Ecouter le malaise étudiant
Il faut redonner à la jeunesse confiance dans l'avenir.
- Barrage d'étudiants non loin de la Sorbonne à Paris Charles Platiau / Reuters -
Les mouvements que connaissent les universités françaises depuis plusieurs semaines sont révélateurs d'un malaise profond de la jeunesse. Ce qui a le plus mobilisé les étudiants, ce n'est ni la loi LRU, ni le décret modifiant le statut des enseignants chercheurs, mais la mastérisation de la formation des enseignants.
Il s'agit de pousser à bac +5 un concours que l'on pouvait passer avec une licence (bac +3). Pour les étudiants qui échoueront au concours (environ 8 inscrits sur 10 n'obtiennent pas les différents concours pour devenir enseignants), ils se retrouveront avec un master option enseignement sans pouvoir exercer leur métier ou alors dans des conditions précarisées... Après une ou deux autres tentatives pour repasser le concours, ils se retrouveront dans une logique de reconversion professionnelle à l'âge de 25 ou 26 ans!
Les étudiants pourtant jouent le jeu de cette «machine à trier» que représente notre système éducatif qui commence au CP et s'achève pour les marathoniens et ceux qui n'ont pas été scolairement accidentés dans des niveaux Bac +5 et Bac +8.
Les évaluations dans leur parcours scolaire se succèdent du primaire jusqu'à la théâtralisation du baccalauréat qui comme nous le montrent chaque année les médias se termine dans une forme de grand psychodrame national! Malgré cette hypersélectivité scolaire, les résultats de la base PISA montrent d'ailleurs notre faible rendement face aux pays nordiques, par exemple, où les évaluations ne démarrent qu'à l'âge de 14 ou 15 ans.
Les plus angoissés d'Europe
Dans le même temps, on considère qu'en matière d'éducation tout doit être joué avant 25 ans.
Il y a pourtant et paradoxalement peu de commentaires sur les avatars du système. Des études universitaires européennes montrent pourtant que les jeunes Français sont les plus angoissés d'Europe alors que, dans le même temps les jeunes Danois trouvent qu'avoir 20 ans est une chance. Leur préoccupation est d'alterner études et emplois, alors qu'en France la préoccupation majeure est de ne pas se tromper sur la «meilleure filière» à choisir, ne pas se tromper sur l'institution éducative qui les formera. Ensuite, l'acquisition du diplôme ne protégeant pas de l'insertion professionnelle, il reste à additionner périodes de stages, CDD ou intérim pour pouvoir enfin décrocher un contrat à durée indéterminée (CDI).
Quelle surcharge cognitive pour des jeunes qui voient aussi leurs aînés empêtrés dans les difficultés de maintien social! Ces derniers mois, de jeunes auteurs à succès ont décrit leur vie de caissière après un master de lettres ou celle de vendeuse (dont l'activité consiste à mettre des livres en rayon dans une grande enseigne de vente de livre après un master d'édition).
L'université n'est plus depuis les années soixante un lieu d'accueil pour des «héritiers» au sens de Bourdieu. Elle accueille aujourd'hui des jeunes qui proviennent massivement des milieux populaires et des classes moyennes. Ces jeunes voient leurs parents résister au déclassement professionnel et social et comprennent bien le principe que lorsque les gros maigrissent, les maigres meurent...
Les étudiants des années 2000 pour la majorité d'entre eux ne sont pas les révolutionnaires que l'on voudrait parfois comparer avec les étudiants de 1968. Loin d'être dans l'utopie de leurs aînés qui aujourd'hui ont 60 ans et qui sont aux commandes des leviers politiques et économiques, les étudiants qui manifestent aujourd'hui ont des préoccupations plus réalistes et lucides. Ils souhaitent pour la plupart avoir un emploi stable, fonder un foyer, allier vie professionnelle, vie sociale et familiale.
Si l'on pouvait reprocher, dans les deux dernières décennies, parfois légitimement, un décalage entre le monde universitaire et le monde professionnel, il n'en est plus rien aujourd'hui. Les licences professionnelles et autres masters professionnels où une moitié de professionnels enseigne, se sont développés depuis 10 ans. Les stages sont devenus omniprésents dans la plupart des formations. Dans un parcours classique universitaire, on peut totaliser selon les formations entre 6 mois et 1 an et demi de stages... Pendant longtemps on a attribué les faibles salaires des jeunes diplômés à une inadéquation entre l'offre et la demande; le marché soi-disant tout puissant sanctionnant l'inadéquation entre les formations et le marché du travail. Les premiers CDI en France se décrochent en moyenne entre 27 et 30 ans pour les étudiants du supérieur.
