Monde

La fin de la guerre

Foreign Policy, mis à jour le 30.08.2011 à 5 h 31

Contrairement aux apparences nées de la surabondance d'informations, notre monde n'a jamais été aussi pacifique. La guerre, telle que nous la connaissons depuis des centaines d'années, pourrait bien disparaître.

Défilé de soldats russes Sergei Karpukhin / Reuters

Défilé de soldats russes Sergei Karpukhin / Reuters

Notre perception de la guerre et des conflits militaires est faussée par la connaissance presque instantannée que nous en avons. Notre monde n'a presque jamais été aussi pacifique.

Voilà une liste de sept idées reçues sur la guerre et la paix.

1-«Le monde d'aujourd'hui est plus violent qu'avant»

Absolument pas. Le début du XXIème siècle semble saturé de guerres: les conflits en Afghanistan et en Irak, la guerre civile en Somalie, les insurrections islamistes au Pakistan, les massacres au Congo, les assauts génocidaires au Soudan. Si on fait le compte des conflits réguliers, ce sont 18 guerres qui se déroulent actuellement aujourd'hui, à travers le globe. Cette impression d'un monde plus dangereux aujourd'hui qu'hier se retrouve dans l'opinion publique: selon un sondage, il y a quelques années, 60% des Américains pensaient probable la survenue d'une troisième guerre mondiale.  Les prévisions pour le siècle nouveau étaient sinistres bien avant le 11 septembre 2001, et ses lendemains sanglants: le politologue James G. Blight et l'ancien Secrétaire de la défense américaine, Robert McNamara, avaient estimé au début de cette année qu'en moyenne et par an, on allait dénombrer dans le monde 3 millions de morts dûes à la guerre au XXIème siècle.

Pour l'instant, ils sont loin d'avoir vu juste. En réalité, la dernière décennie est plus pauvre en morts de guerre que n'importe quelle autre décennie de ces 100 dernières années, selon des données collectées par les chercheurs Bethany Lacina et Nils Petter Gleditsch, de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo. Dans le monde, le nombre de morts causées directement par des violences guerrières, au XXIème, atteint une moyenne d’environ 55 000 par an, soit un peu plus de la moitié du chiffre des années 1990 (100 000), le tiers de celui de la Guerre Froide (180 000 par an, entre 1950 et 1989), et le centième de celui de la Seconde Guerre Mondiale. Si vous rapportez cela à l'évolution de la population mondiale, qui a quasiment quadruplé depuis le siècle dernier, ce déclin est encore plus sensible. Loin d'être une époque d'anarchie meurtrière, les 20 années qui ont suivi la fin de la Guerre Froide ont vu s'accélérer les progrès vers la paix.

Les conflits armés ont diminué, en grande partie, parce que les conflits armés ont fondamentalement changé. Les guerres opposant de grandes armées nationales ont disparu avec la Guerre Froide, emportant avec elles les parangons les plus horribles de la destruction de masse. Les guérillas actuelles et asymétriques ont beau être souvent insolubles et barbares, elles n'entraîneront jamais quelque-chose de comparable au siège de Leningrad. Le dernier conflit entre deux grandes puissances, la Guerre de Corée, s'est terminé voici de cela quasiment 60 ans. La dernière guerre de territoire soutenue, entre deux armées régulières, a opposé l’Éthiopie et l’Érythrée et s'est terminée depuis une dizaine d'années. Même les guerres civiles, qui demeurent un mal tenace, sont moins courantes que par le passé; en 2007, elles avaient diminué d'environ un quart par rapport à 1990.

Si le monde semble plus violent qu'il ne l'est réellement, c'est parce que nous recevons davantage d'informations sur les guerres – et pas que les guerres sont, en soi, plus nombreuses. Des batailles et des crimes de guerre autrefois distants occupent aujourd'hui, très souvent, nos écrans de télé et d'ordinateurs, et y arrivent plus ou moins en temps réel. Les appareils-photos des téléphones portables ont transformé les habitants des zones de guerres en reporters. Les normes sociétales sur ce qu'il faut faire de ces informations ont elles aussi changé. Comme l'a remarqué le psychologue Steven Pinker, de l'Université de Harvard «Le déclin des comportements violents a répondu au déclin des attitudes tolérant ou glorifiant la violence», et les atrocités actuelles – relativement modérées, comparées à d'autres moments de l'histoire – nous semblent «bien plus signifier les bas-fonds que nos comportements peuvent atteindre que les hauteurs vers lesquelles nos normes se sont élevées».

