Les patrons ne peuvent plus payer
La situation financière des entreprises françaises ne cesse de se dégrader.
- Ouvriers de Continental Benoit Tessier / Reuters -
Pour sortir de la crise, c'est simple, entend-on souvent dire, il faut que les entreprises augmentent les salaires pour que les gens consomment plus et relancent la croissance. Les entreprises en sont-elles capables?
Les relations sociales se tendent. Bonus, stock options, retraites chapeaux et autres primes de bienvenue ne passent plus dans l'opinion. Ce qui était accepté ou toléré, surtout quand l'économie française créait des emplois, ne l'est plus quand les plans sociaux se multiplient. Les largesses octroyées à quelques grands patrons laissent penser que la crise a bon dos et que beaucoup de licenciements pourraient être évités si les entreprises le voulaient. Le recul de l'activité pourrait être combattu par un relèvement des salaires et donc du pouvoir d'achat et de la consommation. En somme, les entreprises peuvent payer.
Mais sont-elles en mesure déjà de maintenir les emplois et en plus de verser des rémunérations plus élevées? Sans doute pas. Nous ne nous prononcerons pas ici sur des cas particuliers. Il est toujours possible de trouver un exemple venant justifier une thèse, quelle qu'elle soit. Nous nous plaçons au niveau macroéconomique, en regardant les statistiques publiées par les différents instituts nationaux.
Le constat est simple, estime Patrick Artus, de Natixis, nous assistons à une «poursuite de la dégradation de la situation financière des entreprises» aux Etats-Unis comme dans la zone euro. Les indicateurs ne manquent pas: évolution des notes accordées au crédit des entreprises, faillites, baisse de la productivité, etc... Les raisons sont connues: le crédit est devenu plus coûteux et plus difficile à obtenir et la production dans le secteur manufacturier recule plus vite que l'emploi, même si partout les entreprises réagissent très vite en réduisant leurs effectifs.
La situation pourrait se révéler encore plus grave dans la zone euro qu'aux Etats-Unis car la profitabilité et le taux d'autofinancement des entreprises s'y dégradent davantage. Dominique Netter, de La Compagnie Financière Edmond de Rothschild, en est convaincue. «Les entreprises américaines ont fait de gros efforts pour réduire les coûts», explique-t-elle. L'Europe risque d'être en plus pénalisée par un retour plus tardif de la croissance. Sans l'ordre , le premier pays qui semble devoir connaître une reprise est la Chine, suivi par les Etats-Unis et le Mexique, puis l'Asie hors Japon, le Japon et enfin l'Europe, où les plans de relance publics sont nettement moins importants.
Un responsable européen d'une grande banque américaine nuance toutefois ce point de vue : «les différences sectorielles sont très importantes; regardez dans quel état est le secteur automobile américain, qu'il s'agisse des grands constructeurs ou des sous-traitants!»
Les dernières statistiques publiées par l'Insee montrent en tout cas clairement une nette détérioration des comptes des entreprises non financières en France en 2008: les rémunérations versées y compris les cotisations sociales à la charge des employeurs, ont ralenti beaucoup moins vite que la valeur ajoutée.
Au final, constate l'Insee, l'excédent brut d'exploitation connaît une nette décélération et le taux de marge fléchit. Plus inquiétant encore, estime Laurent Quignon, à BNP Paribas, cela n'est que «le prélude à un mouvement de plus vaste ampleur. Le taux de marge brut d'exploitation des entreprises non financières devrait connaître une nouvelle contraction, plus prononcée en 2009, plus modeste en 2010. A l'issue de ces évolutions, le ratio pourrait descendre à son niveau le plus faible depuis 1984». Le taux d'autofinancement des entreprises françaises (sans recours au crédit) est revenu à 55% en 2008, son niveau de 1984.
Certains observateurs nous disent que l'entreprise «citoyenne» est face à un choix: maintenir l'emploi ou sa rentabilité à tout prix. Ce que nous disent les chiffres est beaucoup plus grave: les entreprises ne préservent pas l'emploi et, pourtant, elles ne sauvent pas leur rentabilité financière. C'est le propre des crises: elles placent les acteurs économiques dans une situation où leur liberté de choix est réduite à néant ou presque.