Il peut paraître légitime que ces jeunes soient déçus alors qu'ils ont joué le jeu de la course au parchemin tout en sachant que la société est bloquée. Quelle que soit l'issue de ce conflit, qui semble s'acheminer vers un pourrissement de la situation, le malaise va rester présent.
Risque réel de radicalisation
Le problème est peut-être moins lié au système de formation qu'à un problème de stratification sociale qui laisse de côté une partie de la génération en devenir. Il n'y a qu'un pas de la machine à trier à la machine à frustrer; le risque étant réel, on l'a vu récemment en Grèce, d'observer dans les années qui viennent une radicalisation de notre jeunesse.
Il est temps de revenir à des politiques plus volontaristes si l'on veut éviter qu'un jour nos jeunes ne nous renvoient notre propre inconséquence quand il s'agira de payer notre retraite et notre sécurité sociale... Il est temps de réfléchir à une nouvelle solidarité intergénérationnelle ! Contrairement au film Tanguy d'E. Chatilliez, beaucoup de jeunes souhaitent quitter le cocon familial. Plutôt que de s'interroger, dans une option de sortie de crise universitaire, s'il faut ou non donner un semestre aux étudiants qui ont fait grève, il serait important de redonner aux étudiants une confiance dans l'avenir et dans leur capacité ascensionnelle.
Gilles Pinte
Mis à jour le 24/04/2009 à 19h03












































« Ecouter le malaise étudiant. Il faut redonner à la jeunesse confiance dans l'avenir ». Le titre dit l'essentiel, le reste ne me semble pas y répondre.
Deux remarques. D'abord ce ne sont pas les étudiants qui peuvent dire d'expérience ce qu'ils sont appelés à vivre dans le futur. Quant au malaise des jeunes dans ce pays il est tellement ancien qu'il faudrait être sourd. C'est bien ce que visent ceux qui les font hurler pour masquer leur impuissance, leur incompétence, leur refus de savoir. Ici Plumes a démontré que certains jeunes ont conscience qu'un nouveau monde est en train de naître et que les responsables dans ce pays, politiques comme enseignants, en sont parfaitement inconscients. Cela pointe le problème mais ne permet ni de l'analyser ni de répondre à la question soulevée ici. L'autre remarque porte sur le fait que pour donner confiance il faut l'avoir et là aussi notre pays est parmi les plus inquiets, les plus immobilisés sinon tétanisé. Là aussi les hurlements de colères mis en scène sont là pour masquer le refus de changement. Un changement salutaire à l'échelle mondiale est rendu possible par la crise mais déplacé vers le refus violent des réformes portées par le président de la république et son gouvernement.
En fait deux phénomènes sont en collision.
Le premier d'abord est une mutation de civilisation qui bouleverse les repères et réclame de nouvelles réponses. C'est une affaire de prospective humaine. Schématiquement ce qui change c'est l'idée que l'on pouvait avoir un modèle stable d'inscription sociale à proposer aux jeunes. Du coup le Sens de l'éducation ne peut plus être celui d'une adaptation conformiste avec ses sélections programmées sur des référentiels établis mais celui d'une autonomisation progressive c'est à dire capacité de maîtriser des situations en général imprévisibles. On accepte l'idée que l'innovation devient la norme sans en tirer les conséquences pédagogiques. Il faut dire que ceux qui devaient concevoir et accompagner ce service pédagogique ont été formés à l'ancien modèle celui de la vertu de conformité. Les meilleurs étant les plus formatés. Ce qui change aussi c'est l'idée que le temps de la jeunesse doit être entièrement consacré aux études et l'âge suivant à l'installation socio-professionnelle jusquà la retraite. Trouver une place dans le système était le jeu avec bien sûr ses handicaps et ses privilèges. Or ce qui change c'est l'idée que grandir c'est tout au long de la vie et que l'implication socio-professionnelle aussi. L'apprentissage de l'autonomie commence à la naissance et va jusqu'à la mort. Et chez nous un diplomé de grandes écoles à 25 ans était casé à vie. Tel était le modèle idéal des élites.
Où est la travail de prospective (humaine) qui puisse permettre, grâce aussi à ce qu'en vivent et expérimentent les autres pays, de déboucher sur des horizons et des chemins enthousiasmants. Ceux qui aperçoivent les potentiels (Plumes encore) et quelques-uns le pressentent, y travaillent lorsqu'ils ne sont pas non plus dominés par des modèles régressifs et libertaires. Pour avoir croisé des enseignants et universitaires d'autres pays, ça existe à l'est, en europe centrale, au moyen orient et même en Afrique aussi en Amérique mais on nous dit que ce n'est pas pour nous (il y a en a aussi ici, très minoritaires).
Voici le deuxième problème : le modèle français arcbouté contre la réforme. Il faut rappeler que le système universitaire est conçu pour former des universitaires et des enseignants. Ensuite il est identifié comme centré sur « les contenus » (les savoirs) et non sur les « curicula », des parcours destinés à une autonomisation des étudiants. La logique de conformité contre la logique d'autonomisation. La logique de reproduction consanguine contre la logique de découverte et d'expérimentation. Notons ici que l'article de Denis Mondeuse « Mauvais professeurs bonnes universités » est un plaidoyer pour cette consanguinité. Les accords de Bologne repris presque partout ont entériné cette conception des parcours en permettant de le faire partout dans le monde. Dans un cadre général LMD (pour Licence, Maîtrise, Doctorat) les étudiants peuvent choisir des modules dans toutes les universités pour construire leur parcours. Inutile de dire que la France a répondu le plus souvent par des efforts de normalisation et d'encadrement stérilisateurs.
Ainsi le modèle français refuse les enjeux socio-professionnels et les besoins d'autonomisation qu'ils réclament (assimilé à de l'ultra libéralisme). Il reste dans sa logique de conformité consanguine, le tout ossifié par l'idéologie rationaliste et scientiste qui prédomine, un héritage révolutionnaire étonnant de l'université scolastique d'antan.
Plus de 50% d'échecs dès le début à l'université sans que les universitaires et enseignants qui ont régné sur le sytème aient apporté la moindre initiative, sauf le « Non à la réforme » que tous les gouvernements ont essuyé depuis des décennies. Ca donne confiance ça!
Le tour de force c'est de mobiliser les étudiants contre l'autonomisation des universités et la réforme du système français, contre leur avenir, pour le maintien d'une cléricature qui refuse le service de la nation et tout contrôle démocratique. Ses arguties sont destinées à détourner le sujet sur les « contenus scientifiques » au lieu des enjeux de société et la mutation de civilisation. Inutile de dire que de prospective il n'en est pas question surtout s'il s'agit de prospective humaine.
Voilà donc pourquoi devant des enjeux mondiaux d'une mutation source d'enthousiasmes la réponse française est NON. Pourquoi le malaise des jeunes, pourquoi aussi le chômage des jeunes dans ce pays? Parce que ses élites sont formées à un conformisme stérilisateur et son modèle universitaire tourné vers la conservation des privilèges idéologiques de son magistère.
Le chantier du futur n'est pas ouvert et les réformes préalables indispensables pour déblayer le terrain paralysées par la coalition des conservatismes nostalgiques.
Heureusement qu'il y a internet pour que le monde soit avec nous et nous dans le monde, c'est le seul salut pour les jeunes de ce pays comme pour d'autres qui l'ont compris.
Bonjour,
Je suis étudiant et content d'entendre enfin des ainés admettre une certaine réalité.
Je suis en fin de licence (examen dans un mois), mais pour pouvoir continuer je dois (durant cette même période) passer le TOEIC pour mon niveau d'anglais, le terst MESSAGE pour un pseudo niveau et entretien avec lettre de motivation et justifier par des recommandations de mes anciens employeurs de mon expérience professionnelle. OUF!!!!!! RIEN QUE CA
Mais à quoi servent donc tous ces examens de fin d'année si après trois ans je suis obligé de "prouver" de nouveau mes qualifications?
Prouver mon expérience professionnelle! eh bien oui, mon employeur de l'année 2005 prendra sûrement le temps de me faire une lettre!!!!!!!!!!! Je prends le risque de ne mettre "que" l'ensemble de mes contrats de travail.
Pour finir, il est très possible que je ne sois pas accepté et que je me retrouve avec deux solutions :
1) Continuer dans un filère moins sélective avec moins de débouchés, autant dire un "goulot d'étranglement"
2) Me diriger vers le marché du travail ou j'aurai droit après trois ans d'études au privilèges de toucher un smic!!
*** MAIS EN CES TEMPS DE CRISE ET AU VU DU DECALAGE TANT MIS EN AVANT PAR NOS " CHERS PATRONS " ENTRE LA REALITE ET LES ETUDES, JE DEVRAI ME RETROUVER AU CHOMAGE!!!!!! EH OUI ***
VIVE LA FRANCE ET LES BARRICADES (bientôt).
Bonne journée.
