et Informatique (EPI) et de diverses personnalités du monde informatique comme Gérard Berry, Gilles Dowek, Maurice Nivat et bien d'autres de l'ASTI, de l'INRIA, de SPECIF, ... un enseignement de spécialité optionnel « Informatique et sciences du numérique » ouvrira en Terminale S à la rentrée 2012.
Des formations pour les futurs enseignants de cette spécialité se mettent progressivement en place dans les académies. Un manuel vient de paraître au CRDP de Paris "Introduction à la science informatique", il sera un complément indispensable à ces formations. Pour l'EPI, la création de cet enseignement d'informatique en terminale scientifique est une première avancée qui va dans le bon sens. http://www.epi.asso.fr/revue/docu/d1107a.htm
Jacques Baudé Président d'honneur de l'EPI 5 septembre 2011
Etant moi-même dans le développement web, je m'y suis dirigé parce que le domaine m'intéressait, point.
Pourquoi donner autant d'importance à la programmation ?
Autant l'écriture permet de pouvoir communiquer, et est donc evidemment essentielle à apprendre, autant la programmation, non.
Elle ne fera que barber une bonne partie des élèves, et peut être même casserait des vocations.
Quand bien même la nécessité existerait, la technologie sous-jacente aux outils informatiques évolue tellement vite qu'un survol qui daterait de dix ans ne servirait plus à grand chose aujourd'hui. Pour reprendre l'analogie de l'automobile, nous sommes nombreux à avoir démonté notre moteur de mobylette (du temps où ça existait). Qu'est-ce que ça nous apporte aujourd'hui face à une panne ? Bien peu de choses car les univers sont très différents et l'évolution est gigantesque.
Que l'on se mette à la programmation par goût, pas de souci. C'est une activité très amusante et je suis ravi d'avoir pu en faire mon métier, mais l'imposer à des enfants alors qu'ils n'ont pas l'envie de le faire, ça ne leur apportera rien, ni dans l'immédiat, ni plus tard.
Utiliser l'ordinateur comme ce qu'il est, c'est-à-dire un outil, très bien. Savoir comment il est fait, si ça vous intéresse, oui. Si ça ne vous intéresse pas, il y a plein d'autres choses à découvrir sur terre.
Pour reprendre votre exemple, on ne demande pas de savoir démonter un moteur, mais de savoir conduire.
Personne ne nous empêche de découvrir toutes ces choses interessantes sur notre planète (sauf les dictateurs, mais c'est un autre débat). Et pour cela, il y a les options en milieu scolaire et universitaire, et les voyages, et la vie simplement.
Pas de craintes à avoir donc !
Article très intéressant. Notion ignorée: l'aspect analyste (analystes-programmeur est le vrai terme).
Mon profil: 35 ans, 20 ans de programmation, 18 langages.
Vous oubliez pour moi les raisons principales de ce manque d’intérêt: 1. Ignorance des responsables du cout de la non qualité logicielle 2. Donc, peu de reconnaissance pécuniaire des programmeurs 3. Donc, faiblesse du statut social qui en découle.
J'ai travaillé à la silicon valley pendant 2 ans, un bon programmeur C++ pouvait atteindre des salaire de 150k$/an. Beaucoup de managers étaient autour de 70-80k$/an. Pourquoi? Mon boss répondait : un manager, j'en trouve 5 en une semaine, un guru C++ cela n'existe pas sur le marché, cela se débauche, donc c'est cher.
En France, le seul moyen de progresser est de passer "Chef de Projet", et donc de perdre l'aspect technique. Cette progression pyramidale est une aberration! Est ce anormal qu'un chirurgien (technique) gagne plus qu'un chef de service non médecin (chef)?
je suis certifié Oracle, Java, Sécurité, et cela n'est même pas pris en compte dans les grilles salariales: cela n'existe tout simplement pas dans le calcul du salaire!
Payons mieux les analyste-programmeurs, et on redonnera envie aux étudiants.