2-«L’Amérique livre aujourd'hui plus de guerres que jamais».

Oui et non. Les États-Unis sont clairement sur le pied de guerre depuis le 11 septembre 2001, avec une offensive toujours en cours en Afghanistan, qui a dépassé la Guerre du Vietnam au rang du conflit le plus long de toute l'histoire de l'Amérique, et une guerre préventive en Irak qui s'est révélée plus longue, plus sanglante et plus chère que tout ce qu'on avait pu prévoir. Ajoutez l'actuelle intervention de l'OTAN en Libye, et les tirs de drones au Pakistan, en Somalie et au Yémen, et on comprend aisément pourquoi les dépenses militaires américaines ont augmenté de plus de 80%, en termes réels, ces dix dernières années. Avec 675 milliards de dollars cette année [470 milliards d'euros], elles ont dépassé de 30% les sommes de la fin de la Guerre Froide.

Mais ces conflits de l'ère post-11septembre ont beau être plus longs que ceux des générations précédentes, ils sont aussi plus circonscrits et nettement moins meurtriers. En dix ans, depuis 2001, la guerre a tué environ 6 000 soldats, face à 58 000 au Vietnam, et 300 000 durant la Seconde Guerre Mondiale. Toute vie perdue au combat est une perte de trop, mais ces morts doivent être mises en contexte: l'an dernier, davantage d'Américains sont morts en tombant de leur lit que durant l'ensemble des guerres américaines.

Et les combats en Irak et en Afghanistan se jouent, dans le reste du monde, sur une toile de fond faite de fermetures de bases et de régressions de personnel. L'augmentation temporaire des troupes postées en Asie du Sud et au Moyen Orient, passées de 18 000 à 212 000 individus depuis 2000, tranche avec le rappel définitif de quasiment 40 000 soldats en Europe, 34 000 au Japon et en Corée du Sud, et 10 000 en Amérique latine, sur la même période. Quand les troupes américaines rentreront chez elles à la fin des guerres en cours – et elles le feront largement dans un futur proche, vu que 40 000 soldats seront rapatriés d'Irak et 33 000 d'Afghanistan d'ici 2012 – les troupes américaines déployées à travers le monde n'auront jamais été aussi peu nombreuses depuis les années 1930. Le Président Barack Obama disait la vérité, en juin, en affirmant «Le cours de la guerre est en recul».

3-«Les civils pâtissent aujourd'hui davantage de la guerre».

Pas vraiment. En février 2010, un tir de l'OTAN avait touché une maison dans la région de Marjah, en Afghanistan, tuant au moins 9 civils qui y habitaient. La tragédie avait soulevé un torrent d'indignation et fait les gros titres, ce qui avait poussé le commandant en chef de l'OTAN à s'excuser auprès du Président afghan, Hamid Karzaï. Ces réactions montrent combien la guerre a changé. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les bombardements alliés ont tué des centaines de milliers de civils à Dresde et à Tokyo, et ce n'était pas un accident, mais un élément de leur stratégie; l'Allemagne, évidemment, a assassiné des civils par millions. Et aujourd'hui, quand des civils sont touchés, les gens sont plus nombreux à s'en émouvoir. Par personne déplacée, les dépenses humanitaires sont passées de 150$ [105€] au début des années 1990, à 300$ [210€] en 2006. En tout, l'aide humanitaire est passée de 2 milliards de dollars [1,4 milliard d'euros] en 1990 à  6 milliards de dollars [4,15 milliards d'euros] en 2000 et (selon les chiffres des pays donateurs) 18 milliards de dollars [12,5 milliards d'euros] en 2008. Pour ceux pris sous le feu croisé des belligérants, la guerre est en réalité devenue plus humaine.

