Économie

Complot anti-euro? Non, divergence de regard

Temps de lecture : 2 min

La vision anglosaxonne, purement financière, parie sur un éclatement de la zone euro et celle européenne sur une victoire, comme toujours, de la volonté politique sur les obstacles économiques.

Les acteurs du film Expendables (Expendables: Unité spéciale) en représentation sur le parquet de la Bourse de New York Brendan McDermid / Reuters
Les acteurs du film Expendables (Expendables: Unité spéciale) en représentation sur le parquet de la Bourse de New York Brendan McDermid / Reuters

Les banques européennes vont-elles bien ou vont-elles mal? Christine Lagarde tire la sonnet d’alarme au nom du FMI. Bruxelles répond que tout va bien. Qui a raison? Pourquoi cette divergence radicale de point de vue?

Pour le Fonds monétaire international et les marchés financiers américains, les banques européennes sont au bord du gouffre, il faut d’urgence les recapitaliser. Christine Lagarde a même recommandé d’utiliser l’argent public du Fonds de stabilité financière, autrement dit de nationaliser partiellement nos banques. Bruxelles immédiatement a écarté le sujet de la table: les stress tests effectués au printemps montraient qu’à l’exception de quelques banques, le gros de la troupe européenne n’avait rien à craindre.

Cette différence d’appréciation provient de la vision que l’on a de l’euro et de l’Union européenne des deux côtés de l’Atlantique.

Les Européens croient dur comme fer à leur destin commun. D’accord, l’histoire est tortueuse, compliquée, les plans de sauvetage des pays surendettés arrivent toujours en retard et sont toujours un peu insuffisants. Mais l’Europe est ainsi faite qu’un compromis se signe à la dernière minute. Ce destin est un enjeu politique avant d’être, ou plus exactement au dessus d’être, un enjeu économique.

C’est le contraire pour les Américains. En tout cas pour les milieux financiers américains. Contrairement à wall street, les gens de Washington ont compris l’intérêt de l’euro et d’une stabilité monétaire en Europe. C’est pourquoi je ne crois personnelement pas que Laurence Parisot ait raison de parler de complot, ça ne se passe pas comme ça. Les attaques contre les banques européennes, la Grèce ou l’Italie, sont tout simplement le résultat d’une analyse économique: pour les marchés financiers, la construction européenne est trop bancale, les mésententes entre Européens sont trop grandes. Entre le nord fourmis et le sud cigales, ça ne tiendra pas. Les marchés en tirent la conclusion qui s’impose à eux: ils spéculent sur un éclatement.

Cet éclatement conduirait à un effondrement des banques européennes, il est logique de craindre pour elles. Les stress test dont M.Barroso fait grand cas, n’ont pas prévu que l’Italie saute! Si l’Italie faire défaut, alors effectivement beaucoup de banques européennes dont les françaises très investies outre-Alpes sautent. Pour les Européens, que l’Italie fasse défaut sur sa dette est tout simplement inimaginable.

La divergence est donc là: l’euro va éclater, vision américaine économique. Au contraire, ils survivra, vision européenne politique. Le drame est que les deux analyses sont justes. L’euro survivra, c’est une certitude. Mais les gouvernements européens ne font pas ce qu’il faut face à la brutalité des attaques des marchés. Les marchés américains sous-estiment la volonté politique des Européens. Les Européens surestiment leur force face aux marchés

Eric Le Boucher

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