Cordialement++
Un autre gros point de l'utilisation de l'ordinateur qui est ignoré par l'éduc nat c'est l'usage du clavier, il suffit de voir comment tappe la majorité des gens (à part ceux qui ont pris sur leur temps libre pour se former et ceux qui ont une formation en secretariat) pourtant les gens gagneront du temps, voir éviteront les problèmes de tendinites, pareil c'est pas de l'informatique mais c'est plus utile que l'astuce pour importer un template dans WORD
Ensuite, il est temps de passer à la programation proprement dite, d'une part car c'est amusant (Ah le plaisir de voir le jeux (certe tout moche et tout pourris) que l'on a écrit fonctionner) mais aussi car ce me parrait une bonne gymnastique de l'esprit au même titre que les math (Franchement 80% de la population n'aura jamais à calculer une dérivée dans la vraie vie) ou l'histoire-geo (Je ne rapelle plus de la carte des poles économiques au brésil ou en Russie, mais de toute façon je pense qu'elle n'est plus actuelle)
Lorsque je me suis engagé dans cette branche à la fin des années 90, la France manquait d'informaticien et les écoles ont donc créé des filières spécifiques. Mais nos politicards ont ouvert le secteur à l'immigration, et les patrons ont préféré embaucher des gens qui n'y connaissaient rien et les former que d'attendre que les élèves formés sortent des écoles.
C'est ainsi que j'ai des amis dont ce n'était pas du tout le métier (un mathématicien, une chimiste, etc.) qui se sont retrouvés embauchés dans l'informatique et formés au métier, tandis que de mon côté je finalisais ma formation d'ingénieur.
Arrivé sur le marché de l'emploi en 2000, le marché arrivait déjà à saturation, et les salaires proposés tenaient désormais du ridicule à moins de s'engager dans les profits illusoires offerts par des startups éphémères. Malgré mon bac+5, je me suis retrouvé à bosser pour un salaire inférieur à ceux que j'avais sans aucune qualification autre que le bac en travaillant à La Poste.
Puis l'éclatement de la bulle internet est passé par là, des licenciements de masse, des salaires toujours plus bas, les entreprises se servaient dans le vivier de chômeurs qualifiés ou d'immigrés pour faire pression à la baisse sur les salaires, pour au final préférer embaucher à bas coût les jeunes diplômés formés aux dernières nouveautés.
Mais ça n'a pas suffit pour les requins, alors ils ont commencé à délocaliser les développements, puis le support, et enfin les hot-lines, notamment en Inde, mais également au Maroc ou ailleurs. La qualité s'en est nettement ressentie, avec une baisse phénoménale, avec une perte de contrôle sur le processus de production, avec une perte de savoirs et de maîtrises au niveau national, et le pire c'est que le bilan financier de ces délocalisation n'est bien souvent pas favorable, car la barrière des langues, des cultures, des fuseaux horaires, ou encore des technologies, ainsi que le décalage avec les besoins sur le terrain, problèmes qui auparavant n'existaient pas, font que des sommes astronomiques doivent être dépensées pour compenser.
Depuis lors, le secteur informatique est le secteur avec le plus de cadres sur le carreau, avec les salaires les moins attractifs, et les propositions d'emploi les plus délirantes. Qui n'a jamais vu le foisonnement d'offres qui réclament des jeunes diplômés bac+5 avec un niveau de maîtrise dans diverses spécialités de personnes ayant 5 à 10 ans de métier dans chaque, avec un salaire indexé sur le SMIC quand ce n'est tout simplement pas un stage pouvant déboucher sur un emploi ? Qui peut encore dire que travailler en SSII n'est pas de l'exploitation, une exploitation d'ailleurs illégale étant donné que bien souvent il s'agit d'un prêt de main d'œuvre ? Et les contrats bien souvent à la limite de la légalité (temps partagé, etc.) tellement fréquents dans le secteur ?
Aujourd'hui, après des années de galère à alterner les postes de merde mal payés, à s'arracher les cheveux sur les emmerdes pas possible de M. Murphy, avec des heures supplémentaires à n'en plus finir et jamais rémunérées, ainsi que des déplacements monstrueux dans toute la France, avec du chômage parfois longue durée (parce que tout le monde ne vit pas dans une grosse agglomération et n'entend pas sacrifier sa vie pour un boulot), j'ai décidé de me reconvertir dans un métier qui ne remettrait pas mes compétences complètement en question d'une année sur l'autre, qui m'offrirait un salaire décent, des heures de travail correctes, et qui en plus me donnerait la satisfaction d'avoir l'impression de faire quelque chose d'utile.