Pourtant, de nombreuses personnes affirment que la situation est inverse. Par exemple, des classiques sur le maintien de la paix dans des guerres civiles (l'ouvrage multi-primé de Roland Paris At War's End [Au bout de la guerre] et celui de Michael Doyle et de Nicholas Sambanis Making War and Building Peace [Faire la guerre et construire la paix]), tout comme des rapports de premier plan sur les conflits, émanant de la Banque Mondiale et de la Commission Carnegie pour la prévention des conflits meurtriers, nous disent que 90% des pertes guerrières sont aujourd'hui civiles, et 10% militaires – c'était l'inverse voici un siècle, ce qui représente un «effroyable indicateur de la transformation du conflit armé» à la fin du XXème siècle, selon les termes du politologue Kalevi Holsti.

C'est effroyable, en effet – mais heureusement, ce n'est pas vrai. Ce mythe trouve ses origines dans le Rapport sur le développement humain de l'ONU de 1994, qui avait mal lu un travail fait par un chercheur suédois, Christer Ahlström, en 1991, et malencontreusement confondu les pertes humaines à la guerre au début du XXème siècle, avec des données plus larges incluant les morts, les blessés et les populations déplacées à la fin du XXème siècle. Une analyse plus soigneuse faite en 1989 par le chercheur spécialiste de la paix, William Eckhardt, montre que le rapport entre les morts civiles et militaires reste de l'ordre du 50/50, comme c'est le cas depuis des siècles (même si cela varie considérablement d'une guerre à l'autre). Si vous avez la malchance d'être un civil dans une zone de conflit, évidemment, ces statistiques ne sont pas d'un grand secours. Mais à une échelle mondiale, cela signifie que nous faisons des progrès dans l'aide apportée aux populations civiles touchées par des guerres.

4-«Les guerres seront pires à l'avenir»

Probablement pas. Tout est possible, évidemment: une guerre totale entre l'Inde et le Pakistan, par exemple, pourrait potentiellement faire des millions de victimes. Mais tout comme la chute d'un astéroïde ou – c'est peut-être le pari le moins risqué – d'énormes tempêtes causées par le changement climatique. Les grandes forces poussant la civilisation vers un conflit cataclysmique, par contre, sont globalement sur le déclin.

Les récents changements technologiques rendent la guerre moins brutale, pas plus. Les drones de combat attaquent aujourd'hui des cibles qui, par le passé, auraient requis le déploiement de milliers de soldats au sol, le déplacement de populations civiles très importantes, et la destruction de biens très précieux en cours de route. Et les améliorations de la médecine militaire font que le combat est devenu moins létal pour les belligérants. Dans l'Armée américaine, les risques de mourir d'une blessure obtenue sur le champ de bataille est passée de 30% lors de la Seconde Guerre mondiale à 10% dans les conflits en Afghanistan et en Irak – ce qui signifie, aussi, que les États-Unis ont aujourd'hui davantage de vétérans blessés nécessitant des soins et un soutien constant.

Les variations de l'équilibre des puissances mondiales ne nous condamnent pas non plus à un avenir de guerre perpétuelle. Si certains politologues affirment qu'un monde de plus en plus multipolaire est aussi un monde de plus en plus instable – que la paix est mieux assurée par la prédominance d'une seule puissance hégémonique, les États-Unis pour ne pas les citer – l'histoire géopolitique récente suggère le contraire. Ces dix dernières années, la puissance relative des États-Unis et la prévalence des conflits se sont émoussés de concert. Les exceptions à cette tendance, l'Irak et l'Afghanistan, ont été des guerres mal conçues et portées par l'hégémonie, et non pas par le va-et-vient de nouvelles puissances. Le meilleur précédent historique à l'ordre mondial qui émerge actuellement pourrait se retrouver dans le Concert européen du XIXème siècle, une collaboration entre grandes puissances ayant largement contribué au maintien de la paix pendant un siècle, avant son délitement et la boucherie de la Première Guerre Mondiale.

