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Cinéma: La rentrée est déclarée

Jean-Michel Frodon, mis à jour le 30.08.2011 à 17 h 07

Le succès mérité de «La guerre est déclarée» ne doit pas faire oublier d'autres films intéressants qui sortent dans les salles de «La Ligne blanche» à «Blackthorn» en passant par «La grotte des rêves perdus».

Image du film La guerre est déclarée de Valérie Donzelli

Image du film La guerre est déclarée de Valérie Donzelli

Ce mercredi 31 août, les sorties cinéma sont dominées par ce film événement qu’est devenu en quelques semaines La guerre est déclarée de Valérie Donzelli. Depuis sa découverte en ouverture de la Semaine de la critique à Cannes, le film n’a cessé d’accumuler prix dans les festivals et marques de reconnaissances enthousiastes. C’est parfaitement justifié, comme on a ici même essayé de l’expliquer.

C’est, aussi, un peu inquiétant, tant cette avalanche d’honneurs peut à tout moment devenir une menace, ou un poids, pour Valérie Donzelli et pour son film. D’autant que la cinéaste-actrice, passant brutalement de l’ombre à la lumière, s’est trouvée à l’affiche de pas moins de quatre autres longs métrages sortis cet été (Belleville Tokyo, En ville, Pourquoi tu pleures, et L’Art de séduire).

La guerre est déclarée

Hommage aussi soudain que massif à son remarquable talent d’interprète y compris chez les autres, mais aussi inquiétude qu’à cet emballement succède un retour de balancier, comme il arrive aux effets de mode, quand bien même l’engouement serait, cette fois, entièrement justifié. Il ne reste qu’à faire confiance à la cinéaste pour traverser cette tempête avec autant d’assurance qu’elle avait auparavant traversé le calme plat qui avait accueilli son premier film, le pourtant déjà si beau La Reine des pommes, sorti dans une quasi-indifférence.


 

L’autre effet aussi inévitable que dommageable de l’attention mobilisée par La guerre est déclarée est le risque de faire passer inaperçus d’autres films qui sortent le même jour, et méritent la curiosité des spectateurs.

La ligne blanche

Pas moins de trois autres titres dignes d’intérêt atteignent en effet les salles le même jour. Le premier est un autre film français, menacé d’être entièrement laissé dans l’ombre, La Ligne blanche d’Olivier Torres. Ce serait parfaitement injuste: ce portrait, qu’on devine au moins en partie autoportrait, d’un homme parvenu au milieu de sa vie sans avoir beaucoup mûri, et affronté aux miroirs déformants ou coupants que lui tend son grand gaillard de fils, est d’une délicatesse tendue, joueuse et cruelle, qui témoigne d’un art de cinéaste incontestable.

Pascal Bongard en père immature trop gourmand des instants de la vie est remarquable (comme, face à lui, le jeune acteur Julien Bouanich), et la manière dont le film réussit à rester aux côtés d’un personnage souvent horripilant pour laisser frémir ce qui existe en lui d’inquiet, de doux, de compliqué, fait de La Ligne blanche une heureuse et singulière surprise.

Blackthorn

Heureuse et singulière surprise aussi, quoique dans un tout autre genre, avec le western latino-américain Blackthorn. Contrairement à ce que croient tous les spectateurs du bestseller hollywoodien, Butch Cassidy et le Sundance Kid ne seraient pas mort sous les balles de l’armée bolivienne (et sous les traits de Paul Newman et Robert Redford). Le second, blessé, n’aurait pas fait long feu, mais Butch se serait installé éleveur de chevaux dans les Andes. C’est là que Mateo Gil le retrouve 20 ans plus tard, ayant l’apparence de Sam Shepard vieillissant.

 

Ce sera l’occasion d’une aventure à rebondissements, entre Cordillère, désert de sel et montagne d’argent: un film qui invente une manière de croire encore au souffle cinématographique du western, sans pour autant se soumettre aux stéréotypes du genre. Enlevé et paradoxal, naïf et rusé,  Blackthorn mérite une rencontre, l’esprit dégagé de tout préjugé.

La grotte des rêves perdus

Autre cas singulier, celui du documentaire 3D réalisé par Werner Herzog dans la Grotte Chauvet et à proximité, La Grotte des rêves perdus. Convié à participer à une des rarissimes entrées dans ce sanctuaire que les scientifiques ne visitent qu’avec la plus grande parcimonie, le cinéaste utilise les ressources de son savoir documentaire pour montrer le mieux possible les sidérants trésors graphiques de la grotte.


 

En artiste plutôt qu’en savant ou en pédagogue, il s’occupe aussi d’inscrire celle-ci dans les différents contextes dont elle relève: contexte paléographique bien sûr, mais aussi contexte géographique actuel, contexte légendaire, contextes politique, esthétique… Le recours à la 3D, loin de paraître toujours nécessaire, trouve pourtant toute sa justification au cours des plans qui mettent en évidence combien les dessins épousent les reliefs de la grotte, jouant avec eux d’une inventive manière qui contribue à établir que le geste de dessiner, quelles qu’aient été ses motivations utilitaires pour ceux qui inscrivirent la figuration des chevaux et des bovidés, était aussi porté par une recherche plastique, un jeu avec les formes.

Il y a plus de 30.000 ans, déjà. Nul doute que le cinéaste d’Aguirre, qui a débuté avec un film intitulé Au pays du silence et de l’obscurité, ne se sente leur lointain successeur. 

Jean-Michel Frodon            

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Critique de cinéma
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