Je suis en train de me reconvertir dans le bâtiment, et je ne le regrette pas. Les salaires à l'embauche sont presque deux fois plus élevés que le salaire moyen en informatique, les connaissances acquises sont une valeur durable, on a vraiment la satisfaction d'apprécier le fait de faire du bon boulot (contrairement à l'info où tout est pourri par les aléas de l'électronique et les bugs ou problèmes divers, sans parler des clients chieurs) et j'ai déjà plusieurs propositions d'emplois avec des perspectives d'évolution de carrière rapides et réelles.
L'informatique ne restera plus pour moi qu'un passe-temps, un petit hobby annexe (dans lequel je prendrai toujours autant de plaisir à décortiquer mon Linux) ce qu'elle aurait du toujours rester. Mes enfants toucheront à un ordinateur le plus tard possible, et je leur ferais goûter en priorité à la vraie vie.
L'informatique n'est qu'un outil, il ne doit pas se substituer à tout le reste, ni occuper une place autre, d'autant que le gros de son utilisation s'apprend par passion ou par usage détourné (jeu, internet, etc.), et l'apprentissage de cet outil peut se faire rapidement si besoin.
Le problème c'est surtout que les entreprises d'aujourd'hui veulent embaucher des gens immédiatement fonctionnels et rentables, sans avoir à les former aux spécificités de leurs besoins. Ce n'est pas à l'école à pourvoir à ce genre de choses, à moins de vouloir former des générations de chômeurs sur le carreau.
De mon point de vue, apprendre la programmation en LV3 est totalement inutile à un non-informaticien, c'est juste une lubie de personnes qui sont à fond dans leur passion et qui ont des œillères sur les réalités économiques du monde professionel.
A l'instar de oIo et uzseb, je m'inscris dans cette vision plus réaliste à savoir que si plus personne ne veut programmer c'est que la réalité économique n'incite pas les vocations : des génies (pas tous) qui gagnent le smic !
Sans diplôme, je suis entré par hasard dans la MOA informatique de gestion, la programmation me tentait. Il me fallait minimum trois ans de formation au CNAM en cours du soir pour avoir...un poste et un salaire inférieur à ce que j'avais alors ! Il fallait mieux faire du vent sur ce qu'il fallait faire que le faire (re)! C'est alors que j'ai compris la loi de Peter (http://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_Peter), nombre d'informaticiens sont obligés de faire des planning et du reporting afin d'être payé correctement. J'ai vu un informaticien de 20 ans d'expérience obligé de passer chef pour avoir un salaire décent et programmer en douce à la place de son équipe.
Les boîtes (petits chefs) préfèrent avoir 1 CP + 3 AP + 4 Programmeurs tous externes, tous mauvais ou qui s'en foutent royalement, qu'un bon informaticien maison bien payé qui connait en outre le métier - on fait donc en plus l'économie de 1 CP MOA + 3 AMOA. Cela dit, ca crée de l'emploi.
Nous sommes loin des gens qui "portent tous des tee-shirts ringards, avec des MANCHOTS ou des sigles de groupes de métal norvégiens en logo, qu’ils tâchent de pizza lors de sessions nocturnes de code". Ces hackers, sont ceux qui ont arrêté de programmer et travailler pour les boîtes au profit de l'opensource et réaliser leur hobby / passion - le monde du travail n'est pas propice à la réalisation de soi. En bémol, certain s'en sortent en étant sur des niches comme la "sécurité" ou en informatique industrielle (?)
@Stéphanie Vidal Merci pour l'article, bon courage pour le doctorat en humanités ;-)
Amitiés
En revanche faire de la programmation pure et dure au lycée me paraît suicidaire et inutile car cette dernière n'est qu'un maillon de la chaîne dont l’objectif final est celui de réaliser un logiciel répondant à un besoin donné.Réaliser un logiciel demande des compétences hétéroclites en IT. Cela suppose en amant maîtriser la modélisation d'un système d'informations(traduire des informations en un modèle qui soit exploitable par n'importe quel langage de programmation), des bases de données, de l’algorithmique,de la programmation et en aval des tests( confronter la réalisation du logiciel à sa spécification ou s'assurer de son bon fonctionnement...).
La connaissance des outils bureautique me semble importante pour des utilisateurs finaux y compris pour les élèves que d'apprendre à programmer car on a pas besoin d'être programmeur pour effectuer des achats sur Internet ou acheter des billets de train sur une borne et pourtant derrière il y a toujours la programmation.