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Athlétisme: le 100 mètres et la vitesse du vent

Yannick Cochennec, mis à jour le 27.08.2011 à 7 h 51

Le vent a une influence non négligeable sur les performances des athlètes dans le sprint et les sauts, mais elle est difficile à mesurer de façon précise.

Usain Bolt et Christophe Lemaitre au meeting de Monaco REUTERS

Usain Bolt et Christophe Lemaitre au meeting de Monaco REUTERS

Usain Bolt sera la probable vedette des championnats du monde d’athlétisme, organisés à Daegu (), en Corée du Sud, du 27 août au 4 septembre. Il en est au moins l’athlète le plus attendu, celui par lequel surgit généralement l’exploit. Comme aux championnats du monde de Berlin en 2009, où il avait battu les records du monde du 100m (9’’58) et du 200m (19’’19), le Jamaïcain doublera à nouveau sur les deux distances, la finale du 100m ayant lieu le 28 août et celle du 200m le 3 septembre.

Face à lui, lors de ces deux finales, l’athlétisme français espère bien lui voir opposé Christophe Lemaitre, double champion d’Europe en 2010 sur 100 et 200m, qui a amélioré son record de France du 100m lors des récents championnats de France d’Albi où il a franchi la ligne en 9’’92. A l’occasion de ce record de France établi dans le Tarn, Lemaitre a bénéficié de l’aide d’un vent favorable de 2 mètres par seconde qui est la limite autorisée par les règlements internationaux. Le lendemain, il a couru le 200m en 20’’08 qui auraient correspondu à un nouveau record de France si le vent n’avait pas été, lors de la course, de 2,3 mètres par seconde. Quelques semaines plus tôt, au meeting de Stockholm, il avait signé un temps de 20’’28 avec, cette fois, près de 3m de vent de face, et donc défavorable, qui l’avait nettement freiné.

Comment calcule-t-on la vitesse du vent sur un stade d’athlétisme? Il faut déjà savoir que seules les courses du 100m, 100m haies, 110m haies et 200m sont concernées par cette mesure obligatoire. Dans les concours, le saut en longueur et le triple saut doivent aussi se conformer à un tel contrôle. Lors des mêmes championnats de France d’Albi, les 8,22 m de Kafétien Gomis en longueur ont été réalisés avec un vent de 4 mètres par seconde et n’ont pas pu être complètement mis au crédit du Lillois, champion de France, mais statistiquement privé de cette marque.

Les périodes pendant lesquelles la vitesse du vent doit être mesurée à partir de coup du pistolet du starter sont de 10 secondes sur 100m et de 13 sur 100 et 110m haies. Au 200m, la vitesse du vent est mesurée pendant une période de 10 secondes qui commence au moment où le premier athlète entre dans la ligne droite. Dans toutes les courses, l’anémomètre (à ultrasons et non plus à hélices), qui évalue le vent, est obligatoirement placé le long de la piste, adjacent au couloir 1, à 50 mètres de la ligne d’arrivée et qu’il se situe à 1,22m de hauteur et au maximum à 2 mètres de la piste. Pour le saut en longueur et le triple saut, la vitesse du vent est, elle, calculée pendant une période de 5 secondes à partir du moment où le sauteur passe devant une marque placée le long de la piste d’élan et placée, pour le saut en longueur à 40m de la planche d’appel et pour le triple saut à 35 m de cette même planche.

Voilà pour cette logistique très réglementée avec cette précision notable: toute performance réussie à plus de 1 000 mètres d’altitude est considérée comme «assistée grâce à l’effet de l’altitude» mais peut être validée en tant que record. A Daegu, ville située à quelque 55m au-dessus du niveau de la mer, ce bonus sera donc quasi nul.

Jonas Mureika, un physicien américain, s’est intéressé à la fois sur l’influence du vent et de l’altitude sur les performances dans le sprint. Au terme de ses travaux, il a ainsi conclu qu’à une altitude de 0m, un mètre de vent favorable sur 100m correspond à un gain de cinq centièmes (sept pour les femmes) et que deux mètres permettaient de grignoter un dixième (12 centièmes pour les femmes). A une altitude de 500m (ce qui est presque le cas de Zurich située à 410m et où de nombreux records du monde ont été battus à travers le temps lors de son fameux meeting), un vent de 1 mètre par seconde rapporterait 7 centièmes (8 pour les femmes) et un vent de 2 mètres par seconde 11 centièmes (14 pour les femmes).

Ce savant s’est ensuite amusé à inventer un instrument de mesure qui permet de « recalculer » les records du monde afin de pouvoir vraiment comparer les performances. Il a par exemple déduit que lorsque l’Italien Pietro Mennea a établi le record du monde du 200m en 1978 en 19’’72 à Mexico (2 250m d’altitude) avec 1,8m de vent favorable (record du monde qui a tenu jusqu’en 1996), il a couru en réalité ce jour-là en 20’’03, temps ramené au niveau de la mer et avec vent nul. A Albi (187m), les 9’’92 de Lemaître avec 2 mètres de vent équivaudraient en réalité à un 10’’03 d’après sa méthode de calcul.

Mais la mesure du vent reste également contestable pour plusieurs raisons. «Dans ce domaine, il n’y aura jamais de solution idéale», note Edouard Eskénazi, l’un des 45 arbitres internationaux de l’IAAF. Il est notamment admis que le couloir n°8, protégé par une tribune toute proche, est plus avantagé que le couloir n°1 nettement plus exposé aux caprices d’Eole. «A l’époque des anémomètres à hélices, il y avait eu des tests sur les couloirs 1 et 8 et la différence pouvait s’avérer considérable», se souvient Edouard Eskénazi. Tourbillonnant même s’il est «portant», le vent peut également s’avérer subitement favorable pour certains couloirs et moins pour d’autres. Le poids des athlètes est un paramètre à ne pas négliger non plus: Usain Bolt pèse près de 20 kilos de plus que Christophe Lemaitre.

En 1988, lorsqu’elle a battu le record du monde du 100m en 10’’49, Florence Griffith-Joyner, au-delà du dopage dont elle est soupçonnée, a visiblement bénéficié d’une erreur ce jour-là. Lors de sa course, l’anémomètre à hélices a enregistré un vent nul lors d’une réunion pourtant balayée par de fortes rafales mesurées à 7 mètres par seconde sur la piste d’Indianapolis. Une astérisque accompagne désormais son temps dans le livre des records de l’athlétisme publié par l’IAAF: «probably strongly wind assisted». 

Si l’anémomètre à hélices donnait des résultats un peu au doigt mouillé, les appareils à ultrasons ont heureusement crédibilisé ce contrôle qui, d’après Edouard Eskénazi, n’aurait toutefois pas beaucoup de sens sur 200m puisqu’il est opéré sur une demi course. Il n’en reste pas moins qu’à Daegu, bourrasque ou pas bourrasque, il faudra être un sacré champion pour réussir à mettre un vent à Usain Bolt…

Yannick Cochennec

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