France

A La Rochelle, un PS pas totalement prêt pour la primaire

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 30.08.2011 à 17 h 43

A un mois et demi du scrutin, le PS met en avant les modalités concrètes de sa primaire, mais patine sur le terrain de sa communication.

Sur un stand du PS à La Rochelle. REUTERS/Regis Duvignau

Sur un stand du PS à La Rochelle. REUTERS/Regis Duvignau

Il faut se préparer à l’affluence, avoir une organisation carrée». «J’aurais bien aimé une charte des valeurs de la gauche plus longue, mais c’est déjà bien.» «Je dois payer? Mais j’ai déjà payé ma cotisation…». «Comment on fait si quelqu’un met que 20 centimes dans la boîte?» Florilège de quelques phrases de militants socialistes entendues, samedi 27 août à l’université d’été de La Rochelle, lors d’un atelier de formation à la primaire du 9 et 16 octobre.

A 45 jours du premier tour, et deux ans après sa mise sur orbite ici même par Martine Aubry (le célèbre discours sur la rénovation «de C comme cumul des mandats à P comme primaires»), ce scrutin inédit en France entre dans sa phrase concrète, sur le terrain de l’organisation comme de la communication. Avec des résultats contrastés.

10.000 bureaux, quatre personnes par bureau

En ce qui concerne l’organisation, le parti, qui estime que la polémique lancée au printemps par l’UMP sur les listes électorales s’est évanouie, proposait pendant le week-end à ses militants trois ateliers de formation et de simulation du scrutin. Une expérience déjà réalisée en juillet à la Seyne-sur-Mer et qu’il compte reproduire dans les prochaines semaines en région.

Dans la petite salle utilisée pour l’occasion, des isoloirs absents, des urnes de fortune et, sur les bulletins, les noms des six candidats remplacés par ceux de figures historiques du PS (Léon Blum, Aristide Briand, Jean Jaurès, Louise Michel, Cécile Brunschvicg et Pierre Mendès France). Pour le reste, le bureau de vote ressemble à un des 10.000 qui accueilleront les électeurs en octobre ou à ceux des scrutins «républicains».

Deux tables, une pour la vérification des identités, une pour le vote. Un président, trois assesseurs, pour un scrutin qui mobilisera donc au moins 40.000 personnes le jour J, soit un quart des effectifs militants —le parti espère aussi mobiliser des sympathisants, par le porte-à-porte notamment.

L’électeur sera obligé de se déplacer, le vote par procuration étant interdit. Chaque bureau contiendra deux listes, une des électeurs «classiques» (élaborée à partir des listes transmises par les préfectures), l’autre « complémentaire » pour les électeurs préinscrits non inscrits sur les listes électorales (membres du MJS âgés de moins de 18 ans, militants PS étrangers…).

150 euros en liquide, 750 par chèque

Fixée à au moins un euro, la contribution au vote sera plafonnée à 150 euros en liquide et 7.500 euros par chèque, la limite légale des contributions au financement des partis: s’appuyant sur le précédent italien, le PS espère une contribution moyenne bien plus élevée que 1 euro, ce qui comblerait une bonne partie du coût de la primaire, évalué à 3 millions. Ceux qui ont donné au premier tour ne seront pas obligés de le faire au second, mais y seront «incités». Enfin, la signature de la liste d’émargement vaudra d’adhésion à la «charte des valeurs de la gauche» qui figurera en bas de chaque feuillet de cette liste, et l’électeur sera incité en partant à laisser ses coordonnées (mobile, email) à l’un des assesseurs pour participer à la campagne.

Sur ces modalités, les répétitions de vote rochelaises étaient l’occasion pour le PS de répondre aux interrogations de ses militants, par l’intermédiaire de Nicolas Simiot, responsable des formateurs nationaux. L’«entrisme» de militants UMP désireux de perturber le scrutin? «On prend leurs sous, et ensuite on les prend en photo. Et si on déplace 3 millions de personnes, ce ne sont pas 200 personnes dans leur coin qui vont changer quelque chose». La gestion des sommes? «Les sous, vous les déposez pas à la “fédé” parce que sinon ça crée un coffre-fort géant qu’on va vouloir braquer le dimanche soir. Vous les mettez à la Banque postale le lundi.» Devant une cinquantaine de militants, le responsable insiste: «Partout, faites trois, quatre, cinq formations de président de bureaux de vote en septembre. Et que personne ne vienne dire que ça fait vingt ans qu’il fait ça, parce que ça n’est pas le cas ».

Un grand plan de communication en septembre

Si l’organisation interne du scrutin paraît bordée, on ne peut pas tout à fait en dire autant de sa communication externe. Vendredi soir, l’avocat Jean-Pierre Mignard, qui préside la haute autorité chargée de contrôler la primaire, s’inquiétait de l’«énorme travail d'information» à faire auprès des électeurs et réclamait une «campagne nationale». Ségolène Royal a elle appelé la direction du parti à «populariser» le scrutin, demande également formulée par les hollandistes. En filigrane, une critique de l’équipe Aubry, qui espérerait, selon ses concurrents, gagner la primaire en s’appuyant sur une base électorale étroite, sur les réseaux militants traditionnels.

Une accusation démentie par l’entourage de la maire de Lille, qui affirmait samedi «ne pas croire que le nombre de votants préfigure le résultat, car on ne connaît pas la composition de ce nouveau corps électoral», et attribuait notamment le retard dans la popularisation du scrutin à «la vague d’interférences de mai et juin» (l’affaire DSK) puis aux vacances.

Samedi soir, Harlem Désir, premier secrétaire par intérim, a fini par annoncer à la presse un «grand plan de communication» sur le thème «Français, vous pouvez tous voter». Au-delà du matériel militant (tracts, affiches), elle passera surtout par la presse quotidienne régionale. A priori, le PS a encore de la marge sur son objectif de 1 million de votants: il sera atteint si un quart des électeurs qui disent actuellement vouloir se déplacer dans les enquêtes d’opinion le font effectivement.

Jean-Marie Pottier (à la Rochelle)

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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