Economie

Les patrons ne peuvent plus payer

Gérard Horny, mis à jour le 25.04.2009 à 7 h 08

La situation financière des entreprises françaises ne cesse de se dégrader.

Pour sortir de la crise, c'est simple, entend-on souvent dire, il faut que les entreprises augmentent les salaires pour que les gens consomment plus et relancent la croissance. Les entreprises en sont-elles capables?

Les relations sociales se tendent. Bonus, stock options, retraites chapeaux et autres primes de bienvenue ne passent plus dans l'opinion. Ce qui était accepté ou toléré, surtout quand l'économie française créait des emplois, ne l'est plus quand les plans sociaux se multiplient. Les largesses octroyées à quelques grands patrons laissent penser que la crise a bon dos et que beaucoup de licenciements pourraient être évités si les entreprises le voulaient. Le recul de l'activité pourrait être combattu par un relèvement des salaires et donc du pouvoir d'achat et de la consommation. En somme, les entreprises peuvent payer.

Mais sont-elles en mesure déjà de maintenir les emplois et en plus de verser des rémunérations plus élevées? Sans doute pas. Nous ne nous prononcerons pas ici sur des cas particuliers. Il est toujours possible de trouver un exemple venant justifier une thèse, quelle qu'elle soit. Nous nous plaçons au niveau macroéconomique, en regardant les statistiques publiées par les différents instituts nationaux.

Le constat est simple, estime Patrick Artus, de Natixis, nous assistons à une «poursuite de la dégradation de la situation financière des entreprises» aux Etats-Unis comme dans la zone euro. Les indicateurs ne manquent pas: évolution des notes accordées au crédit des entreprises, faillites, baisse de la productivité, etc... Les raisons sont connues: le crédit est devenu plus coûteux et plus difficile à obtenir et la production dans le secteur manufacturier recule plus vite que l'emploi, même si partout les entreprises réagissent très vite en réduisant leurs effectifs.

La situation pourrait se révéler encore plus grave dans la zone euro qu'aux Etats-Unis car la profitabilité et le taux d'autofinancement des entreprises s'y dégradent davantage. Dominique Netter, de La Compagnie Financière Edmond de Rothschild, en est convaincue. «Les entreprises américaines ont fait de gros efforts pour réduire les coûts», explique-t-elle. L'Europe risque d'être en plus pénalisée par un retour plus tardif de la croissance. Sans l'ordre , le premier pays qui semble devoir connaître une reprise est la Chine, suivi par les Etats-Unis et le Mexique, puis l'Asie hors Japon, le Japon et enfin l'Europe, où les plans de relance publics sont nettement moins importants.

Un responsable européen d'une grande banque américaine nuance toutefois ce point de vue : «les différences sectorielles sont très importantes; regardez dans quel état est le secteur automobile américain, qu'il s'agisse des grands constructeurs ou des sous-traitants!»

Les dernières statistiques publiées par l'Insee montrent en tout cas clairement une nette détérioration des comptes des entreprises non financières en France en 2008: les rémunérations versées y compris les cotisations sociales à la charge des employeurs, ont ralenti beaucoup moins vite que la valeur ajoutée.

Au final, constate l'Insee, l'excédent brut d'exploitation connaît une  nette décélération et le taux de marge fléchit. Plus inquiétant encore, estime Laurent Quignon, à BNP Paribas, cela n'est que «le prélude à un mouvement de plus vaste ampleur. Le taux de marge brut d'exploitation des entreprises non financières devrait connaître une nouvelle contraction, plus prononcée en 2009, plus modeste en 2010. A l'issue de ces évolutions, le ratio pourrait descendre à son niveau le plus faible depuis 1984». Le taux d'autofinancement des entreprises françaises (sans recours au crédit) est revenu à 55% en 2008, son niveau de 1984.

Certains observateurs nous disent que l'entreprise «citoyenne» est face à un choix: maintenir l'emploi ou sa rentabilité à tout prix. Ce que nous disent les chiffres est beaucoup plus grave: les entreprises ne préservent pas l'emploi et, pourtant, elles ne sauvent pas leur rentabilité financière. C'est le propre des crises: elles placent les acteurs économiques dans une situation où leur liberté de choix est réduite à néant ou presque.

Gérard Horny

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