Quid de la Chine, montrée du doigt comme la menace militaire la plus redoutable de l'époque actuelle? Pékin est effectivement en train de moderniser ses forces armées, poussant sa croissance à deux chiffres par d'énormes dépenses militaires, atteignant aujourd'hui les 100 milliards de dollars [70 milliards d'euros] par an. Ce sont les deuxièmes dépenses militaires les plus importantes du monde, derrière les États-Unis, mais loin derrière: le Pentagone dépense, lui, quasiment 700 milliards de dollars [490 milliards d'euros]. Non seulement la Chine est loin de pouvoir combattre les États-Unis à armes égales, mais rien ne dit qu'elle veuille le faire. Un conflit militaire (surtout contre son premier client et débiteur) rognerait sur la position commerciale de la Chine dans le monde, et mettrait ses possessions en danger. Depuis la mort du Président Mao, la Chine a été de loin la puissance la plus pacifique de son temps. En réponse à tous les récents tourments provoqués par les nouvelles manifestations de force de la Marine chinoise dans des eaux territoriales contestées, les militaires chinois n'ont pas tiré un seul coup de feu belliqueux depuis 25 ans. 

5-«Un monde plus démocratique sera aussi un monde plus pacifique»

Pas nécessairement.  L’argument éculé voulant que les vraies démocraties ne se combattent quasiment jamais entre elles est historiquement correct, mais il est aussi vrai que ces démocraties ont toujours été parfaitement capables de combattre des non-démocraties. En réalité, la démocratie peut aggraver les conflits en donnant davantage de champ à des logiques ethniques et nationalistes, et poussant les dirigeants à apaiser certains sentiments belliqueux pour rester au pouvoir. Thomas Paine et Emmanuel Kant pensaient tous deux que les autocrates égoïstes causaient les guerres, tandis que l'homme de la rue, qui en supportait les coûts, abhorrait les combats. Mais allez dire cela aux dirigeants d'une Chine autoritaire qui essayent tant bien que mal de contrôler, et de ne pas exacerber, un profond courant populaire nationaliste hostile aux Américains et aux Japonais, les ennemis historiques du pays. De même, à mesure que l'Égypte avance aujourd'hui timidement vers la démocratie, son opinion publique est bien plus menaçante à l'égard d'Israël qu'elle ne l'était pendant tout le règne autocratique d'Hosni Mubarak (même si entre la menace et la déclaration de guerre effective, les différences sont importantes).

Pourquoi donc les démocraties préfèrent-elles livrer leur guerres à des non-démocraties, plutôt que se combattre entre elles? Personne ne le sait vraiment. Comme l'avait dit un jour Charles Lipson, de l'Université de Chicago, en blaguant sur la notion de paix démocratique: «Nous savons que cela fonctionne en pratique. Nous essayons aujourd'hui de voir si cela fonctionne en théorie!» La meilleure explication vient des politologues Bruce Russett et John Oneal, qui avaient avancé que trois éléments – la démocratie, l'interdépendance économique (en particulier le commerce), et le développement d'organisations internationales – se renforçaient l'un l'autre, et étaient mutuellement responsable de la propagation de la paix au sein de la communauté des pays démocratiques. Les dirigeants démocratiques, dans ce sens, penseraient avoir moins à perdre en déclarant la guerre à des autocraties. 

6-«Le maintien de la paix ne fonctionne pas»

Aujourd'hui, si. Le début des années 1990 ont marqué l'âge d'or des casques bleus, avec le lancement de 15 nouvelles missions de maintien de la paix entre 1991 et 1993 – soit autant que durant toute l'histoire de l'ONU jusqu'à cette date. Cette période fut aussi celle des échecs les plus cuisants des forces de maintien de la paix. En Somalie, l'ONU est arrivée pour soulager la famine, puis s'est retrouvée embarquée dans une guerre civile, et ses troupes furent rapidement retirées après la mort de 18 soldats américains lors d'un raid. En 1994, au Rwanda, un fragile bataillon de l'ONU, sans aucun soutien du Conseil de Sécurité, n'a absolument pas réussi à stopper un génocide qui tuera plus d'un demi million de personnes. En Bosnie, l'ONU avait défini des «zones sécurisées» pour les civils, puis resta les bras ballants quand les forces serbes forcèrent une de ces zones, Srebrenica, et exécutèrent plus de 7000 hommes et garçons. (Il y a eu aussi des opérations de maintien de la paix réussies, comme en Namibie et au Mozambique, mais les gens ont tendance à l'oublier).

En réponse, les Nations-Unies ont mandaté un rapport en 2000, supervisé par un diplomate chevronné, Lakhdar Brahimi, examinant les raisons des échecs de telles opérations. A l'époque, l'ONU diminua de 80% ses effectifs consacrés au maintien de la paix dans le monde, mais en les déployant à nouveau, elle retint les leçons de ses erreurs. Elle renforça les capacités de planification et de logistique, et commença à mieux armer ses bataillons pour leur permettre, si nécessaire, de prendre part aux combats. Ainsi, les 15 missions en cours et les 100 000 casques bleus déployés de par le monde rencontrent aujourd'hui davantage de succès que leurs prédécesseurs

Globalement, la présence des casques bleus a réduit de manière significative la probabilité du réveil d'un conflit après un accord de cessez-le-feu. Dans les années 1990, près de la moitié des cessez-le-feu étaient rompus, mais ces dix dernières années, ce chiffre est tombé à 12%. Et à l'inverse de ce que suggère le statut de punching-ball universel de l'ONU  dans la politique intérieure américaine, ces efforts sont plutôt populaires: dans une enquête de 2007, 79% des Américains étaient favorables à un renforcement de l'ONU. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a plus de place pour des améliorations –  il y en a plein. Mais l'ONU a plutôt réussi à contenir la guerre à travers le globe.

7-«Certains conflits ne finiront jamais»

Il ne faut jamais dire jamais. En 2005, des chercheurs de l'Institut américain de la paix avaient caractérisé 14 guerres, de l'Irlande du Nord au Cachemire, comme «insolubles», c'est-à-dire «résistantes à n'importe quel type de règlement ou de résolution». Six ans plus tard, on note une chose assez amusante: la quasi totalité de ces guerres (à l'exception d'Israël/Palestine, de la Somalie et du Soudan) sont soit terminées, soit ont fait de substantiels progrès sur cette voie. Au Sri Lanka, une victoire militaire à mis fin au conflit, mais après une ultime offensive dans laquelle les deux camps ont très probablement commis des crimes de guerre. Au Cachemire, le cessez-le-feu semble assez stable. En Colombie, la guerre connaît quelques soubresauts, financés par les revenus de la drogue, mais le conflit est globalement terminé. Dans les Balkans et en Irlande du Nord, des traités de paix bancals ont réussi à se stabiliser; il est difficile de s'imaginer l'une ou l'autre de ces régions reprendre fermement le chemin des hostilités. Dans la plupart des cas africains – le Burundi, le Rwanda, la Sierra Leone, l'Ouganda, la République démocratique du Congo et la Côte d'Ivoire (exceptées les violentes échauffourées qui ont suivi les élections de 2010, mais qui sont aujourd'hui terminées) – les missions de l'ONU ont apporté de la stabilité, et ont rendu une reprise des combats moins probable (ou, du moins, au Congo et en Ouganda, ont réduit la zone de conflit).

Peut-on faire encore mieux? La feue spécialiste de la paix, Randall Forsberg, augurait en 1997 «un monde largement débarrassé de la guerre», un monde dans lequel «en déclinant, le risque d'une guerre entre grandes puissances ouvre la porte à un avenir précédemment inimaginable – un avenir où la guerre n'est plus approuvée socialement et devient quelque-chose de rare, de bref, et de circonscrit». Clairement, nous n'en sommes encore pas là. Mais ces dernières décennies – et d'autant plus depuis que Forsberg a écrit ces mots – les normes concernant la guerre, et en particulier les civils pris sous le feu d'un conflit, ont évolué rapidement, bien plus rapidement que ce qu'on pouvait imaginer voici à peine un demi-siècle. Des évolutions normatives aussi rapides ont aussi précédé la fin de l'esclavage et du colonialisme, deux autres fléaux considérés jadis comme des éléments permanents de la civilisation. Ne soyez pas surpris si la fin de la guerre, elle aussi, devient franchement pensable.

Joshua S. Goldstein

Traduit par Peggy Sastre

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