Gérard Horny
Mis à jour le 25/04/2009 à 7h08









































Oui, bien sur! Alors qu' on se concentre sur le premier probleme du surendettement (les subprimes), on oublie que la bulle endettement a aussi touche les entreprises. De gre ou de force, les entreprises se sont surendettes (diminution de l'equity, augmentation de l'endettement). Pourquoi? Plusieurs raisons:
- Les hedge funds et private equity: ces predateurs identifient les compagnies "sous-endettees", les rachetent, les endettent a fond pour financer l'acquisition
- Les patrons et leurs options, etc...: ils rachetent leurs propres actions ou se lancent dans les fusions acquisitions: c'est tout bonus! Si je suis rachete, j'ai un parachute super dore ou autre (bien "corrompre" le management de l'entreprise visee fait partie des elements les plus importants pour reussir une acquisition). Si j'achete mon competiteur, j'en profite pour augmenter le ratio dettes sur fonds propres et je me verse bonus et autres (ca marche pendant qu'on gonfle la bulle qui stimule l'economie...). En plus, cerise sur le gateau, je peux mettre du "goodwill" dans mon bilan pour faire croire que je ne suis pas si surendette vis a vis de mes actifs...cool!
(il est aussi interessant de noter que 80% des fusions acquisitions detruisent de la valeur mais que ce n'a jamais decourage les volontaires, dans la periode que nous vivons, on s'apercevra aussi que les activites des hedges funds et autres private equity ont aussi detruit de la valeur)
En consequence, meme les patrons "vertueux" etaient "obliges" de sacrifier a la mode de l'endettement...de peur d'etre une cible.
Lien entre endettement et difficultes: Un peu plus d'endettement en periode faste et faibles taux d'interet permet d'augmenter les profits et de gagner les bonus sans vraiment avoir besoin de performer (ingenierie financiere). Le probleme est qu'en periode de recession, les fonds propres sont insuffisants pour passer le cap des difficultes passageres et l'endettement multiplie les problemes...et les entreprises vont dans le mur! Faites une petite enquete sur toutes ces geniales private equities et autres hedge funds qui ont achete des societes cycliques...tiens, prenez la chimie: Basell Lyondell, Ineos, Kraton,...la liste est infinie... je n'ose penser a l'impact sur le bilan des banques quand ces genies de la finance (leverage is my business model) recolteront ce qu'ils ont cherche!...
Le probleme de la crise actuelle, c'est que la corruption est plus forte que les lecons du passe et que les politiques, fragilises par le cout des campagnes electorales ont permis au pouvoir financier de le corrompre. Qui a dit qu'on avait besoin d'un equilibre et d'une separation des pouvoirs...on est mal barre!
C'est dommage, parce qu'avec JMM, on avait une hirondelle qui annoncait le printemps...(humour)
Ils continuent à se ramasser à la pelle,les clichés de la pensée unique
Pourtant depuis Christophe le découvreur des amériques, on ne sait pas qui de la poule ou l'oeuf...
donc devinette, est-ce que la situation des entreprises n'aurait pas tout à gagner si le pouvoir d'achat était mieux réparti entre les consommateurs donc les salariés? est-ce que la situation des entreprises ne serait pas meilleure si les vols des finaciers du court terme avait évité le lynchage économique des sous-traitants? est-ce que la situation des bilans ne serait pas plus positive si les rentes de la distribution ne s'étaient pas construites sur les décombres de PME.
autre devinette: ai-je entendu un jour un patron ou un entrepreneur pour respecter la terminologie moderne, dire que compte tenu de la très bonne situation de son entreprise, il augmentait généreusement les salaires pour amputer sa rente de situation.Non bien sûr mais par contre, j'ai lu dans la presse que les uns ou les autres pretaient ici leur yacht, là leur avion, là-bas leur palais, j'ai lu le compte rendu de procès où les rentiers de l'eau ou du pétrole ou de l'aérien distribuaient des valises de billets
voyez,j'ai moi aussi le droit d'être caricatural
avant de dire simplement qu'une société se gère par résolution de ses tensions, non par acceptation sans discuter de présupposés idéologiques ou émis par "le cercle de la raison"