France

La Rochelle: ça «mord» ou ça «cristallise»?

Vincent Glad, mis à jour le 02.09.2011 à 12 h 24

Dans une scénographie évitant toute confrontation entre les candidats, l'université d’été du PS aura été faible en enseignements. François Hollande fait (paraît-il) la course en tête, mais son issue reste incertaine.

Le 28 août à La Rochelle. REUTERS/Stephane Mahe

Le 28 août à La Rochelle. REUTERS/Stephane Mahe

La Rochelle 2011 ne restera sans doute dans les mémoires que comme l'échauffement, ou le coup d'envoi, de la primaire socialiste. Pas de recomposition en forme de jeu des chaises musicales comme en 2008, lorsque Pierre Moscovici avait tout espoir de rafler le parti au congrès de Reims, lors d’un déjeuner où son compère strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis l’avait laissé seul en terrasse pour rejoindre Martine Aubry et Laurent Fabius attablés à l’intérieur du restaurant Les Flots. Pas de discours marquant comme en 2009, lorsque Martine Aubry, après l'échec des Européennes, avait repris la main par surprise sur le PS en promettant la rénovation «de C comme cumul des mandats à P comme primaires». Cette année, l'université d'été n’aura pas connu de vrai pic de tension et les plans de table sur les terrasses du port sont restés vierges de tout enseignement.

La liste des candidats à la primaire étant connue depuis le début de l’été, les barons du PS se sont déjà positionnés depuis longtemps en faveur de tel ou tel. Chaque candidat avait déjà détaillé les grandes lignes de sa vision politique. La Rochelle 2011 ne pouvait donc être, pour les journalistes craignant l'ennui, qu'une arène d’affrontement ou le lieu de «cristallisation» d’une candidature. Privés de l'orgie de petites phrases espérées, les 400 journalistes accrédités —un record— ont dû broder pour faire frissonner leurs lecteurs. Deux scuds médiatiques et une chaise vide ont polarisé l’attention, donnant la fausse impression d’un pugilat général:

- vendredi matin, sur France Inter, Martine Aubry déclare que le PS «faisait pitié» avant qu’elle s’en empare et qu'elle en avait fait un parti «prêt à gouverner», une pique à l'adresse de François Hollande.

- vendredi matin, Jean-Christophe Cambadélis écrit sur son blog que «le temps n'est pas aux chochottes» mais à «l'incarnation, à la compétition»«chochottes» devenant le mot-clé de ces Universités d’été, totem d’un clash qui n’a pas lieu.

- vendredi à 15 heures, François Hollande est absent lors de l’ouverture officielle de l’Université d’été et explique avec mauvaise foi qu’on ne l'avait pas prévenu explicitement de venir.

Les cinq candidats (plus Jean-Michel Baylet, qui a fait un passage de quelques heures) ont réussi l’exploit de ne lancer aucune nouvelle proposition politique pendant ces trois jours d’université d’été, ce qui était pourtant le moyen de sortir de la spirale des petites phrases et des chaises vides. Peut-être parce que l’urgence de la crise des dettes souveraines les avait poussés à préciser leur vision quelques semaines plus tôt.

Alors qu’on cherche toujours les différences nettes entre les programmes économiques des deux favoris, un clivage s'est néanmoins précisé à La Rochelle, promettant des discussions passionnées dans les semaines à venir: le nucléaire. Alors qu'Aubry se dit prête à s'engager sur un retrait, Hollande table seulement sur une baisse de 75% à 50% de part de l’énergie nucléaire en France à l’horizon 2025, soit, a-t-il précisé avec le sourire, davantage que les dix ans maximum de mandat présidentiel que la Constitution lui permettrait d'exercer.

Pour le reste, les débats en séances plénières et les rassemblements militants des différentes écuries ont été globalement convenus, se limitant aux exercices classiques de l’applaudimètre et du décompte des troupes. En la matière, Hollande-Aubry-Royal, match nul.

L’applaudimètre n’étant pas une science exacte, les journalistes ont scruté les sondages —science à peine plus exacte— pour tenter de départager Hollande et Aubry: les premières heures de la Rochelle ont été marquées par un 42/31 pour l'élu corrézien dans une étude Ipsos/France Télévisions/Radio France/Le Monde, et les dernières par un 41/31 dans un sondage Ifop/JDD. Les quatre candidats «lésés» du PS balaient cet obstacle avec l'exemple de la primaire écologiste où Eva Joly l'a facilement emporté face à Nicolas Hulot après avoir été à la traîne dans les sondages.

Devant une poignée de journalistes, Arnaud Montebourg estime ainsi que la marge d'erreur des enquêtes n'est pas de 5 points comme annoncé mais «de 20 points» car les instituts «ne savent pas définir d'échantillon représentatif». L'équipe Royal appelait elle dès jeudi soir, dans un communiqué ironique, les électeurs à ne pas se laisser «empoisonner par ces sondages qui ne reposent que sur du vent»«Ségolène Royal étant créditée de 18%, nous remercions les 36 personnes sondées qui s'apprêtent à lui donner leur voix en espérant que la moitié d'entre elles ne changera pas d'avis…».

Au-delà des sondages, restent des impressions et des rumeurs de salle de presse, petites futilités qui peuvent avoir leur importance. Si dans un seul mouvement, la presse se réveille en annonçant que François Hollande a gagné la bataille de La Rochelle, l’effet auto-performatif de la nouvelle peut se répercuter dans les sondages et donner une avance décisive à Hollande. Les sondages étant eux-même auto-performatifs (à l’exemple des primaires de 2006), une vaguelette partie de la salle de presse peut avoir une influence décisive sur le scrutin.

Or, les deux candidats ont eu une activité médiatique différente pendant le week-end charentais. Très présente en interview les jours précédents (BFM TV/RMC, France Info, France Inter...), Martine Aubry a réuni la presse pour une rencontre informelle plutôt froide le vendredi soir au Muséum d'histoire naturelle, après avoir tenu le matin une réunion de travail avec ses soutiens à huis clos.

François Hollande avait lui convoqué les journalistes samedi matin à son hôtel : résultat, une arrivée fiévreuse, des dizaines de caméras et de flashs qui crépitent et un candidat qui, sans rien dire de nouveau, cabotine à l'envi («Vous êtes très nombreux, trop peut-être, je souhaitais une rencontre informelle»). Sans oublier le retour des petites blagues qui ont fait du président du Conseil général de Corrèze le chouchou des médias. Et si des journalistes sont restés à la porte de sa rencontre militante le samedi soir, ce n'est pas parce que l'entrée leur était interdite mais parce que la salle de l'Oratoire était pleine...

En revanche, le camp Aubry, son directeur de campagne François Lamy en tête, a été très présent auprès de la presse pour la rassurer de manière informelle sur la détermination et les chances de sa candidate, pour qui «ça mord» et qui affronte l'échéance avec «sérénité». Avec le risque que ces allers-et-venues répétées en salle de presse n'en viennent à convaincre ses occupants de l'inverse. Pendant ce temps, les lieutenants d’Hollande glissaient discrètement aux journalistes que la candidature de leur patron est en train de se «cristalliser». L’est-elle vraiment ? En fait, il pourrait suffire de l’écrire pour qu’elle le soit. Ici à La Rochelle, tout n’est parfois qu’impression.

Vincent Glad (avec Jean-Marie Pottier), à La Rochelle

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