France

Le PS débat à l’économie

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 27.08.2011 à 16 h 45

Favoris à l’heure actuelle de la primaire socialiste, Martine Aubry et François Hollande ont dialogué sur l’économie vendredi et samedi à l’université d’été de La Rochelle. Mais à distance et de manière très feutrée…

Entente cordiale Hollande Aubry à La Rochelle 2011  Stephane Mahe / Reuters

Entente cordiale Hollande Aubry à La Rochelle 2011 Stephane Mahe / Reuters

L’ouverture officielle de l’université d’été du PS à La Rochelle approche, et Arnaud Montebourg se fait mitrailler par les photographes et les cameramen aux côtés de son équipe, dont son directeur de campagne Thierry Mandon, un exemplaire des Echos sous le bras. Quelques minutes plus tard, au cours d’une intervention devant les militants, Martine Aubry cite avec un petit sourire un éditorial du Financial Times critiquant la «règle d’or» à la française.

Qu’on se le dise, en guise de devoirs de vacances, les socialistes ont potassé la presse économique, dominée par les inquiétudes sur la dette —la perte possible du «triple A» français–, la croissance zéro et le chômage —au plus haut depuis janvier 2000. A cette époque, Martine Aubry était ministre du Travail et François Hollande premier secrétaire du PS.

Des plénières peu combatives

Justement, les deux favoris, à l’heure actuelle, de la primaire, intervenaient vendredi après-midi et samedi matin sur des thèmes complémentaires lors de tables rondes en plénière: la crise européenne de la dette pour Aubry, la nouvelle croissance pour Hollande. L’occasion, alors que les petites phrases animaient La Rochelle, d’un débat économique à distance (présente au début de la plénière de son adversaire, Aubry s’est absentée au bout de quelques minutes pour aller rencontrer les jeunes socialistes) et feutré.

La faute, notamment, au schéma choisi pour ces plénières. Sur la forme (des exposés de dix minutes de chaque intervenant, le double pour les candidats) comme sur le casting, dont le but était d’éviter un débat entre Aubry et les soutiens  d’Hollande, ou vice-versa. La maire de Lille a donc discuté dette avec Henri Emmanuelli et Elisabeth Guigou, et le président du conseil général de Corrèze croissance avec Pierre Moscovici et Gérard Collomb… L’heure était à l’unanimisme, au moins de façade, à l’image des premiers mots de l’économiste Jean-Paul Fitoussi samedi: «J’ai beaucoup d’amitié pour François, pour Martine, pour tous les candidats

Aubry vante son expérience ministérielle…

L’ex-première secrétaire a prononcé vendredi un discours de combat, très… première secrétaire, justement, nourri surtout d’attaques contre Nicolas Sarkozy («A Toulon en 2008, il avait la voix d’Olivier Besancenot»). Un angle qu’elle a repris lors d’une rencontre informelle avec la presse, accusant le président de la République de vouloir faire porter à la gauche «la responsabilité de la perte du triple A», et affirmant avoir été «très présente quand c’était nécessaire» cet été sur la crise sans vouloir «surenchérir».

En ce qui concerne son concurrent actuel à la primaire, elle a utilisé deux angles d’attaque implicites. Un, son expérience ministérielle: «Nous n’avons pas eu besoin d’une règle d’or pour rétablir les comptes de la Sécurité sociale et faire voter la CMU», a-t-elle lancé aux militants, avant de rappeler devant les journalistes avoir vu «défiler toutes les professions de santé pendant deux ans» quand elle était ministre des Affaires sociales. Deux, sa revendication d’une présidence pas seulement «sérieuse», mais ambitieuse («Sans sérieux, rien n’est possible, mais sans ambition rien ne change»). D’être «architecte» plutôt que «pompier».…

...et Hollande sa différence sur le nucléaire

François Hollande, lui, a estimé devant la presse samedi matin que les socialistes devaient «partir du réel tel qu’il est, même s’il ne nous fait pas plaisir», avant d’enfourcher le cheval de la réforme fiscale comme priorité: «améliorer le rendement de l’impôt», «revoir le mécanisme des niches fiscales», «rendre simples et justes les prélèvements». Avant de prononcer en milieu de journée un discours plus centré sur les leviers de croissance, notamment «verte», et le «progrès», sur l’investissement dans l’éducation, l’économie de la connaissance et la transition écologique.

Accompagné d’une pique à sa concurrente, favorable à un plan de sortie plus rapide de l’énergie nucléaire: «Si je prends un engagement pour la sortie du nucléaire à 50 ou 60 ans, qui sera là pour le vérifier?», s’est-il interrogé en se prononçant pour un passage de 75% à 50% de la part d’énergie nucléaire d’ici 2025.

Jeu plutôt égal à l’applaudimètre

Sur l’environnement, il est en tout cas un point où les deux candidats ont fait cause commune: saluer leurs partenaires d’Europe Ecologie-Les Verts, présents dans la salle. Et sur l’applaudimètre (si tant est que ce critère soit pertinent), ils ont fait globalement plutôt jeu égal.

«Nous avons un socle commun, mais avec des différences», expliquait vendredi à la presse François Lamy, le directeur de campagne de Martine Aubry. Au-delà des différences de forme (sans surprise, plus de blagues du côté Hollande: «Les riches veulent payer plus? Patience, nous arrivons»), les différences de fond ont pour l’instant été atténuées, les discours les plus tranchés venant de Ségolène Royal, opposée aux hausses d’impôts, ou Arnaud Montebourg, qui a désapprouvé «le concours du plus d’austérité que la gauche voudrait faire avec la droite».

Après le dialogue en stéréo à bas volume de La Rochelle, le vrai débat pourrait attendre le 15 septembre, jour où Aubry, Hollande et leurs quatre concurrents seront rassemblés sur le même plateau de télévision.

Jean-Marie Pottier (à La Rochelle)

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte