Économie

Le monde selon Jobs

Temps de lecture : 2 min

Ce sont les innovations qui tout au long de l'histoire ont fait et défait les empires.

Steve Jobs lors d'une conférence à Cupertino (Californie) Kimberly White / Reuters
Steve Jobs lors d'une conférence à Cupertino (Californie) Kimberly White / Reuters

Steve Jobs est décédé le mercredi 5 octobre à l'âge de 56 ans. Nous republions à cette occasion un article de Jacques Attali sur le rôle des grands innovateurs, comme le fondateur d'Apple, dans l'histoire.

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Le départ de Steve Jobs, quittant la direction opérationnelle d’Apple après une récidive d’un cancer surgi il y a plus de sept ans, est l’occasion de réfléchir au rôle des innovations dans l’Histoire.

De tous temps, ce sont elles qui ont fait et défait les empires, depuis la roue, le joug, la métallurgie, le gouvernail d’étambot, l’imprimerie, la machine à vapeur et tant d’autres.

Depuis que les Etats-Unis sont apparus sur la scène de l’Histoire, l’innovateur s’est très souvent confondu avec l’industriel qui met en oeuvre son innovation. Rockefeller, Edison, Ford, parmi d’autres, ont compris qu’une innovation devait d’abord servir un marché: celui des hommes d’abord avec l’automobile. Celui des femmes ensuite en envahissant la maison (réfrigérateur, machine à laver, télévision).

Steve Jobs, figure tragique, surgi de nulle part, sans soutien d’aucune sorte, a, lui, compris avant tout le monde que le marché suivant, nécessairement mondial, serait celui des jeunes: distraire, communiquer, apprendre. Et qu’on ne pourrait les toucher que par des objets beaux, simples; et en commençant par les aider à obtenir ce qu’ils aiment le plus au monde: la musique.

D’autres ont développé pour cela des logiciels; Jobs a, lui, compris qu’ils ne seraient rien sans les machines pour les utiliser. Il a compris aussi que l’avenir n’est pas, comme on l’a trop dit, à des sociétés post-industrielles, où domineraient les services, mais à des sociétés hyper-industrielles, où des services seraient transformés en objets industriels, créant le besoin de nouveaux services. Et il a produit ces machines nouvelles, c’est-à-dire les objets nomades dont les jeunes ont besoin. Et tous ceux qui, moins jeunes, veulent rajeunir en les utilisant.

Sa firme, devenue première mondiale, prépare les futures objets nomades: une télévision et sans doute demain des machines d’éducation et de santé.

Ce visionnaire l’a fait à l’échelle mondiale: il a d’ailleurs plus industrialisé la Chine que les Etats-Unis et il y a créé plus d’emplois. Il l’a fait aussi en mettant en place un univers fermé, protégé, pour les services associés, fermeture qui n’est possible que si les objets nomades sont assez séduisants pour justifier cette contrainte; et si la priorité reste à l’accumulation personnelle et non au partage, ennemi du monde selon Jobs.

Le monde à venir, qui justifierait la vision de Jobs, serait donc un monde rassemblé, où la règle de droit s’appliquerait partout, et où les jeunes l’emporteraient.

Aujourd’hui, tout nous en éloigne: le monde se fractionne, la règle de droit s’effrite. Et le pouvoir appartient aux seniors, de plus en plus nombreux. Et ces seniors ne font rien pour assurer aux plus jeunes de quoi acheter les nouveaux produits nomades, qui pourraient relancer la croissance.

Ainsi, Apple ne peut pas être une source d’innovation suffisante pour relancer la croissance, aussi longtemps que n’a pas lieu une révolution institutionnelle majeure, qui assurerait aux plus jeunes un revenu stable, comme le fut la fixation des salaires pour l’automobile ou les allocations familiales pour les biens d’équipement ménager. On en est loin, très loin, dans un monde où les jeunes sont, mondialement, les premières victimes du chômage. Et personne n’assurera à tous les jeunes du monde l’argent de poche nécessaire à l’achat de ces biens.

Le monde selon Jobs n’est pas encore pour demain. Et plus loin encore est le monde du partage, qui allierait celui de Jobs et celui de la gratuité.

Jacques Attali

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