Vous devez faire ça pour, si j ai bien tout compris, les raisons exposées par Roger Nifle au dessus.
Le test d'anglais parce que vous êtes en concurrence avec d'autres étudiants (français ou non) passant également ce test ou un autre souvent meilleur (TOEFL,Cambidge proficiency), vous devez fournir des recommendations de vos précédents employeurs parce que ls autres étudiants sont évalués à la fin de leur stage.
Et tout ces éléments donnent, en plus du contenu académique de votre formation, sa valeur à votre diplôme. Ils lui donnent sa valeur car ils permettent de le mesurer aux diplômes des autres étudiants
Est-ce que accorder la valeur à un diplôme sur ces critères est justifié? Je me pose des questions. Je suis moi même dans une grande école de commerce, j'ai fait un échange académique de six mois en angleterre et je dois quand même passer le TOEIC. J'ai fait un an de stage (dont 6 mois en Espagne et re-belote, test d'espagnol) et je suis évalué à la fin du stage... sur quels critères? Peu importe, j'ai "validé" mon stage et ça apporte un plus à mon diplôme.
En revanche dans mon parcours il est beaucoup plus intéressant d'avoir été en angleterre ou en espagne que d'avoir fait ces tests.
Mais comme le signale le commentaire précédent, on accorde encore énormément d'importance au diplôme, souvent au détriment du parcours
A quoi devaient vous servir vos études qui vous ont mené à la licence? Ca se devine mais je voudrais que vous le disiez. Même si c'est une évidence pour vous cela ne l'est pas pour tout le monde. Question subsidiaire en quoi le programme d'enseignement que vous avez suivi vous préparait-il à cet objectif?
Il n'y a pas qu'aux étudiants qu'il faut redonner confiance, c'est à l'ensemble des Français qu'il est nécessaire de redonner cette confiance. En ce qui concerne l'éducation, il me semble cependant que c'est avant tout aux lycéens qu'il faudrait s'intéresser. Et notamment en développant de véritables filières professionnelles diplômantes. Plutôt que de se contenter de BEP, de CAP ou même de simples bac pro (ce qui est déjà mieux que les deux premiers) qui conduisent à former des hommes et des femmes dont les perspectives de carrières sont limitées, avec des salaires qui n'augmenteront pas (ou si peu...) tout au long de leur vie, il faudrait encourager les jeunes à suivre des filières conduisant à des diplômes supérieurs, comme par exemple les DMA (Diplômes aux métiers d'art) qui assurent un travail, bien rémunéré, et donc valorisant. Et, surtout, assurer une formation des individus TOUT AU LONG DE LEUR VIE! C'est vrai qu'avec le gouvernement que nous avons actuellement, c'est mal barré pour que nous y arrivions. Tant qu'on considèrera l'éducation nationale comme une entreprise, nous n'avons aucun espoir de voir la confiance renaître.
Oui, le malaise existe, et il est bien là pour tous, et particulièrement pour les jeunes qui ont des choix de vie à faire et des perspectives peu alléchantes dans le monde actuel.
Aussi courage, motivation et pugnacité en croyant et en recherchant en vous vos capacités, vos intérêts et en creusant les domaines d’application de celles ci.
Ne craignez pas d’enrichir vos expériences, vos contacts, de changer de voie (toutes sont bonnes dûment que c’est votre choix et qu’elles ont un lien avec votre projet).
Après vous trouverez les moyens pour y arriver et saurez tirer profits des erreurs (il y en a toujours dans une vie).
N’attendez rien de particulier des différentes structures, des politiques, des institutions et autres combines, servez vous-en pour arriver à vos fins (mais pour cela essayer de clarifier celles-ci le plus possibles).
Oui positiver, profiter ou créer des occasions, expériences, opportunités pour avancer et trouver un intérêt à vos journées futures ; Car c’est cela, me semble-t-il ce que vous cherchez.
Facile à dire !
Ne compter que sur vous ! Courage
Malaise, bien sûr, comment en pourrait-il être autrement?
Le fond du problème c'est que les diplômes délivrés par nos universités (qui contaminent de plus en plus par effet de contact les écoles d'ingénieurs "bas de gamme" - pardon pour l'expression) ne veulent plus rien dire aux yeux des entreprises... quand ils ne sont pas radicalement contre-productifs.
De nombreuses causes à cela, la plus proche étant évidemment l'affaissement continu, cumulatif depuis plusieurs générations, du niveau des enseignants... dont ils ne sont évidemment eux-mêmes pas responsables...
C'est tout le système qui est engagé dans une spirale descendante que la "trop bonne conscience".. voire la vanité des uns et des autres interdit de percevoir